Regard sur
 

 

 


           L'image stéréotypée du Juif - Exemples de représentations dans le cinéma français

 

 

 

 

 

Maîtrise de Français Langue étrangère

U.V 4 - Préjugés, stéréotypes et représentations interculturel dans la gestion des apprentissages des langues vivantes.

Professeur : Patrick Y. Chevrel  

Sujet : L'image stéréotypée du Juif - Exemples de représentations dans les comédies cinématographiques françaises. 

Etudiant : Loïc Audusseau ( audusseau79@hotmail.com )

 

 

Plan

 

¨        Préambule

 

I.                     Panorama des différents stéréotypes occidentaux sur la communauté juive.

 

§          Présentation des principaux stéréotypes

§          Tableaux

§          Réflexion

 

II.                   Analyse des représentations stéréotypées des communautés Ashkénaze et Séfarade dans deux comédies cinématographiques françaises.

 

§          Le choix d'un genre cinématographique : La comédie

§          Présentation de la séléction

§          Analyse en parralèle des deux communautés ( ashkénaze et séfarade )

 

1.        Langage du corps et communication non verbale

A.      Langage du corps

B.       Espaces et lieux

C.       Codes vestimentaires, culturels, religieux.

2.        La langue au cinéma et son rapport au stéréotype

A.      Grammaire et stéréotypes

B.       Implicites culturels et stéréotypes de langue

3.        Rapport à l'autre et représentation de l'autre

A.      Au cœur de la communauté

B.       La communauté et les autres

C.       Les autres et la communauté

 

§          Bilan

 

III.                 Proposition d’application pédagogique

 

-          La communauté séfarade à travers La vérité si je mens en classe de FLE niveau 3

 

¨       Conclusion

 

 

 

 

Préambule

 

 


Mettre en évidence  les différentes représentations stéréotypées du personnage Juif et leurs applications dans le cinéma français contemporain pour ensuite exploiter les premiers résultats de ce travail dans le cadre d'un cours de Français Langue Etrangère  peut, je le conçois, soulever diverses interrogations et / ou objections tant sont grands les malentendus en la matière et vives les susceptibilités.

 

-          Pourquoi avoir choisi cette communauté plutôt qu'une autre ?

-          Quel est votre rapport culturel au sujet exposé ? 

-          Comment définissez - vous l'identité juive ?

 

Face à toutes les questions possibles concernant l'approche qui sera consacrée au traitement d'un sujet qui nous concerne tous, juifs ou non juifs, il me paraît nécessaire de décrire l'itinéraire intellectuel qui m'a conduit à aborder ce thème et d'en poser immédiatement les limites.

 

·          Sur la question du thème …

 

La problématique autour de laquelle se construit ce dossier résulte du double constat suivant : 

 

1.        La seconde plus importante communauté juive d'Europe se trouve en France.

 

C'est en effet en France que l'on trouve la quatrième plus importante communauté juive au monde ( hors Israël        après les Etats - Unis et l'ex URSS ) et la seconde d'Europe. En 1986, une étude sociologique rédigée par Doris Bensimon et Sergio Della  Pergola ( Université hébraïque de Jérusalem. CNRS, Paris ) indiquait que la communauté juive de France comptait approximativement 530 000 membres ( une moitié établie à Paris, l'autre en province ) formant une population bénéficiant d'un niveau d'instruction très élevé  ( 34% diplômés de l'enseignement supérieur ) et connaissant une forte mobilité sociale ascendante. A la même époque un sondage SOFRES annonce approximativement 700 000 membres aux  comportements très diversifiés ( selon le clivage culturel ashkénaze - séfarade[1] tout d'abord mais également au sein même de chacune des deux cultures ). Bien qu'il soit difficile d'évaluer de manière certaine le nombre de juifs vivant actuellement en France, la population juive constitue sans nul doute une communauté de premier plan ( une presse, un fond social, nombreux comités au sein des facultés, langue enseigné dès le secondaire … )

 

2.        Le stéréotype est largement utilisé en matière de communication sonore et visuelle dans une fin de siècle dominée par les médias

 

Le citoyen de la fin du XXème siècle est une personne littéralement cernée par l'image et le son. Il évolue dans un univers où, sans cesse, il est le destinataire de messages visuels et sonores élaborés dans le but de produire des effets sur son savoir, ses sentiments, ses attitudes et ses comportements. Le cinéma accorde une place privilégiée au stéréotype à travers les différents exercices de déconstruction - reconstruction des systèmes de valeurs auxquels se livrent les réalisateurs dans le but de réussir leur communication ( toucher la cible ). Le cinéma se faisant le véhicule  d'une représentation de la réalité " programmée " préalablement par le réalisateur, toute interprétation de telle ou telle valeur par un spectateur reste partielle et partiale. Lorsqu'un réalisateur désire " ratisser large " en rapport à l'effet ou l'idée qu'il avance à un moment ou un autre de son film, le message qu'il transmet alors se doit d'être facilement perceptible par le plus grand nombre.  Le stéréotype, par le raccourci conceptuel qu'il fournit, devient alors un acteur essentiel de sa stratégie de communication. Est-ce un hasard d'ailleurs si  le film dit " commercial " n'est qu'une suite ininterrompue de stéréotypes ?

 

·         Problématique

 

Bien que la communauté juive représente un élément incontournable de la civilisation française et que le cinéma soit reconnu en France comme un acteur essentiel de la communication à grande échelle qui caractérise cette fin de siècle, il n'existe à ma connaissance qu'une seule étude concrète à ce jour traitant de la représentation de la communauté juive dans le cinéma français ( 1986, Cinéma et judéité in Cinémaction , n°37, p 132 - 191 ).

Malgré la qualité du travail effectué, cette revue a maintenant 13 ans d'ancienneté et ne fait qu'effleurer la question des stéréotypes ( l'orientation choisie dans ce numéro est plutôt celle d'une interrogation sur l'identité juive exception faite de l'article de Rémy Pithon p 134  ).

 

 

 

Le spectateur ( récepteur ), on le sait aujourd'hui élément clé dans la relation d'allocution, n'apparaît pas dans cette étude que se soit sur sa manière d'appréhender l'image stéréotypée d'un personnage au cinéma que de la transmettre à son tour.

 

Dans cette perspective, que dire alors, si l'on se place dans un cadre pédagogique, de la situation d'un spectateur étranger face à une représentation lambda de la communauté juive française au cinéma ? Comment ce dernier peut-il faire lui-même l'expérience de la validité de ce type de représentation sachant  que l'on ne lui fournit pas la matière nécessaire à son analyse à savoir une présentation actualisée des différentes images stéréotypées produites par le cinéma français sur cette communauté ?

 

·         Sur la question de la démarche …

 

En rapport à la problématique, la démarche d'analyse pour être complète se devra d'être triple :

 

!      Il faudra dans un premier temps répertorier, de manière empirique et hors contexte cinématographique, les différents stéréotypes ( physiques, sociaux, moraux ) inhérents au sujet traité afin de créer une base de données, un point de référence initial qui donnera sens et relief à toute analyse ultérieure ( outil comparatif ).

 

!      Une étude de différentes représentations stéréotypées du personnage juif qu'a pu fournir le cinéma français contemporain sera mise en perspective avec la base de données précédemment élaborée afin d'apporter des réponses aux questions suivantes :

 

-          Quel genre de cinéma favorise ce type de représentation stéréotypée ?

-          Quels y  sont les stéréotypes les plus exploités ?

-          Quels sont les objectifs d'un réalisateur exploitant ce type de représentation ?

 

!      La dernière partie, en se tournant vers le public,  s'attachera plus particulièrement à réfléchir  sur les différents exercices pouvant être proposés à la suite d'un cours de civilisation F.L.E ( ici sur la représentation ashkénaze et séfarade en France ) dans le but d'observer la manière par laquelle un apprenant étranger, tenant compte des outils fournis par son cours de civilisation, fait l'expérience de la validité des informations qu'un film comprenant ce type de représentation lui propose.  

 

Diverses pistes seront proposées à la fin de chaque partie comme de possibles amorces à une recherche plus approfondie concernant les thèmes abordés.

 

·          Sur l'interprétation de ce dossier lors de sa diffusion Internet…

 

Dans chaque cas,  il ne s'agit pas dans ce dossier de proposer une analyse socio-historique de la condition et de l'évolution de la communauté juive, d'épuiser la réalité de la judaïcité française ou l'infini question de l'identité juive ( de nombreux spécialistes auxquels je vous renvois dans la bibliographie traitent largement de ces questions ). En s'inscrivant dans le cadre d'une réflexion essentiellement pédagogique, ce travail a surtout pour ambition d'introduire à terme l'idée selon laquelle l'éducation aux médias ( plus particulièrement tester la validité d'une information ) se pose comme un élément essentiel dans le parcours éducatif d'un apprenant quelle que soit la matière enseignée. Dans le cas de l'enseignement d'une langue étrangère, la démarche suivante est d'autant plus intéressante par le fait que l'apprenant, par son caractère étranger, n'est pas censé être compris dans la " culture cible " du réalisateur.  

 

Pour achever ce préambule, long mais nécessaire, quelques précisions supplémentaires ne sont peut - être pas inutiles tant sont grandes les équivoques en la matière. J'ai choisi pour ce faire des mots qui ne sont pas les miens mais qui reflètent ma pensée mieux que je n'aurais pu moi-même l'écrire.

