E T U D E     D  E     L A     C I V I L I S A T I O N 

| approche descriptive | approche explicative | stéréotype| crible | habitus de classe  | habitus linguistique  | l'implicite culturel |approche subjective | la CCPlexiculture | bibliographie |


 
 
APPROCHE DESCRIPTIVE DE L'ETUDE DE LA CIVILISATION 

 

Toute acquisition d'une compétence socio-culturelle doit faire en premier lieu l'objet d'une approche descriptive des traits caractéristiques d'un groupe humain à partir d'informations recueillies sur :
1 - le système social qui comprend tout ce qui concerne la vie ,  la reproduction et la subsistance de la population : la famille , les relations de parenté , les relations entre les sexes et les âges , les problèmes de la santé , de l'alimentation , de l'habillement , de l'habitat, de la sécurité des biens et des personnes, du travail et des loisirs.
2 - le système économique qui comprend tout ce qui concerne la production , la consommation et l'échange de biens et de services. On devra donc y inclure aussi bien les moyens de communication que les entreprises, les techniques, la vie syndicale, la planification et l'aménagement de l'espace, enfin les problèmes monétaires et financiers.
3 - le système politique qui comprend tout ce qui concerne l'organisation des rapports entre les hommes en tant que citoyens et les pouvoirs de décision, plus ou moins institutionnalisés, système linguistique, le droit et les coutumes, les institutions et mouvements, enfin l'organisation et la répartition du pouvoir.
4 - le système culturel qui correspond, lui aussi, à un secteur bien défini du système social. Il concerne tout ce qui ce rapporte à la vie de l'esprit, c'est à dire, en termes plus scientifiques, la création et la diffusion des codes de toutes sortes (linguistique , ethnique; esthétique, code du savoir, code des croyances etc...), autrement dit le domaine des signes , des symboles, des normes et des valeurs. C'est grâce à ces codes que les hommes ont entre eux des rapports de communication proprement dits.

Ces différents points ont été développés par Henri Holec dans un article intitulé "l'acquisition de compétence culturelle". Quoi ? Pourquoi ? Comment ? " Publié dans le numéro 69 des Etudes de Linguistique appliquée coordonnée par Geneviève Zarate (Janvier - mars 1988).
Dans cet article , H.Holec dresse la liste des domaines dans lesquels l'enseignant de civilisation doit recueillir des informations :
- l'histoire du groupe humain considéré.
- la société dans laquelle vivent les individus de ce groupe (institutions, modes de vie, comportements sociaux, pratques langagières, courants philosophiques, religieux, artistiques, traditions, etc...)
- les productions de tous ordres de ce groupe : produits artistiques (littérature, architecture, peinture, cinéma, télévision) , produits techniques , etc...
Il ne doit pas s'agir, à notre sens, d'une présentation fourre-tout, de type encyclopédique, qui risque vite de devenir indigeste.
Si les 4 grandes distinctions que nous avons proposées (sociale, politique, économique et culturelle ) doivent servir de guide à l'enseignant, la conception de toute civilisation comme un système doit l'amener dans une seconde phase qui ne doit pas se faire attendre très longtemps et qui peut même être simultanée de la description des faits elle même, à une réflexion sur la civilisation objet d'étude.
 
