TEMOIGNAGES  D'ETUDIANTS  EN  STAGE  LONG A  L'ETRANGER

|Jordanie | Tunisie | Pologne | Syrie | Laos | Inde |

Expérience 1
"Obtenir un DESS "FLE et Opérations Interculturelles", c'est bien. Obtenir ensuite un emploi, c'est mieux. Le parcours de recherche d'emploi est difficile et un diplôme de 3e cycle n'est pas une garantie, surtout dans un contexte où l'on se retrouve souvent vacataire, comme c'est très souvent le cas à l'étranger, dans les Instituts Français ou ailleurs.
Cependant, le DESS peut être une aide à la réalisation d'un projet professionnel bien défini. Il s'agit alors de mettre à profit les stages pour le concrétiser. Dans cette perspective, l'année de DESS m'a permis d'utiliser des compétences acquises au cours d'études antérieures et de les appliquer dans un projet didactique. Ayant en effet suivi des études en histoire de l'art et archéologie, j'avais participé à un chantier de fouilles en Palestine. Cette compétence m'a permis de participer, dans le cadre de mon DESS, à l'élaboration d'un cours de français de l'archéologie destiné aux étudiants d'une université jordanienne. Ce travail a d'ailleurs constitué le sujet d'un de mes mémoires de diplôme. J'ai ensuite assuré cet enseignement pendant un mois en Jordanie (janvier 1995). Le projet était financièrement pris en charge par l'ambassade de France d'Amman. L'expérience s'étant révélée convaincante, il s'agissait ensuite de la poursuivre, mais sous forme d'autoformation. J'ai donc reçu une rémunération pour poursuivre l'élaboration de quelques dossiers pédagogiques supplémentaires. Malheureusement, si cet enseignement du français de l'archéologie est appelé à se poursuivre sur place, prise en charge par des enseignants locaux, la tâche est pour moi terminée. Cette expérience, aussi passionnante qu'elle ait été, reste pour le moment limitée à une action ponctuelle et n'est pas synonyme d'emploi.
J'espère cependant pouvoir un jour valoriser et poursuivre en d'autres lieux le travail commencé, en espérant qu'il me servira de fil d'Ariane dans le labyrinthe de la recherche d'une activité professionnelle.."
Nathalie THIERS (Lyon)



Expérience 2

Une maîtrise FLE sans bagage supplémentaire, est une formation qui n'offre pas de perspectives réjouissantes à long terme. Mon expérience en Tunisie m'en a fait prendre conscience puisque, au terme d'un stage de quatre mois, aucune proposition sérieuse ne m'a été faite.
Dans le cadre de la maîtrise FLE, dont je suivais les enseignements en 1995, un stage à l'étranger était vivement conseillé aux étudiants. Inscrite à l'Université des Sciences Humaines de Strasbourg, j'ai pu profiter d'un allègement de calendrier, de février à mai, pour partir dispenser des cours de langue et de culture française. Amsterdam, Séville, Athènes ou Lisbonne étaient autant de propositions alléchantes, tant au niveau culturel que financier, puisque le programme ERASMUS prenait en charge une partie des frais, mais aucune ne correspondait à ma formation de départ pas plus qu'à mes projets professionnels. Titulaire d'une licence d'arabe littéraire et connaissant bien la Tunisie pour y avoir séjourné à plusieurs reprises, j'ai pensé qu'un stage à Tunis me serait plus profitable. La faculté de Strasbourg ne proposant pas de poste dans cette région, la recherche d'un lieu de stage m'incombait entièrement. Après de nombreux courriers à plusieurs organismes, la Mission Culturelle Française en Tunisie (MCFT), dépendant de l'Ambassade de France, m'a répondu favorablement et m'a accueillie du 6 février au 12 mai. Logée chez des amis tunisiens, j'ai pu profiter pleinement et dans de bonnes conditions de cette expérience, aucune rémunération ne m'ayant été accordée. Sur place, j'ai pu observer et participer à toutes les activités du Centre: cours de FLE pour adultes, adolescents et enfants de tous
niveaux et de toutes nationalités, ainsi que des cours en entreprise. Après 3 semaines 'observation, le directeur m'a proposé l'expérience de m'occuper d'un groupe d'adultes de niveau moyen, à raison de 4 heures par semaine.
M'étant aperçue, à force d'observation, que la prononciation des étudiants n'était que très rarement corrigée, j'ai soumis au directeur l'idée de mettre en place un cours de phonétique. Une semaine plus tard, je démarrais la première heure de phonétique avec 2 groupes de 30 étudiants de tous les niveaux et de toutes les nationalités. Il semblerait d'ailleurs qu'un cours de ce type ait été remis en place à la rentrée dernière; j'ose l'espérer du moins.
A la fin du stage, un poste d'enseignante m'a été offert pour la session d'été. Je l'ai bien sûr accepté mais en sachant malheureusement qu'il ne s'agissait pas là d'un contrat à long terme, aucune perspective de carrière n'étant possible pour l'instant au Centre. Je reste cependant persuadée que cette expérience me sera profitable pour l'avenir
Fabienne OHREL (Strasbourg)