 

" Seul un Juif, m'a-t-il été dit souvent, coté juif et coté non juif, peut parler des Juifs au cinéma. Certes. Mais puisque ce celui ci ne le voulait ni celui là ne le pouvait, fallait-il, faut-il laisser ce soin aux antisémites ? J'avoue d'autre part ne pas comprendre la réaction des non-juifs craignant de passer pour antisémites du seul fait de s'intéresser au(x) problème(s) juif(s): N'est ce pas s'incliner devant le tabou même que l'on dit ne pas accepter, et/ou dont on dénonce la nocivité ? "

 

 Claude GAUTEUR  ( 1972 ) issue de la revue Cinémaction    n° 37  ( p 31 )

 

Puisse ce dossier contribuer dans un premier temps, aussi modestement que ce soit, à constituer pour certain l'amorce d'un travail plus approfondit et satisfaire dans un second temps tous ceux qui aspirent à lire quelque chose d'autre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

          Cinéastes

·          Editeurs

·          Artistes

 

 

 

Réflexions sur cette première étape

 

·         Interprétation de la représentation tabloïde

 

Le principe de l'analogie fonctionnant comme une nébuleuse, il va de soi que les différents tableaux ne peuvent être lus de manière unidirectionnelle ( d'un préjugé exclusif vers des stéréotypes précis et limités en nombre ). Par exemple, le stéréotype du juif corrupteur ne peut être considéré comme résultant d'un seul et unique préjugé qui serait celui de la peau " cireuse " et réciproquement.  Il s'agit plus de présenter ici les raccourcis les plus fréquemment effectués à partir des principaux préjugés qui ont marqué et marquent encore la communauté juive.

 

·         La femme, une grande absente ?

 

La représentation stéréotypée de la femme juive n'échappe pas à une certaine ambiguïté. Le XXème siècle donne des femmes juives une image dans laquelle fusionnent les prétendus propriétés de la femme et celles du juif. Il suffit qu'un aspect monopolise l'attention générale pour que l'autre s'efface. La différence se fera donc le plus souvent sur des critères sexuels qui ne seront pas sans rappeler les critères raciaux. Dans un cas comme dans l'autre, les aspects les plus inquiétants sont repensés et marginalisés vers cette représentation maintenant quasi - systématique d'un être étranger et  menaçant.

 

 

·         L'image du juif ashkénaze comme représentation universelle.

 

Dès la fin du XIXème siècle, la différence physique du juif comme critère central de la race perd sa valeur et se voit constamment remettre en question. Début XXème, le phénomène d'acculturation est tel que les juifs installés en Europe occidentale ne se laissent plus distinguer des autres européens par leur langage, leurs vêtements, leur profession, leur habitât ou leur coupe de cheveux. C'est précisément dans ce contexte d'incertitude que le modèle stéréotypé du juif ashkénaze  ( et les diverses analogies qu'il comprend ) va jouer son rôle de raccourci conceptuel pour catégoriser " une "communauté juive que l'on se refuse à voir plurielle. La représentation stéréotypée plus tardive du juif séfarade se posera comme une fusion du modèle ashkénaze et du modèle              " méditerranéen ".

 

 

·         Une idéologie dominante ?

 

Il est évident qu'une grande majorité des stéréotypes ici présentés sont connotés de manière négative. Quoi qu'il en soit, il ne faudrait pas se méprendre et à notre tour tomber dans le piège de la généralisation. Parfois clairement antisémite, la représentation stéréotypée du juif est avant tout complexe et équivoque.

 

Chaque siècle à portée des hommes, juifs ou non, aux valeurs différentes, qui, quelle que soit l'idéologie qui les dominait, ont fourni des images elles aussi différentes les unes des autres. Il est indéniable que certains intellectuels juifs, Freud par exemple, ont plus ou moins consciemment participé à la diffusion de stéréotypes sur leur propre communauté. Bien qu'on puisse difficilement le critiquer à ce sujet, lorsque Freud substitue au stéréotype antisémite du regard juif  " dur et froid " une autre interprétation qui serait celle d'un regard                 " mélancolique et triste ", ce dernier ne modifie en rien l'essence même du stéréotype précédent à savoir la représentation comme universellement partagé d'un trait pourtant individuel.   

 

Quand bien même on s'attacherait à considérer la question de la représentation stéréotypée du juif comme strictement négative, il serait inexact d'en limiter la diffusion à une seule et unique idéologie. Le racisme ne se limitant malheureusement pas à sa dimension antisémite, la réponse ne peut être univoque.

 

Aussi complexe qu'il soit, nous constatons tout de même que le discours stéréotypé s'appliquant à la communauté juive à connu des modifications considérables depuis le siècle dernier en s'installant dans les mentalités et les pratiques sociales. Ce dernier ne catégorise dorénavant plus le juif en tant qu'être inférieur, mais en tant que porteur d'une altérité inassimilable, incompatible et corruptrice. 

 

 

 

 

 

Pistes de recherches supplémentaires

 

·        L'antijudaïsme chrétien

·        Le préjugé anti-juif dans le positivisme et le darwinisme social

·        Bauer et l'eugénisme racial dans l'Allemagne des années 30

·        Analyse des lois de Nuremberg

·        Les caricaturistes nazis ( Walter Hoffmann notamment )

·        Les campagnes prophylactiques du régime de Vichy

·        L'analogie Noirs - Juifs

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

II. Analyse comparative des représentations stéréotypées des communautés Ashkénaze et Séfarade dans deux comédies cinématographiques françaises

 

 

v    Le choix d'un genre cinématographique : la comédie

 

La première chose frappante tient au fait que la production cinématographique allant des années 30 au milieu des années 70 mettant en scène des personnages juifs est pratiquement inconnu du grand public français, toute génération confondue. L'histoire, bien entendu, a malheureusement limité la présence juive dans le cinéma français ajouté à cela le fait que l'accès aux salles de cinéma n'était pas encore entré dans les mœurs. Pourtant, il existait tout de même une représentation du personnage juif à cette époque. Mais qui de nos aînés, si ce n'est les cinéphiles, se souvient réellement des films d'André Hugon ( la série des Levy and cie, 1930 - 1936 particulièrement intéressante pour l'étude des stéréotypes mais difficilement consultable ), de Jean Renoir ( La grande illusion, 1937 - La règle du jeu, 1939 )  ou même de Claude Berri   ( Le vieil homme et l'enfant, 1967 ) ? Ce n'est en effet qu'à partir des premières comédies des années 70 ( coïncidant également à une popularisation du cinéma et à l'entrée du magnétoscope dans les foyers français ) qu'une mémoire plus générale se met en place. Le rire pour dire que tout se porte pour le mieux dans le meilleur des mondes comme le fait remarquer René Prédal[12]. A cette même époque, le personnage juif quitte son rôle historique pour atteindre une dimension symbolique. La comédie semblait donc déjà être un choix privilégié quant à l'étude de la représentation stéréotypée du personnage juif dans le cinéma français.

 

Si nous sommes partis dans cette première explication du cinéma vers le stéréotype, la démarche inverse justifie également le choix de la comédie pour cette étude.

 

Comme nous l'avons vu précédemment, l'utilisateur du stéréotype plaque un moule sur une réalité que celui-ci ne peut contenir. Par conséquent, une représentation stéréotypée d'un groupe ne se contente pas de déformer en caricaturant, mais généralise en appliquant automatiquement le même modèle rigide à chacun des membres du groupe. Dans cette perspective, on suppose que l'individu rencontrant X fois le même environnement complexe le simplifiera en faisant appel X fois au même découpage simplifié. Il est alors possible de souligner l'aspect répétitif inhérent au stéréotype sur le plan fonctionnel.

 

Evoquer la répétition au cinéma peut faire immédiatement penser au genre comique,  espace privilégié où s'illustre le répétitif, qui induit celui-ci en même temps qu'il l'affirme. Dans Le Rire[13], Henri Bergson définit la répétition comme un des moyens de provoquer le rire en "plaquant du mécanique sur du vivant". L'idée même d'une "mécanisation de la vie", qui est selon Bergson la cause initiale du rire, implique déjà en soi le sentiment d'une simplification de l'environnement par le mouvement répétitif. Comme le remarquait également Pascal :      " Deux visages semblables, dont aucun ne fait rire en particulier, font rire par leur ressemblance."[14] Lorsqu'un réalisateur met en scène, aussi bien sur le plan des individus que des idées et des situations, non seulement deux mais une multitude de traits identiques, notre hilarité s'amplifiera, ces mêmes traits semblant issus " d'un même moule [15] ". Les personnages de comédies ont eux aussi des gestes répétés, et repérables par leur répétition même, des "tics" de comportement qui leur sont propres, et dont ils ponctuent leurs apparitions. Cette gestuelle fait figure d'auto-citation, de signature adressée directement au spectateur comme pour souligner une connivence, accentuer un lien. En proposant de manière itérative le même modèle simplifié à son public, le réalisateur peut certes s'assurer l'adhésion du plus grand nombre mais également tomber dans le piège de ce que nous nommerons pour faire simple la " seconde classe ". 

 

Tout l'art de la comédie est en effet de savoir réitérer ces signes de reconnaissance sans qu'ils paraissent pour autant répétitifs. Gestes et idées prennent alors divers modes d’apparition, se développent, selon les situations, en variations infinies. Difficile tour de force que de varié en utilisant du répétitif, la comédie " de qualité " n'est donc pas à la portée du premier venu. Sachant qu'une bonne comédie enfouie ses stéréotypes sous l'illusion de la variation et de l'original, je laisse le lecteur seul juge quant à la qualité des films sélectionnés pour ce travail d'analyse, en rappelant tout de même que ce choix n'a rien d'innocent.

v    Présentation de la sélection

 

Titre original : La vérité si je mens
Réalisateur : Thomas Gilou
Acteurs : Richard Anconina, José Garcia, Elie Kakou, Bruno Solo, Anthony Delon, Richard Bohringer, Vincent Elbaz, Gilbert Melki, Aure Atika.
Scénario : Michel Munz et Gérard Bitton
Durée : 1h40

Année : 1997

Résumé : Eddy, un "pathos" (non-juif) et chômeur de surcroît, sans famille ni ressources, rencontre Victor, un entrepreneur prospère du Sentier qui, le prenant pour un juif, lui propose un poste de manutentionnaire. Eddy laisse le quiproquo s'installer et se fait vite une place au sein de cette grande famille. Ambitieux et amoureux de la fille du patron, Eddy ne compte pas en rester là...