APPROCHE EXPLICATIVE DE L'ETUDE DE LA CIVILISATION 

D'un point de vue plus explicatif, la civilisation peut-être entendue ici comme l'ensemble des traits ptopres à une société quelconque. Une civilisation doit être l'objet d'une analyse à plusieurs niveaux, tout comme une langue.
A - Un substrat constitué par tout ce qui peut-être identifié comme les "réalités" de la civilisation et qui est la résultante de toutes les influences qui ont façonné une situation donnée; c'est l'ensemble des empreintes laissées sur une communauté  par la succession de tous les groupes qui l'ont constituée. En fait, il s'agit de la société tout entière dont l'étude relève de la démographie : répartition géographique de la population considérée, sa densité, son mode d'habitat, ses relations de voisinage, les phénomènes migratoires qui la caractérisent. Un second aspect de la démographie étudie la répartition de la population par sexes et par classes d'âge mais on pourrait y ajouter l'étude de la famille, celle des structures de parenté et , enfin , celle des rapports entre générations. le dernier aspect constitutif du substrat est du domaine du fonctionnel et s'attache à la satisfaction des trois besoins fondamentaux de l'individu: se nourrir, se vêtir, se loger.
Ex: Situation de l'économie d'un pays, découpage de l'année en temps de travail et de loisir, répartition entre population active et non active, etc...
B - Les manifestations de la civilisation, c'est à dire les comportements des gens dans le milieu professionnel, familial etc...
Quelles sont les régularités révélatrices du fonctionnement de l'échiquier social français ? C'est ce qu'on appel les indices d'appartenance sociale.
            1- Les objets de la vie quotidienne qui constituent une source d'information sociale, d'indication sociale ( chaîne HIFI)
            2- Les pratiques quotidiennes déclenchées par les objets. Plus que l'objet , c'est son environnement qui est significatif. Ceci suppose une étude horizontale de la société, fondée non seulement sur l'étude de chaque objet (on peut alors faire une étude paradigmatique du poste télé, de la voiture : une étude de gamme sur cahcun de ces types d'objets, mais aussi sur les combinaisons que l'objet peut susciter avec d'autres objets (et là, il s'agit d'une anamyse syntagmatique de la société).
Ainsi analysé, tout objet est un témoignage économique, culturel et social : on retrouve ici les trois grabdes catégories de ressources qui caractérisent l'agent social de Pierre Bourdieu.
L'objet , en conclusion, peut- être socialement distinctif à condition de prendre en compte sa valeur contextuelle, c'est à dire que l'objet fonctionne comme le mot dans la langue avec sa valeur référentielle - dénotative- et sa valeur connotative .
Un exemple très intéressant est fourni par les gens qui, aujourd'hui, collectivement , collectionnent les objets à la mode qu'on trouve chez les brocanteurs et qui, sans avoir une grande valeur, valent par leur contexte qui les surclasse (snobisme) .
C - Un système , c'est à dire un ensemble cohérent  propre à chaque communauté, fait  un réseau de relations et d'oppositions, ce qui n'empêche pas que dans toute civilisation il puisse y avoir des moments de conflit nés de dysfonctionnements pouvant aller jusqu'à la rupture. C'est ainsi  que les traces ou les manifestations linguistiques des conflits entre les générations semblent très intéressants du point de vue de notre sujet et qu'on les retrouvera dans les textes de chansons étudiées ( voir Stage Epako Lodge sur la chanson - Septembre 1998)
La langue vieillit vite et chaque génération parle sa langue, s'identifie par sa langue, comme le montre particulièrement bien aujourd'hui le cas du français branché que certains considèrent plus comme un chronolecte que comme une variété sociale.
Il faut noter ici que l'un des buts du cours de civilisation est de faire prendre conscience à l'apprenant de l'évolution et de vieillissement de la langue elle même mais aussi des valeurs culturelles, sociales, morales, etc...qu'elle véhicule.
De ce point de vue  là on tirera grand profit de la comparaison entre deux ou trois textes de chansons ayant un thème commun: ( par exemple la chanson d'amour qui nous permettra d'illustrer cette idée en comparant l'Hymne à l'amour et la vie en rose d'Edith Piaf avec Hélène de Julien Clerc ).
        Cette conception de la civilisation comme un système relatif a l'immense avantage de ne pas limiter son enseignement-apprentissage à un inventaire encyclopédique des réalités ou , au contraire, à une étude abstraite des caractères généraux de la culture  non sous-tendue par une analyse concrète de ses manifestations. Seule celle-ci permet une harmonisation des contenus linguistiques et culturels et la possibilité d'une démarche similaire dans l'étude de la langue et celle de la civilisation.
La compétence culturelle n'est pas visée en elle même et pour elle-même mais plutôt comme un enseignement apprentissage complémentaire lié à l'acquisition d'une compétence langagière (c'est à dire l'acquisition d'une langue et de sa pratique sociale). Cette réflexion menée sur la civilisation peut consiter partiellement en une comparaison entre ce qui se passe dans la culture objet d'apprentissage et dans celle de l'apprenant. C'est ainsi que parmi les connaissances extra-linguistiques, seront à faire acquérir en priorité :
1 - celles qui n'ont pas leur correspondant dans la réalité de l'apprenant (une choucroute ou un cassoulet, le Père Noël, un CRS , une préfecture, etc...)
2 - Les connotations codifiées manifestant en général des idéologies, des mythes collectifs, etc.... qui sont des usages culturels constants.
Ex: "Hexagone" qui peut prendre deux significations opposées, pour certains un symbole de l'équilibre et de l'harmonie et pour d'autres celui de la petitesse, du nombrilisme, du nationalisme le plus étroit.
Ex: Anecdote scolaire : "Qu'est-ce qu'un carré? demande le maître. "Un carré est un quadrilatère à quatre angles droits et quatre côtés égaux" , répond fièrement un élève. Encouragé par les félicitations du maître pour cette bonne réponse, l'élève osa poser la question qui le tracassait depuis un moment :" Monsieur , le carré d'un nombre, c'est aussi un quadrilatère ?"Ce n'est pas une histoire pour rire ! La plupart des mots sinon tous n'ont de sens précis que lorsqu'ils sont placés dans un contexte qui les conditionne et oriente, voire redéfinit leur sens.
3 - Les connaissances générales  partagées par les membres de la communauté, qui permettent à qui les connaît de reconstruire l'implicite.
Ex: Petite annonce de journal : "Juliette cherche Roméo" .
4 - les conventions socio-culturelles qui règlent les pratiques sociales du langage : règles du savoirèfaire, de la politesse et du tact langagier qui ont cours dans une communauté culturelle.Ex: On ne parle pas à voix haute dans une église.
Lire la Fiche pédagogique 6 " les faux pas " dans Diagonale n°41
5 - les conventions socioculturelles qui règlent le comportement non verbal en situation de communication : c'est le domaine du gestuel, de la proxémique et même de l'étiquette, du savoir-vivre.
Ex: On respecte une certaine distance entre soi et son interlocuteur ou encore on se conforme aux conventions vestimentaires en usage pour la situation publique envisagée.
 
Lire : Les articles sur "le langage corporel dans la communication" de Jean Mouchon  
( D'autres voies pour la didactique des langues.  R.Galisson dir.) et 
"Joindre le geste à la parole" Extraits d'émissions de télévision de Jean Mouchon FDM 186 p.86)
La clé des gestes de Desmond Morris (Ed. Grasset) 
Le corps das l'approche communicative d'H.Stephan (Revue de Pédagogie Appliquée 1982) 
Le langage silencieux et la dimension cachée d'Edward T.Hall -Points Seuil n°160 -  1984)
Petit dictionnaire des gestes et des mimiques que font les Français quand ils parlent par Estela Klett (in Revue Reflet n°2à 8 )
Exploitation d'éléments visuels: gestes et mimiques dans un cours de langue de José Pavis (Revue Reflet n°21 p.32)
Expression corporelle, langage du silence" de Cl.Pujade Renaud Ed.Soc.Fr.  Coll.Sciences de l'éducation Paris 1974 
Des gestes et des mots pour le dire de J.Montredon  (Cle)
Oh là là ! Méthode d'expression intonative et mimique de Geneviève Calbris et Jacques Montredon ( Clé International -1981)

