CAHIER Christelle                                                                                               Mr Chevrel

                 Maîtrise de FLE

 

 

 

 

 

                               

UE IVa - Préjugés, stéréotypes et représentations interculturels

                                                       dans la gestion des apprentissages des langues vivantes.

 

 

 

 

                                                                                                -DOSSIER-

 

 

 

 

                                                L’image des étrangers dans les albums d’Astérix

               

 

                Plus de la moitié des albums d’Astérix sont construits à partir du contact entre les deux héros et d’autres peuples. Peuples voisins, également ennemis des Romains, presque des cousins: les Goths, les Belges, les Bretons, les Helvètes, les Ibères, les Corses, parfois des peuples plus lointains, les Grecs, les Égyptiens. Ces rencontres servent de prétexte à jouer avec la vision stéréotypée que les Français ont des autres cultures, notamment européennes. Quelques traits de caractère supposés, quelques habitudes culturelles suffisent à construire une caricature de ceux qui, n’étant pas Français, ont de bien curieuses manières d’être.

                D’une manière générale, les albums d’Astérix jouent donc fortement sur les stéréotypes. Quand nos héros gaulois rencontrent des étrangers leur représentation correspond toujours à un modèle plein et fixe immobilisé par une culture.

                Ce constat établi, nous allons voir de quelle manière les stéréotypes sont traités dans les albums d’Astérix. Notre fil directeur sera de montrer que ces stéréotypes sont avant tout au service de l’humour, qu’ils participent fortement aux ressorts comiques de la bande dessinée. Ainsi, les stéréotypes sont dans Astérix, fondamentalement d’ordre ludique, ils deviennent les éléments indispensables d’un jeu que le grand public connaît et reconnaît.

                Afin de mettre en évidence cette fonction du stéréotype dans les albums d’Astérix, nous aborderons tout d’abord une partie théorique pour montrer de quelle manière le stéréotype s’inscrit dans le genre de la bande dessinée. A l’intérieur de ce point nous proposerons une approche théorique du genre puis nous parlerons du statut des personnages et enfin de la participation ludique du lecteur grâce à un certain nombre de “marques” qui fonctionnent comme des stéréotypes.

                Dans une deuxième partie nous appliquerons la théorie aux albums d’Astérix à partir de l’étude des différents types de stéréotypes que l’on rencontre dans ces albums (stéréotypes visuels, langagiers, ethniques...).

                Puis nous montrerons comment l’hétérostéréotype bascule vers l’autostéréotype avant de proposer une application pédagogique du thème en classe de langue.

 

 

               

               

 

               

                ~~ La bande dessinée est un genre fortement codé qui s’organise autour d’unités toutes faites qui cimentent l’intrigue et le système des personnages. Les caractères des héros sont en général très appuyés et les textes sont réduits à l’essentiel. C’est pourquoi, la bande dessinée exige des plans courts et dynamiques qui doivent être immédiatement compréhensibles.

                 Ces différentes exigences font du genre un terrain particulièrement propice aux stéréotypes. En effet, ceux-ci parce qu’ils sont connus et assimilés par les lecteurs, permettent une compréhension immédiate. La nécessité d’un récit bref, tout en événements et éliminant toute longueur induit la présence d’un schéma déjà familier au lecteur. Ainsi, la bande dessinée (tout comme beaucoup d’autres productions culturelles) se nourrit des images qui circulent dans notre société, elle s’en inspire incessamment et assure par là même la bonne lisibilité de l’histoire. En effet, les lecteurs, pourvus de représentations collectives à travers lesquelles ils appréhendent le monde, peuvent alors décrypter sans problème chaque composante de l’histoire. Et, c’est notamment le cas pour les personnages qui prennent eux-même une valeur de message.