 

 

 

 


Titre original : Les aventures de Rabbi Jacob

Réalisateur : Gérard Oury

Acteurs : Louis De Funès, Suzy Delair, Dalio, Claude Giraud, Renzo Montagonani …

Scénario : Gérard Oury / Daniele Thompson / Josy Eisenberg

Durée : 1h 35

Année : 1973

 

Résumé : Victor Pivert ( Louis de Funès ),  riche industriel français et raciste de surcroît, devient le témoin involontaire d'un règlement de compte entre un révolutionnaire arabe, Sliman Muhamad Al Arbi, et ses opposants. Après avoir pris soin d'usurper les habits de deux rabbins New-Yorkais attendus par la communauté juive de la rue des rosiers, Victor et Sliman se fondent dans ce même quartier de Paris pour échapper à leurs poursuivants et laissent le quiproquo s'installer.

 
 

 

 


v    Analyse comparative

 

1.       Langage du corps et communication non verbale

1.

Tout acte de communication comporte une dimension linguistique ou verbale et des dimensions non verbales comme le mimo-postural et les attitudes, la gestuelle, la proxémique et l'occupation de l'espace, les intonations vocales et tous les traits suprasegmentaux. Tout particulièrement dans le cinéma, la dimension non verbale ne considère pas seulement l'individu -acteur stricto sensu mais également le cadre dans lequel il s'inscrit. Le cadre est donc ici  " acteur " dans la communication non verbale à travers sa charge connotée ( l'objet compris en tant que signe [16] ).

 

Sachant qu'il est évident que chaque spectateur peut produire des interprétations différentes quant à la dimension stéréotypée du cadre ou de la gestuelle à un moment donné du film ( la variation de lecture dépendant entre autre des différents savoirs investis dans l'image par chacun des spectateurs - savoirs pratique, national, culturel, esthétique - mais également de l'activité cognitive du réalisateur ), il s'agira ici de formuler des hypothèses plutôt que d'énoncer des vérités.

 

A. Langage du corps

 

Si l'on analyse les deux films sur le plan de la gestuelle en utilisant l'étude des spécialistes P. Ekman et W.V. Friesen[17]qui divisent l'ensemble du comportement gestuel non verbal en cinq groupes ( les gestes emblématiques, illustrateurs, régulateurs, d'adaptation et les mimiques faciales ), il est alors possible de mettre en évidence des  " dominantes gestuelles " propre à la représentation de chacune des deux communautés.

 

Dans le cas de la représentation de la communauté ashkénaze dans Les aventures de Rabbi Jacob, l'accent est mis sur les gestes emblématiques ( salutations notamment ) et les mimiques faciales.

 

L'exemple le plus frappant concernant les gestes emblématiques est certainement ce mouvement d'inclination du corps que font les membres de la communauté juive à la synagogue. Ce geste, représentatif de la prière juive toute communauté confondue, prend une dimension symbolique en sortant du lieu de culte pour devenir dans ce film la marque caractéristique et stéréotypée du salut juif ashkénaze. On pourrait cependant contester cet argument en répondant que  la communauté s'adressant à un rabbin et réciproquement, le mode de salutation conserve une dimension religieuse. Que dire alors du comportement du véritable Rabbi Jacob s'inclinant à plusieurs reprises pour saluer les policiers français venant le chercher à l'aéroport ? Mieux encore, aucun membre de la communauté ashkénaze new-yorkaise représentée au début du film ne se comporte de la sorte. N'y voyons donc pas un " réflexe conditionné " du au statut religieux du rabbin mais bel et bien un raccourci conceptuel quant à la façon de saluer. 

 

Sur le plan des mimiques faciales, la représentation du personnage juif ashkénaze est dans ce film simplifiée à l'extrême ( exception faite du large éventail expressif utilisé par Louis De Funès -  expressions sans doute plus représentatives de l'acteur que du personnage de rabbin qu'il incarne ). A l'exception de trois cours passages ( la scène de l'embouteillage dans le taxi new-yorkais, celle de l'altercation entre le véritable Rabbi Jacob et les policiers français à l'aéroport et celle de la bagarre à la synagogue ) l'expression de la colère est totalement étrangère aux personnages juifs du film. Que ce soit dans les scènes tournées à New York ou dans celles de la rue des rosiers, tous les visages des membres de la communauté ashkénaze sont illuminés par un large sourire. Même dans les situations difficiles, comme celles que je cite ci dessus, le sourire l'emporte et avec lui arrive la solution au problème. Stéréotypée car quasi - uniforme, la représentation du personnage ashkénaze à travers les mimiques qu'il utilise est également édulcorée à outrance.    

 

Dans le cas de la représentation de la communauté séfarade dans le film La vérité si je mens, une majeure partie de la communication se fait dans une optique affairiste. La barrière entre le professionnel et le personnel étant dans ce film quasi inexistante sur un plan communicatif, les acteurs ont une palette à la fois riche et adaptée de mouvements expressifs qui soutiennent leur message. Il semble par conséquent difficile de dégager une véritable dominante. Je soulignerai tout de même ici l'accent mis sur les gestes illustrateurs ( associés à la parole pour décrire, imager et appuyer ) et le regard.

 

Toute démonstration ou explication dans La vérité si je mens est accompagnée de gestes illustrateurs venant conforter non seulement l'orateur ( qui se sent bien dans ce qu'il dit ) mais également son auditeur ( qui suit avec intérêt ce qui se dit ). Détaillons pour être plus clair le comportement gestuel de Serge dans la scène du   restaurant [18] ( se reporter au support vidéo fourni  - extrait 1 -  ) :

 

§         Utilisation de gestes Kinétographes ( coups de tête, main droite tendu au ciel, engagement le buste légèrement en avant ) donnant de la vigueur au discours.

§         Utilisation de gestes Bâtons ( poing sur la table ) qui ponctuent le discours en battant la mesure et renforcent les arguments.

§         Utilisation de geste Rythmiques marquant la façon de scander et la progression dans le discours ( les deux mains jointes au niveau de la poitrine sont projetées vers l'extérieur ).

 

Ces différentes attitudes gestuelles appuient une présence du corps visant l'unité, le confort et l'engagement avec l'autre dans l'acte de communication. Serge " s'anime " à outrance pour renforcer ses chances de faire adhérer son auditoire à son histoire. A une exception prête ( l'index sous l'oreille ), toute la communication gestuelle de ce personnage est " extracentrée ". Le stéréotype du juif séfarade extraverti à la vitalité anarchique et envahissante est ici et à travers la gestuelle clairement exploité.

 

Le  regard et la représentation qui en est faite dans  La vérité si je mens tient à mon sens un rôle de " premier plan " au rang des gestes porteur de sens. Contrairement à l'utilisation qui en est faite dans Les Aventures de Rabbi Jacob, le regard retrouve ici une dimension humaine en ce sens qu'il soutient l'échange et y participe activement. Dans la quasi-totalité du film, le jeu des regards entre les différents personnages inscrit le non verbal dans un mouvement global de communication propre à chaque type de situation.

 

v      Lorsque l'orateur est en position de force, le regard est brillant, intense et persévérant ( caractéristique du personnage de Patrick, le cousin riche d'Israël ). Le contact oculaire est maintenu au maximum. Ce dernier n'est rompu que pour passer à un nouvel argument.

 

v      Lorsque l'orateur réalise qu'il  ne maîtrise pas totalement son discours ou que ses arguments ne sont pas pris au sérieux ( Serge dans la scène du restaurant - cf. extrait vidéo 1 ), ce dernier élargit son champ visuel en tentant de maintenir un contact oculaire avec le plus grand nombre de personne possible à la fois pour se rassurer et tester dans le regard de l'autre la validité de ses propres propos.  

 

v      Lorsqu'un personnage, spectateur dans la situation de communication, n'est pas en position d'exercer une quelconque influence ( Dove dans la scène où Eddy vient demander des fonds à Patrick pour lancer sa propre affaire - Se reporter au support vidéo fourni  - extrait 2 - ), ce dernier n'informe pas le personnage en position de force sur la façon qu'il a de vivre sa présence. Le regard se garde bien de trahir le parti pris en restant neutre ou en sortant du " champ communicatif " ( à terre ou au ciel ).       

 

Bien que cette idée ne soit pas nouvelle, je proposerai en rapport à ce système l'hypothèse selon laquelle le regard adopté par tel ou tel personnage témoigne du statut de ce dernier au sein de la communauté et réciproquement. En effet, bien plus que dans le cadre d'une simple adaptation à la situation de communication  comme je le présentais ci dessus, le regard se " pose " comme une signature adressée aux autres, l'expression même de chaque personnage quant à son rapport au pouvoir. La preuve en est que lorsque la situation de communication devient strictement non verbale, le rapport de force entre les différentes personnes présentes reste maintenu et inscrit dans les regards ( cf. extrait vidéo 2 ). Certain verrons peut-être dans la puissance signifiante de ce regard une représentation stéréotypée des rapports hiérarchiques entre membres de la même communauté. Restons tout de même prudent en rappelant comme le souligne R. Ghiglione que " Le regard ne peut être interprété qu'en référence à l'activité cognitive du sujet " [19].