        Accepter l'idée séduisante que la civilisation fonctionne comme un système au même titre que la langue, permet de généraliser la notion de crible proposée d'abord par N.C. Troubetzkoy qui parle de crible phonologique pour expliquer les difficultés à passer d'un système culturel à un autre.
L'hypothèse formulée par Henri Besse dans son article intitulé "Eduquer la perception interculturelle" (Le Français dans le monde, Octobre 1984, p.46-50) consiste à généraliser la notion de crible à toutes les composantes verbales et non verbales de la communication, dès lors qu'elles peuvent être considérées comme sémiotiquement structurées (donc non universelles), c'est à dire fonctionnant sur des oppositions distinctives productrices de significations conventionnelles. Il y aurait ainsi, liés aux systèmes sémiotiques de la langue/culture de départ :
- des cribles morphosyntaxiques (l'analyse contrastive a certes surévalué leur rôle, mais ils restent à l'origine de bien des erreurs)
- des cribles lexicaux (on sait que chaque langue impose à l'expérience des hommes un découpage qui lui est propre)
- des cribles gestuels : Ex: Dans un film sur  Gandhi , on voit celui-ci exprimer ses dernières volontés à ses disciples : certains joués par des acteurs occidentaux , opinent de la tête pour l'approuver ; d'autres joués par des acteurs indiens , dodelinent  gravement de la leur ; éclat de rire du public francophone qui insterprète selon son crible habituel ce geste comme une désapprobation  ou un doute sur la santé mentale du vieillard.
- des cribles discursifs ou conversationnels :Ex: Une lettre officielle chinoise ou arabe s'ouvre sur des conventions de politesse qui nous surprennent...
- des cribles interactionnels : Ex : Ici le respect dû à un supérieur est marqué par le fait qu'on veille à tenir sa tête au dessous de la sienne, et donc à s'asseoir ou à s'accroupir dès qu'on est en sa présence; là , le même mouvement sera interprété comme un signe de désinvolture ou de grossièreté.
- des cribles liés à l'organisation familiale , socio-économique , politique , culturelle de la société dans laquelle cette langue/culture est pratiquée, ainsi qu'à son sytème de valeurs.

Comment fonctionnent les cribles culturels ?
Ils ont trois modes de fonctionnement apparemment contradictoires, l'un inconscient, l'autre conscient.
- le premier, inconscient est constitué par l'ensemble des qualités reconnues dans tous les systèmes ( l'autorité, le talent , l'éloquence, la prestance,  etc...) mais qui sont données gratuitement (le fameux don divin, la baraka, la scoumoune) à)
certains , pas à tous (part d'innéisme ?)
- le second est constitué par l'habitus de classe , c'est à dire ce qu'on "a" (du latin "habere"), ce qu'on a acquis , le fruit d'une certaine expérience. Pierre Bourdieu, qui a proposé cette notion la définit  comme "un système de dispositions durables et transposables, qui, intégrant toutes les expériences passées, fonctionne à chaque moment comme une matrice de perceptions, d'appréciations et d'actions" propres aux membres d'une même classe. Cet habitus constitue en définitive l'Etre social que nous sommes : c'est donc un AVOIR qui se transforme en ETRE puisqu'il définit tout agent social.
L'appartenance à une classe sociale se manifeste  sur le mode implicite comme une adhésion à une vision particulière du monde, à un système de valeurs spécifiques, à des usages sociaux représentatifs de cette classe.
Il faut ici faire la différence entre ce qui est commun à toutes les classes d'une communauté et qui constitue peut-être la vision du monde (cimentdes nations ? ) et ce qui est propre à chaque classe comme par exemple les systèmes de valeurs économiques (l'argent) , culturelles (les diplômes universitaires) relationnelles (liées à l'appartenance sociale) et les usages sociaux (toujours propres à un groupe : famille, syndicat, nation,etc...) parmi lesquels est à inclure l'usage linguistique. C'est à ce propos que R.Galisson parle de "dénominateur culturel commun".
Mais il faut insister sur le fait que l'habitus social inclut l'habitus linguistique  qui est le produit des conditions sociales mais aussi individuelles (d'où l'intérêt , dans l'étude de la civilisation, de passer de l'objectif au subjectif en utilisant des textes qui soeint des manifestations culturelles - Michaud dirait peut-être sociétales - particulièrement significatives. L'habitus conditionne donc en quelque sorte la grammaire générative de nos comportements culturels et langagiers (les seconds étant évidemment inclus dans les premiers  avec lesquels ils sont étroitement imbriqués) qu'il est toujours possible de prévoir et d'expliciter par l'analyse des pratiques langagières les plus significatives des locuteurs.
 La notion de crible est également sous-tendue par tout ce qui constitue la conceptualisation du monde à travers la vision du monde proposée par la langue  :la notion du temps , celle de l'espace, la représentation de la langue en tant que telle, ce que d'aucuns nomment de plus en plus le style collectif.
Ce concept de vision du monde paraît extrêmement vague, défini par la place que se donne chaque culture dans l'univers, par  l'idéologie de ses membres, le découpage imposé par la langue elle même à tous ses locuteurs  (voilà un exemple de ce qui est commun à tous) , la réalité qu'elle décrit, etc...