 

                 

                  Parmi les composantes importantes du genre de la bande dessinée le personnage reste un élément essentiel puisqu’il est présent à la fois dans le discours et l’image. Il “agit” comme un signe et véhicule des notions qui construisent l’intrigue. Il sert donc de support à un certain nombre de stéréotypes qui le conditionnent et le rende conforme à un certain modèle. Ainsi, le personnage de bande dessinée, et cela est très net dans Astérix, agit selon son statut de façon conventionnelle, en accord avec les représentations qu’ils véhiculent. Les stéréotypes permettent donc la désignation automatique et sans équivoque des personnages qui deviennent alors des “types” et participent à la bonne lisibilité de l’histoire. Leurs comportements, leurs caractères ou leurs discours répondent à des schémas fixes que les lecteurs peuvent reconnaître et interpréter instantanément. Par exemple, quand les Anglais, dans Astérix chez les Bretons, stoppent toute action à cinq heures pour boire de “l’eau chaude”, les lecteurs savent immédiatement à quoi cela correspond et rattachent tout de suite ce fait à une coutume locale. Toute ambiguïté est donc écartée, aucune explication n’est nécessaire ce qui est un élément très important pour le genre de la bande dessinée qui fait le plus souvent l’économie de tout commentaire.

                Le personnage fonctionne comme un code connu à la fois de l’émetteur et du récepteur qui restreint et prédétermine l’attente de ce dernier. Le lecteur s’adapte au genre et sait donc à quoi s’attendre, d’une certaine manière il construit lui aussi l’histoire puisqu’il est déjà déterminé.

               

 

                Cette réflexion nous amène maintenant à parler du rôle du récepteur de l’histoire. Car le stéréotype n’existe pas en soi, il émerge lorsque, sélectionnant les attributs dits caractéristiques d’un groupe ou d’une situation, nous reconnaissons un schéma familier. Le stéréotype est donc une construction de lecture, il implique un rôle de la part du récepteur qui doit reconnaître les images diffusées. Cela suppose une participation ludique de la part du lecteur, de ces signes partout présents dans l’histoire et “acceptés” par le lecteur dépend une bonne compréhension de l’œuvre, ils doivent être  appris et reconnus.

                Dans les albums d’Astérix, les stéréotypes participent fortement à l’effet comique comme nous le verrons plus en détails par la suite. Et c’est donc aussi pour cela, pour assurer cet effet, qu’ils doivent être totalement compris et reconnus par les lecteurs. Outre leur fonction qui permet une compréhension immédiate de l’histoire, ils sont avant tout présents dans Astérix pour faire rire car ils sont proposés sur un mode burlesque.

 

 

                Mais cette compréhension, passe par la diffusion de “marques” propre au type de personnages mis en scène comme l’emploi d’un type de discours, de modalités d’entrée en scène, de costumes, ect... Ce sont ces “marques” qui accentuent la détermination des personnages et assurent leur cohérence. Elles constituent autant d’indices pour le lecteur qui peut ainsi facilement reconnaître une représentation. Ces “marques”  de part leur caractère redondant fonctionnent comme des stéréotypes et se retrouvent classées dans les rubriques les plus diverses: image, texte, attitude, idée, croyance... Ces “marques” fortement accentuées sont donc les premiers indices des stéréotypes que nous allons étudier maintenant concrètement à travers les albums d’Astérix.

 

 

 

 

                                               

                ~~ Afin d’étudier les différents types de stéréotypes présents dans la bande dessinée, nous utiliserons les cinq albums suivants:

                                                                -Astérix chez les Bretons

                                                                -Astérix chez les Belges

                                                                -Astérix chez les Helvètes

                                                                -Astérix en Hispanie

                                                         -Astérix et les Goths

                               