 

 

Gestuelle commune aux deux communautés représentées

Pourtant, les deux projections ne sont pas radicalement distinctes comme on pourrait le penser de prime abord. En effet, les représentations des communautés ashkénaze et séfarade se rejoignent d'un point de vue gestuel à travers tous ces mouvements visant à satisfaire des besoins sensoriels, affectifs ou actifs, et qui établissent le contact avec l'autre au sein même de la communauté.

 

Dans La vérité si je mens, ces gestes d'adaptation  se caractérisent par de multiples contacts physiques. Geste typiquement méditerranéen, les hommes s'embrassent pour se saluer ou se féliciter. Dans la discussion,  l'espace émetteur - récepteur est réduit au maximum, un des bras de l'émetteur venant entourer le récepteur instaurant par conséquent la communication dans un espace clos rassurant et privilégié. La même gestuelle est repérable dans Les aventures de Rabbi Jacob tous particulièrement dans le rapport à l'aîné ou au supérieur. Dans ses déplacements, la grand-mère ashkénaze de la rue des rosiers à la main de son fils positionnée sous son aisselle ( à mi-chemin entre l'épaule et l'avant bras ) et c'est cette même relation dans la marche que reconstituent Victor Pivert / Rabbi Jacob et dans l'aéroport après avoir usurpé les vêtements des véritables rabbins. Ce geste est réitéré par la même grand-mère qui va chercher le bras de Sliman / Rabbi Zeligman pour lui faire part de tout le bien qu'elle pense de lui dans le bus les ramenant rue des rosiers. L'aîné ou le supérieur religieux est soutenu dans ses déplacements, son accompagnateur lui indiquant par ce geste qu'il est celui sur qui il peut se reposer en toute confiance. On ne marche pas seul mais soudé à l'autre dans un même élan. Notons également que ses gestes d'adaptation ne sont utilisés qu'entre membre de la communauté ( ou que l'on pense être de la communauté ). Si tôt qu'un non-juif est acteur de la communication, les gestes d'adaptation sont remplacés par des gestes emblématiques ( poignés de main ).

 

 Bien qu'il soit possible de discuter sur  ce qu'implique réellement sur le plan intentionnel cette cohésion physique entre les individus pour chacune des deux communautés (  dans La vérité si je mens, le rapprochement semble être orienté dans une démarche communicative persuasive et c'est dans l'acte de négociation que l'on se rapproche le plus souvent de l'autre ce qui n'est jamais le cas dans Les aventures de Rabbi Jacob ),  ce type de gestuelle participe, il me semble, à la vision stéréotypée d'un système communautaire juif clos aux rapports humains codifiés et privilégiés. 

 

 

B. Cadres et espaces

Peut être de manière encore plus évidente que les personnages qui  les utilisent, les différents cadres et espaces proposés dans les deux films n'échappent pas à la catégorisation.  Mieux encore, les deux réalisateurs malgré vingt ans d'écart inscrivent des personnages pourtant différents dans le même système spatial stéréotypé. Ce dernier point peut être mis en évidence par la représentation schématique suivante :

 

§          Le Sentier - La vérité si je mens -

§          La rue des rosiers - Rabbi Jacob -

§          L'aéroport d'Orly - 2 films -

 
 


                                                                                 PARIS                 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


                                                 USA                                                            ISRAËL

§          Les photos d'Israël chez le cousin de Haïfa             - La vérité si je mens -

§          Les sacs d'oranges Jaffa  utilisés par les commerçants de la rue des rosiers - Rabbi Jacob -

 
 


§          New York - Rabbi Jacob -

§          L'usine de Chewing-Gum Le Yankee - Rabbi Jacob -

§          L'atelier de confection American Dream - La vérité si je mens -

 

 

 

Une seconde possibilité est de répertorier et comparer les lieux directement ou indirectement fréquentés par les personnages juifs dans chacun des deux films ( en rouge pour les lieux les plus récurent ).

 

 

Les aventures de Rabbi Jacob

 

 

La vérité si je mens

 

§         Appartement modeste rue des rosiers

§         L'épicerie A l'étoile de Kiev

§         Le Bar des Amis

§         La boucherie cacher

§         La charcuterie Rozenberg

§         La synagogue

 

 

 

 

 

§         L'atelier de confection

§         Le magasin de mode

§         L'appartement grand standing

§         La discothèque

§         Le restaurant

§         Plage de Deauville

§         Hôtel de luxe

§         Villa avec piscine

§         Le hammam

 

 

 

La catégorisation est alors évidente pour chaque communauté. L'espace stéréotypé séfarade est celui du luxe et  de la luxure. L'espace stéréotypé ashkénaze est celui du petit commerce et de la réunion amicale ( le bar ) ou pieuse ( la synagogue ). Les deux représentations ne l'oublions pas étant distantes de vingt ans, il serait ici particulièrement intéressant d'avoir une projection plus récente de la communauté ashkénaze afin d'observer si oui ou non les deux communautés stéréotypées ( et uniquement stéréotypées ) se posent comme antithétiques, conclusion que l'on ne peut se permettre ici.

 

 

C. Codes vestimentaires & physiques - Codes culturels & religieux

 

Représentation Ashkénaze

 

Représentation Séfarade

 

§         Les codes vestimentaires

§

-          Le Shtreimel

-          Chapeau rond

-          Veste 3/4 noire

-          Chemise blanche

-          Kippa

-          Fourrure

 

§         Principaux  codes physiques

 

-          Barbe et moustache

-          Les Peots

 

§         Principaux objets associés

 

-          La Magen David

-          La Menora

-          La Mézouza

-          Le Taleth

-          La Thora

-          La Yad

 

 

§         Codes culturels

 

-     Danse traditionnelle

 

 

§         Les codes vestimentaires

§

-          Costume 3 pièces

-          Manteau 3/4

-          Chemise

-          Cravate

-          Kippa

 

 

§         Principaux  codes physiques

 

-          Les cheveux longs ou mi-longs

 

 

§         Principaux objets associés

 

-          La Magen David

-          La Menora

-          La Mézouza

-          Voitures de luxe ( BMW, Porche, Roll Royce )

-          Cigare

-          Argent liquide

-          La main de Fatima ou Khams

 

§         Codes culturels

 

-     Danses orientales [20]

 

 

 

Lexique

 

§         Kippa : Calotte que portent les juifs pratiquants

§         Magen David : Etoile de David

§         Menora : Chandelier à sept branches ( objet de culte )

§         Mézouza : Petit étuis contenant un morceau de parchemin où sont recopiés les deux premiers paragraphes du Chéma, que l'on fixe sur le montant droit de la porte d'entrée d'une maison. 

§         Taleth : Châle rituel dont se couvrent les juifs durant la prière.

§         La main de Fatima ( Khams en arabe ) : Objet traditionnel arabe en forme de main supposé apporter la baraka ( bénédiction / chance ) sur la chose qu'elle marque ou l'individu qui la porte. Dans tout le monde musulman, la Khams renvoie à une disposition contre le mauvais œil.

§         Péot : Longues boucles de cheveux que certains juifs ultra orthodoxes se laissent pousser sur les tempes conformément à l'injonction biblique : " Vous ne couperez pas en rond les coins de votre tête "                             ( Lev.  XIX, 27 )  

§         Shtreimel : Couvre chef en zibeline à larges bords porté par les juifs d'Europe Orientale.

§         Yad : Objet ayant la forme d'une main à l'index pointé utilisé pour suivre le texte de la Thora ( SéferTora ) lorsqu'on en donne la lecture à la synagogue. Il est en effet interdit de toucher un rouleau sacré à main nue.  

 

 

 

 

Interprétation

 

 

Si l'on s'en tient à l'analyse des signes associés à la représentation ashkénaze dans Les aventures de Rabbi Jacob, celle ci s'inscrit, toutes catégories confondues ( vêtements, physique … ), dans un monde strictement religieux. Une majeure partie de ces attributs participent par exemple à la vision stéréotypée classique du juif portant à même le corps sa judéité, vision représentative de la difficulté à dissocier le religieux de ce qui ne l'est pas lorsqu'il s'agit d'aborder la question de l'identité juive. Dans ce système, non seulement les objets associés aux différents personnages ( objets de culte ) s'inscrivent une optique identique à celle présentée ci dessus mais ils enferment également ces mêmes personnages dans un univers réduit à une seule et unique expression. Doit-on à ce niveau en déduire que la représentation juive ashkénaze sera religieuse ou ne sera pas ? En enfermant dans ce schéma singulier les membres de la communauté qu'il représente, le réalisateur  rend ces derniers de plus en plus ressemblant  entre eux mais dans un même temps accentuent l'écart qui les sépare du reste du monde[21]. Le fait que l'histoire développée dans ce film soit celle d'un rabbin  constituait bien évidemment une invitation à l'exploitation d'une représentation de ce type, invitation que le réalisateur c'est bien garder de refuser.

 

Bien que certains n'échappent pas à la dimension religieuse ( voir points communs tableau ), les signes associés à la représentation de la communauté séfarade dans La vérité si je mens renvoient majoritairement à deux référents que nous avons déjà entre aperçu en étudiant l'espace : Le luxe et l'orient. [22] Mieux encore que le tableau, un découpage séquentiel du générique de La vérité si je mens va nous permettre de rendre manifeste le latent ( se reporter au support vidéo - extrait 3 - ).