- le troisième mode de fonctionnement du système culturel aux limites du conscient et de l'inconscient (c'est ce qui fait l'intérêt de son étude) est le recours aux stéréotypes.
Schèmes enracinés dans l'affectif et qui orientent notre perception de soi, des choses et des autres pour parfois s'y substituer, et surtout les représentations dans lesquelles une communauté se reconnaît et reconnaît les autres, qu'elles soient métalinguistiques (la description grammaticale du français apprise à l'école nous conduira à percevoir l'espagnol comme une langue "sans article partitif" , ou qu'elles soient  métaculturelles (institutions , mythes , histoire scolaire, etc...., les stéréotypes constituent  un ensemble de traits censés caractériser ou typifier un groupe , dans son aspect physique e mental et dans son comportement. Cet ensemble s'éloigne de la réalité en la restreignant , en la tronquant et en la déformant . L'utilisateur du stéréotype pense souvent procéder à une simple description , en fait il plaque un moule sur une réalité que celui-ci ne peut contenir.
Une représentation stéréotypée d'un groupe ne se contente pas de déformer en caricaturant , mais généralise en appliquant automatiquement  le même modèle rigide à chacun des membres du groupe.
De quoi est composé un stéréotype ?
Tout d'abord il convient de noter l'élément desimplification qu'il constitue ; la réalité est simplifiée avec , pour résultat , non une clarification mais une mise à l'ombre d'éléments essentiels à la compréhension .Cette simplification procède d'un choix limité d'éléments spécifiques , d'omissions conscientes et de simples oublis.
Que cette sélection cognitive soit volontairement orientée ou non (y-at-il un inconscient social comme il y a un inconscient linguistique ?)  ne nous intéresse qu'en seconde analyse.
Le stéréotype tend également à englober toutes les unités de la catégorie qu'il prétend cerner en quelques traits. Un individu appartenant au groupe visé se verra appliquer d'office le même schéma de comportement , de mentalité, de qualités ou de défauts. Le stéréotype est donc également généralisation.
Il représente pour le domaine culturel, ce qu'est le phénomène de surgénéralisation phonique ou morphosyntaxique. Le locuteur, natif ou non , va s'efforcer de poser une régularité là où elle n'existe pas en simplifiant certains paradigmes irréguliers. C'est un mécanisme bien connu de l'interlangue. Pourquoi ne se reproduirait-il pas lorsqu'il s'agit de passer de la compétence linguistique à la compétence socioculturelle ?
Stéréotyper c'est utiliser le même concept  ou le même groupe de concepts pour définir les éléments d'une catégorie sans se soucier des exceptions ou sans se demander dans quelle mesure le contenu du stéréotype ne s'appliquerait pas justement mieux aux exceptions elles-mêmes.
Quand un étudiant étranger, répondant à une enquête déclare :
"la France , pour moi ça évoque le romantisme, la langue est romantique, c'est le pays de la mode et de l'amour ", il est victime d'un stéréotype, sorte de composition sémantique toute prête, organisée autour de quelques éléments symboliques simples qui viennent immédiatement remplacer ou orienter l'information objective ou la perception réelle. Structure cognitive acquise et non innée , soumise à l'influence du milieu culturel , de l'expérience personnelle, d'instances d'influences priviliégiées comme les communications de masse , le stéréotype plonge ses racines dans l'affectif et l'émotionnel car il est lié  au préjugé qu'il rationalise et justifie ou engendre.
Ainsi conçu le stéréotype est constitué par l'image que l'on se fait de son propre groupe national ou autre (autostéréotype)
ou des autres groupes nationaux ( hétérostéréotype ).
Cette image prend forme de généralisation s'appliquant avec une large extension aux membres d'un groupe national déterminé. ce sont aussi les opinions ou les jugements sur les Anglais, les Allemands, les Arabes, les Africains, etc....
NB: Les textes de chansons que nous avons sélectionnés, ayant l'AFRIQUE pour thème , attestent la puissance de l'hétérostéréotype au niveau des représentations. Dans cette acception, le stéréotype rejoint ce qu'on entend par style collectif.

La notion de style collectif est due à Scavée et Intravaia de l'Ecole d'Interprètes Internationaux de l'Université de Mons en Belgique (in Traité de stylistique comparée . Analyse comparative de l'italien et du français. Didier,Bruxelles , 1979.)
Ces deux chercheurs ont cherché à élaborer une stylistique comparée appliquée à un enseignement des langues et, indirectement, à la traduction. Leurs recherches les ont conduits à définir une instance intermédiaire entre la stylistique comparée, discipline qui étudie les possibilités expressives de la langue et le style individuel qui concerne le choix de l'une ou l'autre de ces possibilités, opéré en discours par le sujet parlant. cette instance intermédiaire, c'est le style collectif, choix préférentiel propre à toute une collectivité qui, parmi toutes les possibilités d'expressions affectives, privilégie certaines d'entre elles selon un mode de sensibilité particulier.
La notion de style collectif est étraoitement liée à l'image que se font les locuteurs quels qu'ils soient, de la langue qu'ils utilisent et là on est en droit de s'interroger sur les possibilités d'existence d'une norme comme à l'ensemble  des locuteurs d'une langue, natifs ou non.
Cette image recueillie puis distillée par l'enseignant de FLE ne doit pas être le fruit d'une trop grande subjectivité et doit donc se fonder sur la collecte et l'analyse de faits stylistiques pertinents, marquant une rupture par rapport à un modèle linguistique unique et exclusif, le modèle français, et constituant ce que Spitzer avait appelé des étymons spirituels .
Dès le début de leur étude du style collectif italien, pour prendre un exemple extérieur au français, Scavée et Intravaia ont relevé un étymon spirituel , celui du baroquisme italien , qui s'est trouvé confirmé par plusieurs tendances psychologiques : goût pour les contrastes , libre cours à la sensibilité , ouverture à l'innovation , emphase et souci du détail.
Les enquêtes réalisées par nombre de didacticiens sur les représentations que se font les étrangers de la France et des Français sont riches d'informations de ce point de vue là.
Les Français apparaissent comme des gens passionnés, la France comme le pays de l'amour , des Mirages, des usines renault, du socialisme , de la moustache et de la Tour Eiffel.
Tous ces éléments , qui peuvent être intégrés, par exemple, à l'analyse comparée de quelques styles collectifs bien distincts et universellement recconus , même s'ils sont parfois caricaturaux , peuvent être utilisés comme des points d'appui d'un enseignement- apprentissage intégré du FLE.

On retrouve là une distinction voisine de celle qui a été proposée par W.Labov entre les normes réellement pratiquées par les membres d'une communauté, normes relativement diversifiées selon les individus, les catégories socio-professionnelles et les régions , et les normes subjectivement reconnues , qui sont revendiquées par tous ceux qui reconnaissent appartenir à cette communauté, même s'ils ne les pratiquent pas spontanément. ce sont ces normes reconnues qui constituent la communauté en tant que telle, qui assurent son unité, et c'est à travers elles que chacun s'identifie ethniquement.
Passer d'une langue-culture à l'autre c'est s'éduquer progressivement à percevoir les signes étrangers verbaux et non verbaux autrement qu'on les perçoit d'emblée, à savoir quelque idée de la manière dont le partenaire , c'est-à-dire l'interlocuteur natif les perçoit.