Expérience 3
L'entrée en maîtrise FLE nécessitant d'avoir validé un certain nombre d'heures d'enseignement, j'ai profité d'une offre de l'université d'Angers pour devenir lectrice de français à l'étranger. Ma connaissance de la langue russe et mon intérêt pour la culture slave me poussaient à partir à l'est. La Pologne n'intéressant pas mes camarades d'études (licence d'anglais mention FLE), je me suis retrouvée à la rentrée 91 en poste à Torun,à mi-chemin entre Varsovie et Gdansk. Je dispensais des cours pour débutants et grands débutants aux chaires de Philologie Classique et Slave
à l'université Nicolas Copernic.
Un salaire mensuel moyen en slotys d'environ 1000 francs m'était versé pour 12 heures de cours par semaine et j'étais logée à la cité universitaire. Le matériel pédagogique étant inexistant, j'utilisais mon magnétophone et mes propres livres, apportés dans mes bagages. Les étudiants n'ayant aucun manuel, je devais copier au tableau la leçon ou bien "commander" des photocopies à l'avance, en nombre limité. J'avais une totale liberté dans l'organisation et le contenu de mes cours, sans contrôle mais sans aide extérieure non plus.....
Cette expérience fut, malgré ces quelques désagréments, intéressante et riche en contacts avec les Polonais, étudiants, collègues ou amis. L'hospitalité polonaise n'est pas un vain mot.
En outre, ces neuf mois m'ont permis de me mettre à l'étude de la langue polonaise, indispensable à la communication. En juin, je quittais laPologne pour m'inscrire en maîtrise FLE à Tours. En octobre 93, j'étais de retour à Torun pour travailler, toujours à l'université, mais à la chaire de Philologie Romane qui s'était montée entre temps.
C'est donc ma quatrième année consécutive au même poste, à donner des cours de civilisation, d'expression écrite, de compréhension orale et de conversation en première, deuxième et troisième années.
Le recrutement local signifiant un salaire peu élevé en slotys, et excluant les vacances de la rémunération, j'ai décidé, forte de mon expérience polonaise, d'aller tenter ma chance ailleurs. Je cherche pour la rentrée 97 un poste de lectrice à l'étranger. Après ces années de neige et de froid (-18 ce mois-ci!), un pays ensoleillé serait le bienvenu.......
Karine Alquier (Angers)