 

Le générique suivant est composé de 23 plans fixes sur un ou plusieurs objets et défilant un à un à la manière d'un diaporama, soit le découpage suivant :

 

·         0 diapositive renvoyant à la religion

·         4 diapositives renvoyant à l'orient

-          Le porte clés Rue D'Aboukir

-          Les verres à thé

-          Le bijou en forme de poisson ( porte-bonheur oriental )

-          Loukoums

·         19 diapositives renvoyant au luxe et à la luxure

-          Sac à main de créateur / Boule à facettes et 33 T /

-          Lingerie / Jetons casino / Gants de créateur /

-          Champagne / Bague / Chaussures à talons / Bijou / Porche / Rolex    

 

Carte d'identité du film, le générique alimente premièrement le stéréotype du juif séfarade à cheval entre deux traditions ( arabe & juive ) et plus largement celui d'une communauté où règnent argent et plaisir.

 

 

Notons enfin pour conclure cette partie qu'il est possible de mettre en évidence un système commun aux deux représentations. Il est en effet intéressant de constater que les deux réalisateurs se rejoignent à travers les quatre objets de culte que sont la Magen David, la Menora, la Mézouza et la kippa.  Sans doute est-il possible de voir dans ces quatre objets l'équivalent d'un fond plus " solide " utilisé pour catégoriser indifféremment les deux communautés.  Une remarque identique aurait pu être faite concernant l'utilisation de la danse effectuée dans chacune des deux comédies. Pourtant, masculine et folklorique dans Les aventures de Rabbi Jacob, la danse dans La vérité si je mens est clairement orientalisé, mixte et sensuelle. Bien que le choix soit commun et les deux représentations stéréotypées, les raccourcis utilisés ne mènent pas aux mêmes référents.   

 

 

 

 

 

 

 

 

2.       La langue au cinéma et son rapport au stéréotype

 

La langue [23] ayant entre autre pour fonction de transmettre la culture, déformer ( par amplification ou    restriction ) les habitudes linguistiques d'un groupe revient à modifier, plus ou moins radicalement selon les cas, l'ensemble des structures sociales, des manifestations artistiques, religieuses et intellectuelles qui définissent ce même groupe. Au cinéma, le scénariste possède donc à travers la langue un outil privilégié lui permettant de modifier tout un univers ( de l'adapter à son goût mais plus encore au goût du plus grand nombre )et par la même occasion d'en réduire la complexité si nécessaire ( reste à savoir si ce dernier a réellement conscience de posséder un tel outil ). Il conviendra donc ici de mettre en évidence les opérations sur les formes d'expression      ( consciente ou non ) contribuant le plus à transformer les cultures ashkénaze et séfarade ainsi que toutes les conséquences que ce geste implique. Parce que les points que nous allons aborder ne sont pas représentés avec le même degré d'intensité dans les deux comédies, la partie ( A ) focalisera sur la représentation ashkénaze, la  partie ( B ) sur la représentation séfarade.       

 

A.      Grammaire et stéréotypes

 

Par grammaire nous entendons généralement l'ensemble des règles phonétiques, morphologiques et syntaxiques, écrites et orales d'une langue. Cette définition, bien  que correcte, semble sous-entendre à travers le mot " règle " la notion d'un " bon usage " qui serait la norme, opposée à " un mauvais usage " condamnable : la faute.          Les notions de bien et de mal  n'auront pas leur place dans cette étude où nous considérerons la faute comme un continuum de pratiques langagières différentes plutôt que comme la caractéristique d'un " mauvais usage ".  

 

Concernant la représentation ashkénaze dans Les aventures de Rabbi Jacob, le stéréotype est avant tout phonétique et syntaxique

 

Parmi les principaux changements phonétiques :

 

·         [ e - œ - y ] à [ i ]  

 

[ e ]  / Panthère    /  à [ pãtir ]    

[ œ]  / Chauffeur /  à [ òofir ]                " c'est mon chaufir, il ma reconnu qu'est ce que j'vais fir  ! "

[ y ] / Fourrure  /    à [furir ]

 

·         Les semi - consonnes [ w ] et [ ] sont prononcées [ v ]

[ w ] / oui / [ wi ] à [ vi ]

[ ] / huit / [ it ] à [ vit ]

 

·         Variations sur la nasalité ( ajout ou transformation )

Cas d'ajout : / téléphone /  [ telef£n ] à [  telef¥ ]

/ personne /    [ pers£n ] à  [ pers¥ ]

      

       Cas de transformation : / pendant / [ pada] à [ p¥da]

 

Ce dernier procédé est à souligner puisque le fait d'atténuer la nasalité dans la première syllabe permet de rendre le trait nasal de la deuxième syllabe encore plus audible qu'il ne l'aurait été sinon. Si la prononciation de "pendant " n'avait pas été transformée, le jeu sur la nasalité, bien que le trait nasal soit omniprésent dans ce mot, serait passer inaperçu auprès du spectateur.

 

L'analyse du discours oral sous l'angle de la phonétique met ici en évidence le développement de la vision stéréotypée du juif ashkénaze parlant un français aux sonorités " germanisées " [24], renvois implicite aux origines culturelles de cette communauté.

Du point de vue de la syntaxe :

 

Afin de particulariser le langage juif ashkénaze, les scénaristes ont multiplié :

 

·         Les tournures de dislocation

 

-          Rabbi Jacob, il va danser

-          Rabbi Jacob, il va parler

 

·         Les fautes typantes

 

§         Equivalent de relative avec [ que + il ] pour [ qui ]

 

-          C'est un rabbin qu'il est un chauffeur.

 

§         Glissement d'un article entre le sujet et son verbe

 

-          C'est le plus beau type juif que je l'ai vu

-          Et toi, tu l'es marié ?

-          Tu l'as un drôle d'accent français !

-          Qu'est ce que tu l'aimes comme fiancé ?

-          Montez rabbin, moi je le prend les tickets

 

 

§         Absence de contraction du pronom personnel devant un verbe commençant par une voyelle

 

-          Demandes lui de te augmenter il te dira oui !

 

 

Autre cas :

 

·         La confusions de genre

 

-          Huit télégrammes que je leur ai envoyé Samuel, ils en ont bien reçu une.

-          Soi béni ma fils.

-          Ma violon, ne touchez pas à ma violon !

 

 

 

Bien que ce type de faute ne caractérise pas tous les personnages juifs de la comédie ( Salomon le chauffeur  ainsi que le porte-parole de la communauté de la rue des rosiers qui accueille Rabbi Jacob ne sont par exemple pas concernés ), l'erreur de syntaxe alimente la vision stéréotypée du juif ashkénaze ne maîtrisant pas la langue française et plus largement encore celle de l'immigré ne maîtrisant pas la langue du pays où il vit.

 

 

B.      Implicite culturel et stéréotypes de langue.

 

Les mots traduisent nos schémas mentaux et reflètent un certain nombre de défaillances tant au niveau de la perception que de l'interprétation.     ( … ) Lorsque nous nous exprimons, nous reflétons notre propre vécu et les enseignements empruntés à notre culture.  Approcher la langue de l'autre, c'est en " percer tous les sédiments de sens que l'histoire et la culture y ont déposés " ( Maddalena de Carlo ). Ainsi, les formules qui restreignent, tronquent ou déforment la réalité reposent sur un implicite culturel. [25]

 

Partant de ce principe et considéré le fait que le scénariste effectue le choix des mots, ce dernier conditionne par la même occasion le comportement de ces personnages et par analogie l'atmosphère générale de son film. Mais plutôt que de se lancer dans un inventaire des formules stéréotypées propres à La vérité si je mens, je vous propose ici d'aboutir à la notion d'implicite culturel en prenant comme point de départ l'analyse des lois conversationnelles.

Pour mémoire, les lois ( ou maximes ) qui gouvernent l'échange verbal ont été formalisés par Paul Grice en 1974 dans son ouvrage Logic and conversation. Les principales sont la loi de quantité ( fournir à l'allocutaire la quantité d'information dont il a besoin pour poursuivre l'échange -  ni trop, ni trop peu ), la loi de qualité ( pour simplifier dire toujours la vérité ), la loi de modalité ( propos univoques ) ajouté à cela le respect de la face positive ( respect ) et de la face négative ( ne pas empiéter sur le territoire ) de l'interlocuteur. Grice note également l'importance de toutes les lois imprévisibles qui dépendent des mœurs et coutumes de la société considérée.   

 

Or ce qui caractérise La vérité si je mens ( et la comédie en règle générale ) est que les dialogues y figurant passent leur temps à transgresser ces lois. ( se reporter aux extraits vidéo ). La démarche du scénariste vis-à-vis des dialogues est par conséquent logique et double :

 

§         Dans un premier temps, l'objectif est de rendre identifiable un point de vue donné sans que ce dernier soit clairement expliciter. Pour ce faire, il transgresse une ou plusieurs de ces maximes manifestant du même coup la force et l'existence de ces maximes. Plus la transgression est conséquente, plus le point de vue à de chance d'être repéré (réfléchir sur la fonction des insultes dans la scène du restaurant - extrait vidéo 1 )

 

§         Dans un second temps, ce point de vue doit tout de même être identifiable par le plus grand nombre. Dans cette optique la manière de dire importe plus que ce qui est dit et doit pouvoir contenir un ensemble de valeurs le plus étroitement et consciemment partagé possible par les spectateurs. Or dans le cas de la représentation d'une communauté culturellement étrangère on le suppose pour la majorité du grand public, un problème de taille se pose. Comment s'organiser pour qu'une majeure partie des spectateurs adhèrent non seulement à des valeurs qui ne sont pas forcément les leurs mais qui parfois même sont contradictoires ?   Le recours aux stéréotypes permet d'outrepasser cette difficulté en proposant une interprétation " clé en main "  ( aussitôt vue aussitôt prise ) tout en masquant les contradictions par le biais de l'implicite.