Il ressort de tout ce qui vient d'être développé que l'enseignement- apprentissage de la culture se heurte à un grand nombre de difficultés nées de sa nature même. On peut les résumer ainsi :

Le natif enregistre la vision du monde que véhicule sa langue maternelle par la pratique quotidienne légiférante de sa communauté audelà de sa conscience même . Cette acquisition naturelle n'exclut cependant pas une certaine cohérence de chaque vision du monde . C'est par bdes petits faits quotidiens et presque infinitésimaux que l'individu acquiert sa vision du monde. Ces faits faits sont difficiles à révéler par l'analyse parce que leur acquisition est implicite. A la frontière de la parole et du silence, la notion d'implicite interroge à la fois le système de représentation du monde que peut se donner une communauté et les conditions par lequelles ces représentations peuvent prendre forme , circuler et se modifier.

Quel est ce processus d'acquisition ?
Derrière l'insignifiance apparente des interactions sociales circule toujours l'implicite, expérience  muette du monde. Dans les choix quotidiens qu'impose la logique de la vie ordinaire affleurent des régularités qui signalent la cohérence des systèmes

culturels .
Comment fonctionne l'implicite dans un système culturel ?
Il obéit à trois règles :
1 - le principe d'économie :Les membres d'une communauté partagent nécessairement des références qu'ils ne dévoilent pas. Ce non-dit commun aux locuteurs se trouve toujours en amont de l'échange verbal lui même. L'implicite actualise toujours un passé où le sens prolifère , active les faits antérieurs , réveille les significations peut-être endormies . L'implicite, comme le déclare Michel Foucault (dans l'archéologie du savoir, Paris Gallimard 1969) , c'est l'achéologie de nos pratiques culturelles qui inscrivent l'individu dans le temps .L'implicite  n'est pas de l'impensé mais il permet de se mobiliser, et c'est en ce sens que c'est un principe d'économie , pour l'échange communicatif en cours que des fragments de savoir qui se situent dans un rapport immédiat à la situation donnée.
2 - la mise en hypothèse : Mais l'implicite n'est pas un simple porocessus de reconduction du passé, il s'articule également avec la dynamique du présent, les nécessités de l'action. le maniement de l'implicite impose une stratégie d'adaptation à la situation donnée. L'implicite impose une stratégie de décodage qui prend sa  place dans toute intention de communication et dans tout projet social : c'est à la fois
- l'image que l'acteur social (ce qu'est tout locuteur) a de lui même et l'image qu'il a  des autres
qui est en cause. Le vecteur essentiel de l'implicite c'est l'allusion. Toute allusion repose sur un calcul stratégique cherchant à rendre optimales les conditions dans lesquelles le décodeur pourra décrypter les intentions véhiculées. Chaque locuteur fait un calcul d'estimation des références supposées communes avec les autres locuteurs, calcul établi selon les indices présents de la situation donnée.
Ex : C'est exactement ce qui se passe lorsqu'on  rencontre pour la première fois quelqu'un dont on ne connaît - par exemple- pas les idées politiques : on procède d'abord par équivoques et ambiguités successives. L'implicite dévoile et réserve tour à tour, il fonde son existence sur la mobilité.
3 - la règle du jeu : L'implicite pfait partie du contrat social : il légifère ce qui doit rester illisible dans le tissu social. Tout écart par rapport à cette norme est sanctionné. Maîtriser les règles du jeu social, c'est réinterpréter avec souplesse ce qui est codifié. la maîtrise du jeu social ( et par conséquent du langage) passe par la capacité de chacun d'en éprouver l'élasticité, d'en mesurer les seuils de tolérance , d'en repousser , de façon subjective et subversive , les limites. Le tact s'appuie sur un accord tacite à parler par allusions, à user d'un langage fait d'insinuations, d'ambiguïtés, de pensées calculées, de plaisanteries pour initiés etc...
Il y a un côté officieux dans toute communication. ce fonctionnement de l'implicite suppose une organisation de la réalité, une logique acceptée et diffusée par les membres de la communauté.L'implicite entraîne une adhésion immédiate à une vision du monde où exlusions , imcompatibilités, ruptures, liaisons, alliances, unions,  sont présentées comme allant de soi sans avoir donné lieu à une mise à distance objective. L'implicite ordonne le quotidien en imposant de façon clandestine une vision du monde.
Toutes ces connaissances, dont le lien avec la maîtrise linguistique proprement dite est pour le moins indirect , sont indispensables pour qui se fixe comme objectif l'acquisition d'une compétence de communication à la fois pour la compréhension  du discours de l'autre, de ses intentions, de son comportement social mais aussi pour le contrôle de ses propres actions discursives, de leur propre intelligibilité  et de leur acceptabilité et , enfin, pour son comportement social lors des intercations avec la communauté concernée. Ces notions ont été parfaitement explicitées  et développées par Oswald Ducrot à partir du concept de "présupposition linguistique", faisant du fonctionnement de la langue - et de ses usages - une espèce de jeu social aux règles bien connues de tous les partenaires de la communication.
 
 
APPROCHE  SUBJECTIVE  DE  L'ETUDE  DE  LA  CIVILISATION 

L'organisation profonde de la langue a des conséquences sur les formes de pensée d'une communauté.
L'organisation linguistique peut influencer sur les idéologies et les mythes des communautés concernées (Exemple d'organisation linguistique : les relations temporelles , les rapports actant-action-objet , etc...)
On peut même aller jusqu'à dire que la création libre, attestée par la métaphorisation, s'inscrit en réalité dans les cadres culturels de l'inconscient, autrement dit que les locuteurs sont prédisposés à certaines attitudes extralinguistiques conditionnées par leur langue maternelle, c'est ce qu'on appelle un univers sémiotique spécifique. A cet égard on étudiera de près par exemple le fonctionnement de la métaphore en français, aussi bien des métaphores figées, lexicalisées , conventionnelles que celles qui reflètent un univers culturel particulier, un tempérament, une personnalité.
Lire
Le distractionnaire de R.Galisson et L.Porcher (Clé -1986)
Dictionnaire des expressions imagées (compréhension et production) par R.Galisson (Clé 1984)
Les Expressions imagées de R.Galisson :Les mots mode d'emploi Livret d'auto-apprentissage (Clé 1984)
Du bruit dans le Landerneau : les noms propres dans le parler commun de Patrice Louis (Ed; Arléa -1995)
Ma maîtresse a dit qu'il fallait bien posséder la langue française par Alain LeSaux (Ed. Rivages 1985 )