                En premier lieu,une étude iconographique s’impose puisque la bande dessinée est un genre qui s’appuie fortement sur le visuel. On trouve donc dans Astérix, de nombreux codes visuels, qui permettent de repérer clairement les différentes nationalités. Tout se joue à travers l’apparence  physique et notamment les vêtements, ainsi chaque peuple représenté a une panoplie bien à lui, un costume permettant de savoir immédiatement à quelle nationalité nous avons à faire. Les Espagnols tout d’abord sont habillés avec les trois couleurs typiques de leur pays: le noir, le rouge et l’or. On les voit toujours vêtus de la même manière avec un pantalon serré noir et une tunique rouge surmontée d’un petit gilet de couleur or. Quant aux femmes, elles apparaissent pendant la danse du flamenco et sont alors vêtues de longues robes à volants de couleurs vives. On voit donc bien ici de quelle manière les auteurs font figurés leurs personnages, ils en font des personnages qui semblent tout droit sortis d’un folklore typique de leur pays. Mais cela ne concerne pas que les Espagnols, les auteurs font de même avec toutes les autres nationalités qu’ils représentent. Ainsi, les Suisses portent eux aussi le costume local: une culotte courte soutenue par des bretelles et sont coiffés d’un petit chapeau surmonté d’une plume. Les Allemands barbares dans l’âme et dans la tenue, portent comme unique vêtement un pagne en peaux de bête, de plus ils sont dessinés le crane rasé. Cette représentation des Allemands les assimilent avant tout à des guerriers ne reculant devant rien, d’ailleurs Uderzo s’exprime lui-même au sujet de cette image donnée du peuple allemand: “La caricature des Goths, donc des Allemands est finalement assez sympa, par rapport à celles dont on avait l’habitude à cette époque, la seconde guerre mondiale n’étant pas si éloignée que ça à la sortie de cet album.” On voit donc ici que les événements historiques agissent sur l’imagerie collectif et sont par conséquent à l’origine de stéréotypes.

                Ils nous reste enfin à parler des Anglais, la tenue des Belges ne contenant aucun élément particulièrement significatif. Pour les Anglais, donc, on peut noter dans leur tenue une certaine élégance, un petit quelque chose de “so british” qui les distinguent. Ils portent même des pantalons en tweed comme le fait remarquer Jolitorax le héros anglais présent dans l’album Astérix chez les Bretons.

                A travers les vêtements des différents personnages étrangers, il est donc aisé pour les lecteurs de repérer immédiatement une nationalité car la façon dont les peuples sont représentées correspond à l’image que tout le monde se fait de tel au tel pays.

 

 

                Outre la tenue nous pouvons aussi mentionner les armes qui participent également à la caractérisation des personnages. Par exemple, les Espagnols sont représentés avec de grands sabres qui semblent finement travaillés et leur casque est orné de longues cornes de taureau, l’animal emblématique du pays. Autre arme significative, l’arc et les flèches chez les Suisses qui excellent dans cette discipline, d’ailleurs cette arme fera office de déguisements pour Astérix et Obélix qui veulent passer inaperçus à Genève (p.33). Enfin, il faut citer l’arme des Allemands certes rudimentaire mais efficace et qui semble correspondre tout à fait à leur tempérament. En effet,le chef porte une hache enfilée dans une chaîne passée autour de la taille. Leur casque également est significatif car il mélange l’ancien et le moderne. Ainsi, le traditionnel casque à cornes est aussi armé d’une pointe qui rappelle les couvre-chefs militaires allemands.

                Donc les armes, tout comme les vêtements, font fonction de code visuel tout de suite identifiable par le lecteur, la panoplie qu’Uderzo choisit pour ses personnages correspond toujours à un modèle arrêté et univoque elle est donc stéréotypée.

 

               

                Mais outre les différentes représentations des étrangers dans Astérix, on trouve également dans les albums des éléments utilisés pour caractériser le pays en lui-même. Ce sont toujours des “morceaux choisis”, des composantes essentielles d’un pays qui correspondent également à des visions stéréotypées. Ces éléments constituent autant de marques supplémentaires qui assurent une parfaite lisibilité de l’oeuvre et ne permettent aucune ambiguïté possible. Ils peuvent consister en un certain type de paysage représentatif  d’une région comme c’est le cas par exemple dans Astérix chez les Helvètes où la Suisse est sans cesse associée aux montagnes, à la neige et aux chalets. De même chez les Belges qui vivent dans un environnement on ne peut plus plat comme le fait remarquer Abararacourcix à la page 20 de l’album: “Ce n’est pas très accidenté chez vous!”.