 

Dans les deux représentations, la conversation constitue un tissu langagier à travers lequel les membres de la communauté confirment leur appartenance au groupe. Notons que ces mêmes conversations développent également une fonction différenciative au sens ou elles renforcent l'exclusion de ceux qui n'appartiennent pas au groupe. Il est enfin important de remarquer le rôle privilégié joué par l'implicite et de souligner ce couple redoutable qu'il forme ici avec les habitus langagiers rendant par la même occasion la remise en cause du système stéréotypé d'autant plus difficile.

 

3.       Rapport à l'autre et perception de l'autre

 

Sur un plan individuel et en simplifiant à l'extrême, " l'Autre " peut être définit comme ce qui n'est pas " Moi ". Dans un cadre communautaire ( religieux ou non ), la différence est plus subtile au sens ou " l'Autre " est avant tout ce qui n'est pas  " Nous ", le trait individuel passant au second plan (  " l'esprit de groupe " ). Quoi qu'il en soit, l'analyse, pour être complète, devra tenir compte de ce trait individuel. En effet, dès qu'un membre de cette même communauté prononce " Moi ", cela implique non seulement " Il " ( l'étranger - le profane ) mais également " Toi " ( l'ami - le parent - le frère ) et réciproquement. Rien ne nous interdit donc de considérer le mot " Autrui " dans cette étude comme renvoyant à deux référents distincts qui seraient le membre de la communauté dans un premier temps et le goy dans un second. Nous analyserons donc tour à tour la représentation faite dans les deux comédies des relations " Moi - Nous " ( A. Au cœur de la communauté ),         " Nous - Il " ( B. La communauté et les autres ) et " Il - Nous " ( C.  Les autres et la communauté ).

 

 

A.      Au cœur de la communauté

 

Comme nous l'avons déjà évoqué dans la partie consacrée au non-verbal, la représentation des relations existantes entre les membres de la communauté ashkénaze dans Les aventures de Rabbi Jacob exclue quasiment toute notion de conflit.  L'analyse des relations intracommunautaires est peut donc être réduite aux deux mots suivants :

 

§         Cohésion :

 

-          Tous les membres de la communauté présents dans le taxi se mettent à pied d'œuvre pour sortir ce dernier de l'embouteillage où il est bloqué.

 

-          Tous les enfants de la communauté new-yorkaise se rassemblent pour dire au revoir au véritable Rabbi Jacob.

-          Tous unis dans la scène de la synagogue pour chasser les intrus du lieu de culte.

 

§         Respect :

 

-          Les différents cadeaux offerts ( gâteau, chapeau … )

-          Le discours du porte-parole de la rue des rosiers accueillant Victor Pivert / Rabbi Jacob ( " Oh notre maître vénéré, puit de science, luminaire céleste " ) 

 

 

La représentation des relations intracommunautaires dans La vérité si je mens, s'articule quant à elle différemment ou du moins ces mêmes relations ne sont pas aussi évidentes que précédemment. Toute la difficulté des relations réside dans le fait que la communauté ici représentée fonctionne dans un système              " deux en un " où la frontière entre famille / ami et business n'est jamais radicale.

 

§         Le non-respect des règles ( religieuses ou commerciales )

 

-          La mère à son fils : " Simon ne fait pas de boulettes, c'est péché …ne joue pas avec les bougies c'est péché "

-          La télévision allumée par le fils pendant le shabbat ce qui n'empêche pas le père de regarder.

-          M. Victor ( le patron ) à son employé Eddy : " Tu ne respecte pas les règles "

 

§         Mensonge & profit

 

-          Serge couche avec la future femme de son cousin

-          Dove couche avec l'amie de Raffy

-          Serge demandant de l'argent à son cousin : " Tu vas pas me croire, mon père aveugle vient de retrouver la vue mais le chirurgien me demande un bakchich "

-          Maurice pique le stock de blousons d'Eddy

 

§         Unité & respect entre membres de la même communauté

 

-          Dove reprend la créance d'Eddy pour lui éviter de sombre

-          M. Victor à Eddy : " J'ai jamais laissé tomber qui que se soit, surtout s'il est de chez nous "

-          Dove devant le refus d'un portier de laisser rentrer Eddy en discothèque : " C'est bon Lulu, il est avec nous "

-          M. Victor : " Ce qui est important dans la vie c'est pas l'argent, c'est la famille "

 

 

Au niveau de la catégorisation, les représentations s'opposent. Nous retrouvons en effet ici sur un même plan le stéréotype du juif séfarade en qui on ne peut avoir confiance et celui de la cellule familiale ou amicale soudée. Nous l'avions déjà remarqué concernant le rapport aux traditions ( 1- C ), cette division existe également sur le plan moral au sein même de la communauté.   

 

B.      La communauté et les autres

 

Dans Les aventures de Rabbi Jacob, les cas de représentation de l'Autre comme être " strictement étranger " à la communauté mais tout de même en contact direct à un moment ou un autre avec cette dernière sont extrêmement rares.

 

 Seuls font exceptions les deux exemples suivants :

 

§         La relation entre et son chauffeur Salomon, ce dernier connaissant la véritable identité de son patron.

 

" Peut-être que Monsieur est raciste ! "

 

§         La relation entre Salomon et le révolutionnaire arabe Sliman

 

" Et lui, Mohamed Larbi Sliman, qu'est ce qu'il fait là ? "

( Salomon à Victor Pivert / Rabbi Jacob - Sous-entendu : rue des rosiers, chez nous )

 

" Nous sommes des cousins éloignés " ( Salomon à propos de Sliman )

 

Concernant ce deuxième point, le réalisateur exploite le filon stéréotypé des " frères ennemis "  ou de l'impossible entente entre Arabes et Juifs, question qu'il résout de manière un peu simpliste voire douteuse.

 

 

Fort heureusement pour nous, la représentation de la perception de l'Autre par la communauté séfarade dans La vérité si je mens  est nettement plus évocatrice et ne manque pas d'exemples. Dans cette comédie,         l'Autre, est avant tout verbalement caractérisé. Les termes goy  ( de l'hébreu pour chrétien ) ou  pathos                 ( non -juif ) rassemblent dans ce film un certain nombre de nationalités ( ou identités ) différentes qu'il est possible de  présenter comme suivant :

 

§         Les Chinois

 

-          Travaillent dans des ateliers clandestins

-          Dialogue entre Yvan et Eddy dans l'atelier clandestin :

" J'ai pas confiance, ils sont bizarres ces mecs là. "

" c'est eux qu'ont inventer le boulier, ils savent compter c'est tout ce qu'on leur demande ! "   

 

§         Les Turcs

 

-          " Même les turcs ils fabriquent pas aussi vite ! " ( Yvan )

 

§         Les gitans

 

-          " Je sais pas, ça peut être les Turcs, les ritals, les gitans "

( Yvan à Eddy venant de ce faire voler ça marchandise )

 

§         Les Arabes

 

-          " Tunisien de ça race ! " ( Serge )

 

§         Les Italiens

 

-          Représentés à travers un certain M. Batisti comme des corrupteurs ( " Si tu veux travailler avec moi en direct, voici ma carte " )

 

§         Les français

 

-          Le mari français agressif

" J'vais en faire un dé à coudre de ta caisse ( à sa femme ) passe-moi la batte ! "

" George, non !  "

 

§         Sur le goy en général

 

" Son père peut très bien ne pas être juif, c'est des choses qui arrivent malheureusement "

" Les pathos, ils tiendraient pas deux mois ici les pauvres "

" Pour l'amour de Dieu, ne nous ramenez pas une goy ! "

" Tu vas quand même pas épouser une pathos ! "

 

 

La communauté séfarade se caractérise dans cette représentation par la crainte et le refus du goy.  L'Autre est par conséquent dénigré en ce sens qu'il représente un danger à la bonne marche de l'entreprise ou plus largement à la cohésion du groupe. L'appât du gain reste la seule raison valable de contacter ce dernier. Tous les préjugés inhérents aux représentations stéréotypées de la communauté juive abordés dans la première partie ( I ) de cette étude ( la peur de l'étranger, le rejet de la différence, la haine et le mépris de l'autre ) sont ici reproduit ; l'arme à juste changer de main.    

 

 

 

C.      Les autres sur la communauté

 

Sûr de l'impact d'un procédé humoristique que certains considèrent comme originel en matière d'humour, les deux comédies construisent leur scénario respectif sur la base d'un quiproquo ( un personnage est pris pour ce qu'il n'est pas ). La ressemblance est d'autant plus frappante que le quiproquo résulte ici d'un même procédé, lui aussi classique, consistant à placer le personnage dans un milieu qui n'est pas le sien et dont il ignore tout. Ce schéma, bien huilé, sert non seulement de point de départ à l'intrigue ( à compter qu'il y ait une intrigue )mais permet également, à  travers ce personnage " Huron ", de faire voir les choses. En effet, c'est à travers le regard Persan de personnages comme Victor Pivert / Rabbi Jacob, Sliman / Rabbi Zeligman  ( Les aventures de Rabbi Jacob ) ou Edouard / Eddy  ( La vérité si je mens ) [26] que se fait une majeure partie de la représentation de la communauté concernée. Les deux réalisateurs se servent de ces personnages Sauvages [27] soit pour gagner en objectivité  ( ou en discrétion - ? - ) lorsqu'il s'agit d'aborder un thème sensible ( exemple du mariage juif dans La vérité si je mens, de la relation Juifs  - Arabes dans Les aventures de Rabbi Jacob ) soit pour mettre l'accent sur un trait spécifique propre à la communauté concernée ( une qualité devient plus évidente encore lorsqu'elle est juxtaposé à un défaut et réciproquement ).