Il faut donc se garder de tout anthropocentrisme (le français est une langue claire à cause de l'ordre sujet , verbe, complément ; les langues africaines ne sont pas faites pour l'abstraction, etc...) La langue est à considérer comme la manifestation la plus privilégiée de la culture avec laquelle elle tisse des rapports très étroits, langue, discours, culture et civilisation étant des phénomènes de même nature. Mais ces rapports peuvent varier selon la nature même de la communication et également selon la nature même de la communication et également selon la nature et la personnalité de l'émetteur d'où l'importance à accorder à l'analyse du discours et le rôle privilégié que doit continuer à jouer la littérature dans un apprentissage de FLE  du fait de la richesse des textes soumis à l'analyse  et à la réflexion des apprenants.
Lire également :
Motif et stéréotype anthropologique dans l'ethnolittérature ( Séminaire de l'Université de Montpellier III )
http://serinf1.univ-montp3.fr/LE_MOTIF.html

On a déjà  distingué, à cet égard , trois types de communication susceptibles de caractériser tout groupe social.
1 - la communication usuelle : Les éléments linguistiques ne sont pas les seuls à intervenir dans ce type de communication qui repose, par ailleurs, sur un grand nombre d'allusions et d'implicites, qui s'accompagne de gestes ou de mimiques, d'intonations expressives, autant d'éléments constituant un système paralinguistique pouvant varier d'une culture à une autre. Il s'agit d'une communication réglée part des conventions d'ordre social qui utilise les clichés et tout l'éventail des connotations possibles (d'où l'intérêt de mettre sur pied un enseignement systématique de ces connotations, problème sur lequel on se penchera ultérieurement). Il s'agit là d'un premier niveau de la connaissance de la civilisation fait des réalités de celle-ci.
2 - la communication scientifique : C'est une communication qui réduit au minimum la part de l'imlicite et de l'allusif. Elle a tendance à devenir universelle et fait l'objet d'une pédagogie particulière, celle qui est propre à l'esneignement-apprentissagedes langues de spécialité.
3 - la communication poétique : Cette communication peut intervenir même sans contact avec la réalité mais elle constitue fondamentalement une manifestation culturelle parmi d'autres qu'elle accepte et/ou dont elle s'écarte.