Expérience 4

- Alors, tu t’en vas? - Et pour quoi faire...
Ma maîtrise de F.L.E. a été précédée d’une licence d’Ethnologie, mention F.L.E.. J’avoue que mon intérêt premier était plus porté vers l’ethnologie que vers l’enseignement du français. Cependant, ces deux enseignements universitaires ont un point commun: tous les deux sont tournés - au moins dans l’absolu - vers l’Autre, l’étranger.
En Français Langue Etrangère, l’Autre est déjà présent dans la dénomination même du diplôme, présence qui avertit que le départ n’est pas loin, que la rupture avec un certain conformisme est à l’ordre du jour, que la rencontre avec l’Autre et son environnement est l’aboutissement du F.L.E. Avertissement qui n’est hélas pas encodé d’une façon suffisante par nos enseignants, et qui est encore moins bien décodé par les étudiants. A la fin de ma maîtrise, passée à Lyon, la section de F.L.E. proposait plusieurs stages à l’étranger. Ces stages, souvent résultat d’accords interuniversitaires, permettent, pour des périodes variables allant de quelques mois à un an renouvelable, d’acquérir une expérience d’enseignant de français à l’étranger.
Parmi les propositions figuraient deux postes en Syrie. Je pensais naïvement que tout le monde allait se précipiter sur ces offres qui nous donnaient la possibilité de quitter l’ambiance un peu morose et déprimante d’un quotidien à la recherche d’un travail, pour aller prendre des forces et de l’assurance à l’étranger. Pas du tout! Les places retèrent vides longtemps. Je demandais autour de moi pourquoi mes "camarades" ne couraient pas déposer leurs candidatures. La réponse fut toujours la même: ils couraient déjà après autre chose. L’un après ses parents, l’autre derrière sa voiture, un autre après son ami. Je me souviens d’une fille qui m’expliqua qu’elle avait un chat et que... C’est vrai, on avait tous un quotidien et le quitter n’était pas chose facile. Surtout pour un ailleurs que l’on ne connaissait pas!...
Mais si l’on est frileux face aux départs, aux rencontres, aux interrogations, aux dérangements, à l’adaptation de soi, pourquoi se destiner à être enseignant de F.L.E.?
Me voici maintenant en Syrie, au Centre de Français de l’Université d’Alep, parmi une équipe constituée de cinq enseignants syriens et d’un directeur pédagogique français. Nous assurons des cours auprès d’un public volontaire, largement étudiant mais pas uniquement.
Sortir de l’université en tant qu’étudiant pour entrer dans une université en tant qu’enseignant n’est pas autre chose qu’un passage d’un état à un autre, entre un monde virtuel et un monde formel, entre un univers de réponses à des questions que l’on ne se pose pas, à un univers de questions sans réponses. Passage qui s’apparente quelquefois à "un rite de passage" où l’inconnu, l’angoisse, l’introspection et la douleur sont la clé d’une métamorphose réussie.
Quand on arrive dans un pays arabe sans en connaître la langue, on se retrouve dans une situation très perturbante, que vivent nos étudiants de F.L.E. débutants. Grâce à ce nouvel état, nous pouvons ressentir ce qu’est vraiment l’apprentissage d’une langue et de sa culture. Aucune autre situation ne peut simuler cette dure vérité que nous offre la relation à l’Autre, la brutalité de l’altérité. Pourtant, rien de tout cela n’est possible s’il n’y a pas de "conscience de soi", de travail introspectif qui seul peut permettre, si ce n’est une intercompréhension, au moins une découverte de soi par rapport à l’Autre et par là une rencontre avec l’Autre. Il faut être "à l’écoute de" pour ne pas passer "à côté de". Je me souviens de la première situation de friction interculturelle vécue en classe. Le groupe était un peu bruyant. Je demandai donc le silence comme tout bon Français en faisant un "chut" fort et chuintant. Le résultat fut immédiat: un silence de mort quasi instantané! Et pour cause! En Syrie, ce son chuintant n’est utilisé que pour faire fuir les animaux ou bien pour les guider. Il est employé principalement par les muletiers encore très nombreux dans ce pays...
Ce qui me semble important dans tout cela, ce n’est pas seulement le fait de prendre conscience de la valeur interprétative d’un monde culturel qui n’est pas le nôtre, mais plutôt la mise en place commune, entre enseignant et apprenant, d’une attitude introspective qui conduit à une inter-vigilance des acteurs en présence. Ces attitudes, qui deviennent rapidement des habitudes communicatives, permettent de diminuer fortement l’angoisse due aux contacts interculturels qui, par définition, sont inévitables et bruyants ("bruit" au sens de Jacobson).
Aujourd’hui j’ai quitté, au bout de deux ans, les "bruits" syriens. Grâce à eux, grâce aux personnes que j’ai rencontrées, je suis plus à même d’entendre, et surtout d’écouter mes propres bruits et peut-être aussi ceux de l’Autre. Cet Autre sera mexicaindans quelques temps car je pars pour le Mexique où un poste d’enseignant à l’Alliance Française de Monterrey me promet d’autres bruitages...
Jean-Christophe Blumet