 

 

Regard et perception de la communauté ashkénaze par l'Autre dans Les aventures de Rabbi Jacob

 

 

Regard et perception de la communauté séfarade par l'Autre dans La vérité si je mens

 

 

§          Noms de famille et prénoms stéréotypés

 

" Lui il s'appelle Rabbi Sliman … avec un man au   bout "

 

" Alors là … ( sous-entendu " je suis sûr de ne pas me tromper " ) Chers Lévi !! "    

 

§          Stéréotype d'une rhétorique de la parole juive ashkénaze

 

" Lorsqu'on pose une question à un juif, il répond toujours par une autre question. Ca lui laisse le temps de réfléchir à la question "   ( Sliman )

 

§          Stéréotype du judaïsme vu comme non fondé et contraignant ( les interdits religieux ).

 

" Ce sont des simagrées ! "

" Faite une exception et je vous donnerai deux shabbats la semaine prochaine " 

 

§          Stéréotype physique du juif ashkénaze

 

" Mais dis-moi, c'est une vraie barbe de patriarche que tu t'es collé là ! "  ( la police française au véritable Rabbi Jacob )

 

 

§          stéréotype du juif séfarade malhonnête

 

" C'est pas vrais monsieur, j'ai joué à leur jeu de con, j'ai gagné et ils veulent pas me payer " ( Eddy )

 

 

 

§          stéréotype de la communauté séfarade comme monde clos

 

" Vous laissez aucune chance à des gens comme moi "            ( Eddy )

 

§          stéréotype du juif séfarade homme " requin " d'affaire

 

" Tout le monde travail avec tout le monde ici, c'est le business !! " ( Eddy )

 

 

Bien entendu dans la représentation du rapport des Autres à la communauté,  il faut voir à un niveau supérieur la volonté plus générale d'un réalisateur désirant développer la vision elle aussi stéréotypée du français raciste ( très claire dans Les aventures Rabbi Jacob ) ou du moins ignorant des mœurs et coutumes de ses voisins ( La vérité si je mens ).

 

 

 

 

 

 

Cas particulier de la représentation de la femme juive :

 

Membre de la communauté ? Autre ? La réponse n'est pas si évidente pour celle que nous nommions en première partie " la grande absente ". [28] Notons tout de même que le personnage de la femme juive n'échappe pas dans nos deux comédies à la catégorisation. Lorsqu'elle est mère et quelle que soit la communauté concernée, la femme juive stéréotypée est  possessive, curieuse et entremetteuse. C'est celle qui organise des mariages dans Les aventures de Rabbi Jacob, qui s'inquiète de ne pas voir son fils ou sa fille mariée dans La vérité si je mens et qui dans les deux cas à peur pour les siens. Attendrissante et pleine de vie dans les deux représentations, la mère juive stéréotypée est avant tout une  "mère poule " autoritaire.  Il en va tout autrement pour la représentation de la femme dépourvue de caractéristiques maternelles. Celle ci est au mieux statique dans Les aventures de Rabbi Jacob ( voir la femme que l'on propose en mariage à Sliman ) sinon potiche, objet sexuel voir même larbin ( la fiancée de Patrick porte les bagages à l'aéroport, porte la boite de cigares pendant la réception à la villa ) dans La vérité si je mens. Il semble donc que dans ce monde stéréotypé,  seul les mères ont eu droit à la bonté de leurs fils. [29] 

 

v    Bilan

 

Récapitulatif général des différents stéréotypes présentés dans  cette partie

 

 

Sur la communauté ashkénaze dans

Les aventures de Rabbi Jacob

 

 

Sur la communauté séfarade dans

La vérité si je mens

 

§         Communauté pieuse et austère

 

Les membres de la communauté ashkénaze :

 

§         Saluent tous en inclinant le corps

 

§         Portent à même le corps leur judéité ( barbe, cheveux, vêtements … )

 

§         Ne maîtrisent pas la langue française

 

§         Parlent un français aux sonorités germanisées

 

§         Sont aisément reconnaissables à leurs noms

 

 

 

 

 

 

 

 

§         Communauté " anarchique "

 

Les membres de la communauté séfarade :

 

§         Sont extravertis

 

§         Sont envahissants

 

 

§         Ont une vitalité surdéveloppée

 

§         Vivent dans le luxe et la luxure

 

§         Sont à cheval entre deux traditions

 

§         Rejettent l'étranger

 

§         Sont des " businessmen "

 

§         Ne sont pas digne de confiance

 

 

Stéréotypes sur les deux communautés confondues

 

Les personnages juifs dans les deux comédies :

 

§         Vivent dans un système clos et codifié

§         Sont associés aux termes Kippa, étoile de David, menora et mezouza

§         S'inscrivent dans un espace spécifique ( Paris - USA - Israël )

§         Développent  une animosité plus ou moins forte envers les Arabes

Si l'on compare ce récapitulatif au travail effectué dans la première partie de cette étude ( I ), on remarque de suite que les deux comédies n'ont tout de même pas osé reprendre de manière explicite les principaux stéréotypes physiques [30] et moraux caractérisant la communauté juive dans son ensemble. Le stéréotype semble donc venir frapper plus particulièrement ici la face sociale du personnage juif dans ses grandes lignes en se basant sur quelques préjugés déjà présentés ( le système clos, les noms, les professions, les accessoires ), en s'actualisant           ( cas de la représentation séfarade ) mais toujours dans un souci constant de rester si l'on peut dire                             " stéréotypiquement correct ". Ce néologisme définit à mon sens particulièrement bien la comédie de Gérard Oury qui, je peux l'admettre maintenant, limite considérablement le choix des entrés en matière d'analyse.      

 

Pourtant, si l'on se penche du coté de l'implicite et en focalisant plus précisément sur la comédie de Thomas Gilou, le champ des représentations stéréotypées s'agrandit instantanément pour recouvrir la quasi-totalité des stéréotypes présentés en première partie. Tout y est, le juif prétentieux et extraverti, le coupable, le corrupteur et plus particulièrement encore les notions de non-intégration et de mauvais citoyen.  L'ensemble est juste en arrière plan, " discret ", souvent couvert par les cris, les insultes et les rires de ses personnages mais tout de même présent. Bien qu'il serait plus juste de poser la question à l'intéressé, Thomas Gilou, comme tout le monde d'ailleurs, ne doit pas particulièrement aimer les coups ( lui -même est d'origine juive séfarade ). Ce dernier, par le biais de la dérision, applique tout simplement ce procédé si caractéristique de l'humour séfarade consistant à se gifler avant qu'un autre ne le fasse.  Peu nous importe dans ce travail que de savoir si la comédie concernée est de qualité ou non,  l'étude des représentations stéréotypées est d'autant plus intéressante que la situation est dérangeante. 

 

 

 

 

 

Pistes de recherches supplémentaires

 

·        Le parlé stéréotypé juif séfarade

·        Existe t-il un lexique stéréotypé juif ?

·        Approfondissement sur le cas particulier de la représentation de la femme juive

·        La place de la religion dans les deux représentations.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mise en application pédagogique

 

 

 


Exercice pratique type  -  Exemple de représentations stéréotypées de la communauté séfarade dans le cinéma français


 


- La vérité si je mens -

 

 

Public

 

Exercice réalisé avec un groupe multiculturel d'apprenants F.L.E de niveau avancé 

 

Objectif

général

 

 

L'objectif général de ce type d'application est que l'élève parvienne à terme, face à tout document, réalisé ou à réaliser à établir simultanément, dans le cadre d'une réflexion personnelle originale, des relations entre le (s) langage(s), les technologies visuelles et sonores utilisées au cinéma, les représentations ( à la fois la manière dont tout document désigne les choses dont il parle en les mettant en scène, et l'action possible de ce document sur la manière dont le public se les représente ), les typologies, les publics ( réfléchir à la démarche par laquelle un spectateur donne un sens à un film, en fonction de son niveau intellectuel, de ses centres d'intérêt ) et les productions ( l'éducation du spectateur à une attitude critique passe par une analyse qui démystifie la production et la diffusion du média concerné ).

 

 

 

Films

 

 

La Vérité si je mens

 

 

Matériel

 

 

Un téléviseur et un magnétoscope

 

 Script et bande audio de la scène étudiée pour l'exercice 1

 

 

Application

 

 

 

Un cours de français, sans volonté de moraliser, I'enseignant  choisi de partir de la consommation culturelle de ses élèves ( grand intérêt pour le cinéma ).

 

 

Objectifs spécifiques

 

 

 

Un apprentissage linguistique basé sur la communication orale et écrite et une initiation à la culture du pays, au mode de vie et de pensée. Ce deuxième objectif met les élèves en contact avec un certain nombre de représentations de la réalité étudiée. Une analyse de ces représentations permettra aux élèves d'une part, de relativiser l'information et d'autre part, d'attirer leur attention sur la spécificité technique et sémiologique du média abordé. Il s'agit de sensibiliser les élèves aux langages et aux représentations ainsi qu'à la production et aux typologies ( éducation aux médias par les médias ).

 

 

Déroulement de la tâche

 

Prérequis : A la fin d'un cours sur les différents registres de langue ( plus particulièrement sur l'argot ), l'enseignant désirant présenter la communauté séfarade française lors d'une séance prochaine demande aux apprenants de former des groupes de 5 et distribue à chacun d'eux le script d'une scène de La vérité si je mens  ( cliquer sur le lien ) ainsi qu'une cassette audio comprenant le dialogue.