Une approche subjective de l'étude de la civilisation doit en tout premier lieu se débarrasser des habitudes héritées de l'enseignement traditionnel dans ce domaine très particulier qu'est l'enseignement-apprentissage d'une civilisation étrangère .
Ce type d'enseignement n'aboutissait qu'à un stockage hétéroclite et déformant , fondé exclusivement sur la mémoire.
Il faut que l'apprenant :
1 - ait l'occasion de pratiquer une observation personnelle de la civilisation cible de façon à se construire sa propre représentation de la civilisation et de la culture dans lesquelles il pénètre. personne ne doit lui rédiger une synthèse préalable.
2 - ait la possibilité d'adopter des prises de position critiques, de découvrir des types à partir des occurrences qu'on lui aura présentées : supports différents, éclairages différents sur un même thème.
3 - soit placédans des situations où il aura à interpréter et à comprendre les comportements des membres de la communauté culturelle concernée et dans d'autres où il aura lui même à se comporter en être social dans des interactions. Il y aura à ce moment là symbiose entre enseignement-apprentisssage culturel et langagier. Pour ceci , une méthodologie est à fournir aussi bien à l'apprenant qu'à l'enseignant.
C'est à quoi s'est essayé R.Galisson dans deux articles publiés dans Etudes de Linguistique Appliquée :
- " Accéder à la culture partagée par l'entremise des mots à charge culturelle partagée " n°67 , Juil-septembre 1987
- " Culture et lexiculture partagées: les mots comme lieux d'observation des faits culturels " , n°69 , janvier- mars 1989
L'idée fondamentale de R.Galisson est que l'enseignement de la culture est indissociable de celui de la langue, et plus particulièrement de celui des mots, d'où la nécessité, pour lui , d'élaborer un dictionnaire de charge culturelle partagée qu'il désigne par ces trois lettres CCP.
Qu'est-ce que la C.C.P  ?
C'est une culture transversale qui appartient au groupe tout entier, qui est extra-institutionnelle , donc difficile à légitimer , ce qui rend son enseignement difficile. Elle gouverne la plupart des attitudes des natifs , leurs comportements, leurs représentations , leurs coutumes sans qu'ils en saisissent les mécanismes. Cette CCP , en étroite collaboration avec la langue, constitue ce que R. Galisson appelle identité collective , expression qu'il préfère à identité culturelle, parce que dans l'identité culturelle on ne dissocie pas la langue de la culture qui va avec. La langue et la culture partagées fonctionnent comme un identificateur pour les individus qui constituent le groupe. C'est , en quelque sorte, leur dénominateur commun.
Cette CCP s'oppose à ce que d'aucuns appellentla culture cultivée ou la culture savante qui s'inscrit  dans les programmes scolaires. pendant longtemps, c'est ce seul modèle qui a été posé comme objectif d'enseignement-apprentissage à tous les spécialistes de FLE. ( cf. Cours de langue et de civilisation françaises publié par Mauger en 1953 puis plus tard la vague des méthodes audio-visuelles qui éliminèrent tout enseignement de la culture et de la civilisation )
Cette culture cultivée  a amené à pratiquer un enseignement livresque  fondé sur l'engrangement des connaissances qui ne correspond pas aux besoins de l'apprenant étranger. En effet , ce que celui-ci souhaite ce n'est pas s'assimiler culturellement  au natif cultivé mais, tout en étant accepté comme tel, c'est se procurer une clé pour comprendre les autres et être compris d'eux. Il s'agit donc pour lui d'acquérir une culture comportementale, liée au vécu quotidien des locuteurs bien plus que d'une culture encyclopédique caractéristique de la culture cultivée.
Le grand problème , c'est que la didactique actuelle est incapable d'accéder à la couche basique , à la culture minimale partagée par le plus grand nombre des natifs. On est capable de parler d'une culture étrangère  (et on est aidé en cela par les travaux des anthropologues et des socilogues) mais incapable de pratiquer cette culture.
Quels sont aujourd'hui les moyens d'envisager l'accès à ce qui constitue aujourd'hui le dénominateur commun des Français ?
Pour un natif , l'accès à cette culture n'est pas l'école mais la famille, l'empirisme , le hasard , l'implicite, la coercition plus que l'explication, l'imitation plus que la réflexion. L'hypothèse de R. Galisson , c'est que cette CCP acquise par les natifs en dehors de l'école peut, grâce à des moyens appropriés, être acquise à l'école par des étrangers. Cette hypothèse confine au pari mais c'est , en réalité, la seule solution.
Pour le didactologue ou le chercheur il n'est pas question de chercher à imposer sa culture. Son seul but doit être de faiure comprendre la culture de la langue étrangère qu'il enseigne et non de la faire acquérir. Or l'accès à la culture ne peut se faire que par le langage : il en est le véhicule (véhicule de la littérature , des sciences, des rites , des mythes, des comportements etc...) il en est le produit qui s'adapte auxcultures et à  leur évolution (création continue de néologismes à interpréter comme les marques d'une certaine acceptation culturelle) , il en est le producteur parce que c'est par l'entremise du langage que les représentations, les attitudes collectives, etc... se font et se défont.
Malgré cette constante symbiose entre la langue et la culture , on essaie parfois de séparer la langue de sa culture , pour n'emprunter que le véhicule, ce qui se traduit toujours par un échec, soit par l'ennui des apprenants , soit par un dérapage non prévu
Ex1 : Lire l'article sur l'ambiguité de la méthode "Visa pour le français "produite en Arabie Saoudite (Edicef)d'où étaient évacuées toutes références à la société française et aménagées ou contextualisées.
Ex2 :Anecdote sur un dérapage comme celui qui se produisit dans une classe d'Alger en 1985 , où les seuls textes français présentés aux élèves étaient des textes scientifiques ou documentaires parfaitement insipides. l'un de ces textes -article paru dans la presse algérienne sous le titre :" Mammouth n'écrase pas que les prix " relatait la mort par suicide d'une jeune Algérienne prise  en flagrant délit de vol à l'étalage par le gérant d'un supermarché Mammouth. La seule question des élèves à la suite de la présentation de ce texte concerna la description de l'univers du Mammouth totalement étranger à la culture algérienne d'aujourd'hui mais en même temps symbole d'une société de consommation enviée par les jeunes !
En réalité , il faut accéder à la culture partagée par l'entremise de la langue et spécialement par le lexique parce que ce sont les mots qui sont les réceptacles privilégiés pour certains contenus de culture qui s'y déposent y adhèrent et ajoutent ainsi une autre dimension à la dimension sémantique ordinaire des signes.
Ex 3 : Robert Galisson fait remarquer que si le 1er Avril tombe un vendredi , je peux dire à mon interlocuteur : " Aujourd'hui, c'est vraiment le jour du poisson " (= poisson d'avril + poisson du jour maigre). Le mot "poisson" est chargé d'implicites culturels qui fonctionnent comme des signes de reconnaissance et de complicité, incluant l'interlocuteur , s'il comprend , dans le groupe social du locuteur , l'en excluant s'il ne comprend pas (identité collective). Cette valeur ajoutée à la signification du mot sert donc de marque d'appartenance et d'identification culturelles.
C'est ce qui fait dire à R.Galisson que les mots du type "poisson" doivent faire l'objet d'une étude approfondie. Ils constituent, de par leur valeur ajoutée à leur signification ordinairela lexiculture partagée , laquelle est toute désignée pour servir de rampe d'accès à la culture omniprésente dans la vie des autochtones et que les étrangers  ont tant de mal à maîtriser - sans doute parce qu'elle n'est décrite , donc enseignée nulle part à ce jour .
Comment aborder l'étude de cette culture partagée ?
Par la rédaction d'un dictionnaire : ne seront retenus dans cet ouvrage que les mots dont la CCP sera effectivement partagée par 80% des locuteurs. Ce dictionnaire , qui devra être pratiqué assidument, devra permettre un usage prospectif, c'est à dire
privilégié non l'encyclopédisme mais une promenade à travers la langue et la culture étrangère.
Ex. Présentation traditionnelle du mot "carotte" :
1 - plante potagère de la famille des ombelliféracées , à racine pivotante.
2 - Racine conique, riche en sucre.
Le dictionnaire de lexiculture devra, en outre, renseigner son utlisateur sur les trois vertus de la carotte qui rend aimable, permet de voir la nuit (nyctalope) et rend la cuisse ferme.
Quels sont donc les éléments à introduire dans un tel dictionnaire ?
Il faudrait un dictionnaire qui systématise ce type de données indispensables parce qu'elles constituent la culture partagée qui, avec la maîtrise de la langue commune, conditionne l'appartenance des individus au groupe. Cette CCP est un identificateur collectif, un ingrédient majeur de la compétence communicative et de l'échange complice. La lexiculture va donc constituer un passage obligé et prioritaire vers la culture partagée dans la mesure où celle-ci se dépose et fait trace sur certains mots répertoriables dans un dictionnaire. Les mots à CCP ne sont pas à confondre avec des mots populaires ou argotiques  appartenant  à des registres trop marqués pour être partagés  par le plus grand nombre. Au contraire, ils doivent être :
- non marqués
- très courants
- disponibles
ce qui correspond mutatis mutandis à un Français fondamental élargi.
Il faut distinguer la CCP de la connotation même lorsque celle-ci est codifiée, c'est à dire conventionnelle. Pourquoi ? Parce que contrairement à la connotation , la CCP est obligatoirement partagée par une très large majorité , sinon l'ensemble du groupe social concerné.
La notion de CCP est de nature à modifier la conception même du signe linguistique telle que nous l'avons héritée de Saussure . En effet, on peut considérer  que le signe est formé d'un contenant ou d'une forme, le signifiant (Sa) et d'un double contenu: le signifié (Sé) et la CCP. Le Sé serait alors le contenu premier du signe et la CCP son contenu second, qui relèverait d'une approche pragmatique de la notion elle même. A partir de là, R.Galisson porpose un certain nombre de nouvelles définitions récapitulatives qui sont les suivantes :
- le référé (Ré) est la partie de la réalité extralinguistique désignée par un signe et signifiée par lui. C'est la réalité brute informée par la langue, c'est à dire reconstruite par elle, découpée par elle : c'est la vision du monde, c'est ce que R.Lafont appelle la réalité linguistique la seule qui est donné à l'homme  de percevoir .Plutôt que "vision du monde", nous préférerions personnellement "regard sur le monde" pour évacuer l'aspect irréel et presque surréaliste que peut prendre la vision.
- le para-référé (PaRé) est la partie de la réalité extralinguistique située dans l'environnement du Ré ou dans le Ré lui-même, mais qui n'est pas considérée comme suffisamment pertiente par les lexicographes pour être prise en compte dans la définition du signe.
- le locuteur collectif est une fiction représentant l'identité collective précédemment définie par opposition à l'identité culturelle.
- la réalité extra-linguistique  est le monde extérieur à l'homme + l'homme et son monde intérieur, c'est à dire les rés de tous les signes à l'exclusion des signes eux mêmes. Ce n'est pas la réalité brute, c'est la réalité reconstruite à partir du découpage que les signes opèrent dans la réalité brute. En effet, les Rés ne préexistent pas aux signes, ils résultent d'une sorte de compromis entre la réalité brute et la langue qui interprète cette réalité, donc entre la réalité brute et les individus qui la vivent à travers la langue. Vécue par l'expérience collective d'un groupe social, la réalité extralinguistique est, en définitive, le produit d'une vision du monde particulière à ce groupe.
Quelle différence peut-on faire entre le Sé(signifié) et la CCP(charge culturelle partagée)  ?
Le Sé est un compromis entre la réalité brute et le signe. C'est le produit de la relation de conceptualisation qu'entretient le signe avec le Ré dont il est chargé de rendre compte.
La CCP est déjà une mise en oeuvre sociale de ce Sé. C'est le produit de la relation qu'entretient le signe avec ses utilisateurs.
Sur l'échelle du temps, le Sé se situe dans l'antériorité (contenu premier) et la CCP dans la postériorité (contenu second) parce que la CCP a besoin d'un signe déjà constitué pour s'y déposer et s'adjoindre au Sé.
Le Sé relève de la sémantique mais suppose  un effacement du sujet et fait l'objet d'une description objective tandis que la CCP relève de la pragmatique, suppose un engagement du sujet et une interprétation subjective du Pa Ré et du Ré.
Conclusion de R.Galisson : Quel est le problème en didactique ?
C'est que le Sé passe convenablement les frontières linguistiques (il se conserve assez bien de langue à langue par le biais de la traduction) tandis que la CCP en tant que sécrétion particulière à chaque groupe social supporte mal le passage d'une langue à l'autre.
Le dictionnaire des mots à CCP constituera la première tentative systématique d'initiation à un type de culture très propice à l'échange égalitaire et convivial, mais difficilement accessible aux étrangers, parce que non décrit et par conséquent non enseigné jusqu'alors.
GALISSON (Robert), 1997 : " Une dictionnairique à géométrie variable au service de la lexiculture ",
Cahiers de lexicologie, 70/1, p. 57-77
Il s'agit dans cet article de néologie dans la mesure où il est question d'un dictionnaire que l'auteur prépare avec J.-C. André sur
les noms de marques courants, c'est-à-dire d'une classe de mot généralement ignorée par les lexicographes combien même ces
mots fassent partie du stock lexical des francophones (surtout européens). Il examine en particulier l'usage pédagogique escompté  dans le cadre de l'enseignement du français langue étrangère.