Expérience 5

Partir, ce n’est pas seulement " aller à l’étranger " ou " s’enrichir à l’étranger " ! Mais c’est aussi le
plaisir d’aller à la découverte d’autres peuples (c’est bien différent d’aller enseigner dans une école
française, à des enfants français en grande majorité ! où les parents sont " gestionnaires " de l’école et
que les enseignants " oublient " de défendre leurs droits sous peine de se voir " éjecter " !) et de partager
des expériences avec la population locale. Et il faut pour cela être très disponible, ouvert (apprendre une
nouvelle langue, par exemple) et croire en une cause (foi " laïque " et énergie!). J’ai vécu pendant 8 ans
dans des conditions décentes de recrutée locale (avec, c’est vrai, la facilité d’être fonctionnaire et d’avoir
bénéficié d’un détachement administratif pendant 8 ans), travaillant tour à tour pour des réfugiés laotiens
(en langue anglaise), pour des étudiants (thaïs et khmers) en langue française, pour des minorités
montagnardes isolées du Laos en langue lao. Bien sûr, je n’ai pas mangé de camembert, ni dormi avec la
climatisation tous les jours. Certes, je n’avais pas d’enfants à charge; mes besoins et envies étaient
moindres. Cela a donc été possible sans la moindre frustration et pour mon plus grand bonheur ! Pas
toujours facile cependant ! Isolée parfois !...

On parle aussi beaucoup de la préparation au départ, mais il faut également bien préparer son retour !
Après avoir été " quelqu’un " (poste à responsabilités à l’étranger) notre expérience à l’étranger n’est
pas validée ni reconnue et il faut savoir être modeste ! N’en a-t-on pas bien profité ??
Patricia



Expérience 6
Certains s’étonnent qu’ayant vécu en un pays d’Europe plus de trente ans, il ne me soit jamais arrivé d’en parler. J’arrive aux Indes, j’ouvre les yeux et j’écris un livre.
Ceux qui s’étonnent m’étonnent.
Comment n’écrirait-on pas sur un pays qui s’est présenté à vous avec l’abondance des choses nouvelles et dans la joie de revivre ?
Et comment écrirait-on sur un pays où l’on a vécu trente ans, liés à l’ennui, à la contradiction, aux soucis étroits, aux défaites, au train-train quotidien, et sur lequel on ne sait plus rien.
Mais ai-je été exact dans mes descriptions ?
Je répondrai par une comparaison.
Quand le cheval, pour la première fois, voit le singe, il l’observe. Il voit que le singe arrache les fleurs des arbustes, les arrache méchamment (non pas brusquement), il le voit. Il voit aussi qu’il montre souvent les dents à ses compagnons, qu’il leur arrache les bananes qu’ils tiennent, alors que lui-même en possède d’aussi bonnes qu’il laisse tomber, et il voit que le singe mord les faibles. Il le voit gambader, jouer. Alors le cheval se fait une idée du singe. Il s’en fait une idée circonstanciée et il voit que lui, cheval, est un
tout autre être.
Le singe, encore plus vite, remarque toutes les caractéristiques du cheval qui le rendent non seulement incapable de se suspendre aux branches des arbres, de tenir une banane dans ses pattes, mais en général de faire aucune de ces actions attrayantes, que les singes savent faire.
Tel est le premier stade de la connaissance.
Mais dans la suite, ils se rencontrent avec un certain plaisir.
Aux Indes, dans les écuries, il y a presque toujours un singe. Il ne rend aucun service apparent au cheval ni le cheval au singe.
Cependant les chevaux qui ont un tel compagnon travaillent mieux, sont plus dispos que les autres. On suppose que par ses grimaces, ses gambades, son rythme différent, le singe délasse le cheval. Quant au singe, il aurait du plaisir à passer tranquillement la nuit. (Un singe qui dort, parmi les siens, est toujours sur le qui-vive.)
Un cheval donc peut se sentir vivre beaucoup plus avec un singe qu’avec une dizaine de chevaux.
Si l’on pouvait savoir ce que le cheval pense du singe, à présent, il est assez probable qu’il répondrait :" Oh !… ma foi, je ne sais plus. "
La connaissance ne progresse pas avec le temps. On passe sur les différences. On s’en arrange. On s’entend. Mais on ne se situe plus. Cette loi fatale fait que les vieux résidents en Asie et les personnes les plus mêlées aux Asiatiques, ne sont pas les plus à même d’en garder une vision centrée et qu’un passant aux yeux naïfs peut parfois mettre le doigt sur le centre.

                                                                   Henri Michaux, Un barbare en Inde,
                                                                    in Un barbare en Asie, Paris, Gallimard, 1967