 

Il sera demandé à chaque groupe d'écouter la bande, de regarder le texte chez lui et de laisser son imagination travailler           ( physionomie des personnages, différents tons possibles … ). Le script comprend un " tableau d'hypothèses " que chaque groupe devra remplir pour le cour de langue. On suppose que le lexique est maîtrisé dans ses grandes lignes compte tenu que le cours précédent focalisait sur les registres de langue.

 

Application en cours de langue

 

Oral

 

·          Reformulation des groupes de 5

·          Discussion guidée à partir des réponses formulées par chacun des groupes dans le tableau d'hypothèses proposé à la fin du script - Chaque groupe présente aux autres son tableau et sa vision personnelle de la scène. On donne la possibilité au groupe, s'il le désire, de s'essayer à jouer cette dernière.

 

Ecrit

 

·          Tentative d'élaboration d'un tableau d'hypothèses commun à tous les groupes

 

Visionnage

 

·          Visionnage de la scène étudiée

 

oral

 

·          Comparaison  " scène vidéo  - tableau commun " orientée par les questions suivantes :

 

-          Quel type de personnage voyez vous maintenant en Serge ?

-          Quel mot ou quelle phrase le décrit le mieux ?

-          Que révèlent la gestuelle, le ton et le vocabulaire de ce personnage ?

-          Comment le personnage était - il habillé ?

 

·          Question finale visant à une analyse critique des travaux précédemment effectués :

Est-ce que ce personnage, d'après vous, colle plus à la réalité que la représentation que vous en aviez avant le visionnage de la scène ?

 

 

Conclusion

 

·          A partir de cette dernière question le groupe entier doit pouvoir :

 

-          Reconnaître qu'aussi bien eux que le cinéma se construisent une réalité

-          Comprendre que les représentations de la réalité faite par le cinéma ( et les médias en général ) ne sont pas toujours réaliste

-          Décrire ce qu'ils ressentent face à ces différents stéréotypes

 

·          Elargissement :

 

Amener le groupe à réfléchir à l'écrit sur son propre système de représentation du monde et  son utilisation  des stéréotypes en commentant les assertions suivantes :

 

-          Qu'ils soient négatifs ou positifs, il faudrait bannir totalement les stéréotypes. 

-          Il n'y a qu'un pas de l'individu au groupe social auquel il appartient.

-          Les stéréotypes peuvent changer lorsque les membres de différents groupes sociaux intensifient leurs rapports d'échange. L'interaction facilitera l'invalidation de stéréotypes négatifs ou injustifiés

-          Trop souvent, nous créons des conditions telles que notre interlocuteur n'aura de choix que de se comporter comme prévu et de confirmer les stéréotypes qui le visent.

 

 

 

 

 

Conclusion

 

 

 


"J'ai peur de te dire qui je suis, parce que si je te le dis et que tu ne l'aimes pas,

je n'ai pas autre chose à t'offrir" ( Géoscopie )

 

 

·         Cinéma et stéréotypes : rapport à l'enseignement.

 

Le cinéma et les stéréotypes sont impliqués dans l'enseignement à plusieurs titres. En premier lieu, le cinéma est un outil pédagogique. On y recherchera comment tirer parti de l'image et du son pour transmettre des connaissances aux élèves. Mais au-delà de l'utilisation du cinéma et des stéréotypes dans l'enseignement, un objectif plus importants encore que ceux qui visent à améliorer le rendement pédagogique se dégage :

 

Apprendre à être " acteur " de la communication stéréotypée

 

Il ne s'agit pas réellement de prémunir l'apprenant contre diverses sortes d'influences ou de manipulations mais plutôt de le rendre apte à être un spectateur " créatif ", capable de s'approprier un maximum d'informations originales à partir d'une vision personnelle d'un film ou de n'importe quel autre document. Parmi ces savoirs, la conscience d'être " recherché " comme destinataire de messages spécialement conçus pour produire sur lui des effets cognitifs, affectifs et comportementaux, est un élément important. Il est en effet nécessaire que l'apprenant comprenne la situation dans laquelle il se trouve lorsqu'il est le destinataire de messages stéréotypés. C'est pour lui un moyen considérable de développer, par rapport à ceux-ci, des attitudes personnelles originales et autonomes.

 

 

·         Stéréotypes et interculturalité  dans ce dossier

 

La signification peut ne venir que de la rencontre avec la différence ; signification sur l'autre mais également signification sur soi. Se poser la question de l'autre revient donc à construire sa propre identité. Pour mettre ce premier point en perspective avec mon travail, je considère en avoir appris autant sur moi que sur la communauté juive.

 

Mais comment  se poser alors cette question de l'autre ?

Quelles sont les entrées dont je dispose ?

Existe t-il une entrée " privilégiée " ?

 

Bien qu'il ne s'agisse que d'une amorce et que d'autres entrées mériteraient d'être également considérées, la rencontre avec la différence s'est  faite ici par le stéréotype. Le fait que l'engagement vers l'autre soit souvent précédé par une crise, un malentendu, un dysfonctionnement préalable, rendait le choix de cette entrée dans la culture cible particulier et ne le posait pas comme le plus évident ( comprenons par ce terme " le choix du plus grand nombre " ). En effet, l'individu sélectionnant une entrée spécifique pour un tel travail peut très bien développer une réflexion vis à vis du stéréotype de type : "  C'est déjà mal parti, pourquoi en rajouter une couche ! "

 

Cela serait limiter considérablement la portée et l'intérêt du stéréotype. Tout le monde utilise à un moment ou un autre de sa vie des stéréotypes  ( souvent pour réduire la complexité d'un environnement sinon insaisissable ). Ce dernier étant par conséquent une partie de chacun, le refuser reviendrait à ne pas accepter l'autre dans son intégralité et bien entendu  à ne pas se reconnaître soi même. Le stéréotype et son utilisation dans l'analyse ne constituent donc pas un handicap à la marche vers le Sens et plus largement à la marche vers l'Autre. C'est ne pas admettre cela qui est dangereux.



[1] La communauté juive est en fait composée de trois branches distinctes. Tout d'abord les juifs installés en France depuis des siècles  et ayant reçu les droits de citoyens de la Révolution française, ensuite les juifs ashkénazes venus d'Europe orientale et centrale ( très éprouvés par le génocide nazi ), enfin les juifs séfarades arrivés d'Afrique du Nord au début des années 60.  

[2] Lippmann, Walter. (1922), Public Opinion, New York: Harcourt, Brace, p. 16

[3] Ashmore, R.D. & Del Boca, F.K. « Conceptual Approaches to Stereotypes and Stereotyping », In D.L. Hamilton(ed.), Cognitive Processes in Stereotyping and Intergroup Behavior, New Jersey: Lawrence Erlbaum Associates, 1981, p. 16

[4] http://home.worldnet.fr/~patrocle/maitrise2.html  - plan du cours du semestre, p. 2 -

[5] Lire à ce sujet l'introduction de Joshua Trachtenberg in The Devil and the Jews : The medieval conception of the Jews and its relation to modern antisemitism, New Haven, Yale University Press, 1943

[6] Walter Benjamin

[7] Pour une connaissance plus approfondie de la question lire l'étude très complète de Sander Gilman in            The Jew's Body, Routledge, New - York & London, 1991 ( cote BU Nantes 305.8 GIL, salle 12 )  

[8] La notion même d' "antisémitisme " est utilisée pour la première en Allemagne en  1880 par un journaliste de Hambourg, Wilhelm Marr.  

[9] Dictionnaire des symboles, Larousse

[10] Mary Douglas, Natural symbols, New -York, Pantheon Books 1970, p. 70

[11]  les lois émancipatrices sont promulguées en France en 1790 et en Allemagne dans leur version définitive en 1871

[12] In Cinémaction, op. cit., p153

[13] BERGSON, Le Rire, " Répétition et Mécanique " ( 26, 403 )

[14] PASCAL, Pensées, Pensée 133, Brunschvicg

[15] BERGSON, op. cit.

[16] voir à ce sujet HOUDEBINE A.M., " Un rêve de Barthes " ( Travaux de linguistique : sémiologie, Angers )

[17] P. EKMAN, W.V. FRIESEN, The repertoire of nonverbal behavior, coding, Semiotica, 1969

[18] La même scène sera utilisée dans le ( III ) de cette étude dans le cadre d'une mise en application pédagogique. 

[19] GHIGLIONE R., L'homme communiquant, Paris, A. Colin, 1986

[20] Bien que la seconde scène de danse se déroule sur fond de musique traditionnelle juive, la gestuelle des danseurs est clairement orientalisée.

[21] En s'inscrivant dans un système stéréotypé ( et seulement dans ce cadre ), le signe religieusement connoté participe bel et bien à  une mécanique d'exclusion

[22] Concernant l'espace, l'orientalisme est représenté à travers le Hammam  

[23] Le mot " langue " est ici considéré dans sa globalité à savoir à la fois en tant que structure linguistique partagé par un même groupe pour communiquer mais également comme structure mentale développée pour parler cette même langue.

[24] Voir également à ce sujet la prononciation du " r "

[25] http://home.worldnet.fr/~patrocle/maitrise2.html

[26] Notons au passage le changement de nom caractéristique de toute entrée en communauté ( passage d'une dimension " profane " à une dimension " sacrée " ). Voir pour ceux que ce thème intéresse les ouvrages passionnants de Mircéa  Eliade sur les rites initiatiques.

[27] Mythe du Sauvage ; Pour juger ou mettre en évidence les travers d'une société, il faut en venir d'une autre.

[28] Cf. p 8

[29] Notons tout de même une exception à ce triste constat dans La vérité si je mens à travers le personnage de Sandra.

[30] Exception faite de la circoncision et de la barbe les mots étant prononcés