 
BIBLIOGRAPHIE :
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Pierre DUMONT - Université Paul Valéry - Montpellier III
Centre de Formation Pédagogique pour l'enseignement du français langue étrangère
Série:  Travaux de Didactique du français langue étrangère .1995
Henri HOLEC  "l'acquisition de compétence culturelle". Quoi ? Pourquoi ? Comment ? " Publié dans le numéro 69 des Etudes de Linguistique appliquée coordonnée par Geneviève Zarate (Janvier - mars 1988).
Lire la Fiche pédagogique 6 " les faux pas " dans Diagonale n°41


Jean Mouchon : "le langage corporel dans la communication" in "d'autres voies pour la didactique des langues.R.Galisson dir.
Jean Mouchon "Joindre le geste à la parole" Extraits d'émissions de télévision de  FDM 186 p.86)
Desmond Morris La clé des gestes de (Ed. Grasset)
H.Stephan Le corps das l'approche communicative  (Revue de Pédagogie Appliquée 1982)
Edward T.Hall Le langage silencieux et la dimension cachée -Points Seuil n°160 -  1984
Estela Klett Petit dictionnaire des gestes et des mimiques que font les Français quand ils parlent  (in Revue Reflet n°2à 8 )
José Pavis Exploitation d'éléments visuels: gestes et mimiques dans un cours de langue  (Revue Reflet n°21 p.32)
Cl.Pujade Renaud Expression corporelle, langage du silence"   Ed.Soc.Fr.  Coll.Sciences de l'éducation Paris 1974
J.Montredon Des gestes et des mots pour le dire de   (Cle)
Geneviève Calbris et Jacques Montredon Oh là là ! Méthode d'expression intonative et mimique (Clé International -1981)


Robert Galisson, 1997 : " Une dictionnairique à géométrie variable au service de la lexiculture ",Cahiers de lexicologie, 70/1, p. 57-77
Robert Galisson et L.Porcher Le distractionnaire  (Clé -1986)
Robert Galisson Dictionnaire des expressions imagées (compréhension et production) par  (Clé 1984)
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Alain LeSaux Ma maîtresse a dit qu'il fallait bien posséder la langue française par (Ed. Rivages 1985 )