                Le climat est également souvent évoqué quand il s’agit de représenter un pays. pour l’Angleterre, on le devine aisément; c’est la pluie et le brouillard qui dominent: quand il n’y a pas de brouillard il pleut et vice versa. D’ailleurs les auteurs ne se privent pas de ce cliché puisqu’on le retrouve dans de nombreuses pages d’Astérix chez les Bretons, le phénomène de répétition est donc là également pour accentuer le stéréotype. Au contraire dans l’album Astérix en Hispanie c’est la chaleur qui domine dans ce pays de tradition touristique (p.32).

                Voilà donc quelques éléments souvent réducteurs mais qui ont le mérite de correspondre à la carte postale type d’un pays. Nous aurions pu en citer d’autres car ceux-ci sont très nombreux au fil des différents albums, néanmoins ces exemples montrent bien quels procédés emploient les auteurs.

                 

                  

 

 

                A ces stéréotypes d’ordre visuel s’ajoute des stéréotypes textuels qui fonctionnent également comme des codes permettant de repérer clairement les nationalités.

                C’est le cas tout d’abord de certains noms attribués aux personnages. Alors qu’en temps normal un nom se définit par son côté arbitraire, les auteurs ont ici cherché à établir une relation entre le nom du personnage et le personnage lui-même. Le personnage porte alors un nom particulièrement révélateur qui renvoie à un certain type d’information concernant directement son pays d’origine. Par exemple dans l’album Astérix chez les Belges Goscinny a choisi d’attribuer à un petit garçon belge le prénom de Manneken. Celui-ci, que l’on voit sortir en courant de sa hutte à la page 34 pour aller faire pipi, est en fait une allusion à la célèbre statue du mannekenpis. Autre prénom, autre signification celui d’un druide belge présent dans l’album Astérix et les Goths à la page 7, celui-ci se nomme Septantesix (76) ce qui fait donc référence à la manière de compter des Belges. Pour terminer, nous pouvons citer deux prénoms attribués à des Suisses et qui sont particulièrement significatifs. C’est le cas du prénom d’un aubergiste helvète: Petisuix, qui fait naturellement référence au célèbre fromage blanc en petit pot. Mais c’est le cas également du banquier Zurix qui porte bien son nom puisque celui-ci renvoie à une certaine ville de Suisse, grand centre financier.

                On voit donc qu’à partir d’un simple prénom on peut faire passer beaucoup de choses, celui-ci fonctionne alors comme une marque encore ajoutée à un personnage déjà bien “chargé”.

 

 

                Mais interviennent véritablement des stéréotypes langagiers lorsque les auteurs font parler leurs personnages étrangers. Ils traduisent alors leurs expressions ou leur accent ce qui leur donne un côté “authentique” et représente également une source de comique.

                 Par exemple dans l’album Astérix chez les Belges, une bonne partie de l’humour est basée sur la façon de parler de ces derniers. Voici un relevé non exhaustif qui montre que les auteurs ne se privent pas de transmettre aux lecteurs ces tournures de langue différentes:

                                                “Si on vous dérange, ça te faut nous dire hein?” (p.13);              

                                                “Dites voir une fois...” (p.14);

                                                “Alors vous venez avec?” (p.20);

                                                “Allez Nicotineke, donne une baise...” (p.21);

                                                “Ca te faut pas faire le fou avec moi, hein?!”...

                A partir de ce corpus nous voyons clairement que les expressions spécifiques belges comme “une fois” ou “ça est” ainsi que le mélange du vouvoiement et du tutoiement sont largement employés par les auteurs. Elles deviennent prévisibles à chaque fois que les Belges prennent la parole, les lecteurs s’attendent donc à voir se reproduire cette pratique langagière certes stéréotypée mais qui a le mérite de les faire rire.

                Autre exemple, cette fois pris dans l’album Astérix en Hispanie, l’exclamation typiquement espagnole: “Olé!” qui ponctue de nombreuses phrases des personnages. on trouve aussi à plusieurs reprises l’interjection “Homme” (“Oui, homme.”), autre expression caractéristique des Espagnols.

                Mais c’est sûrement dans l’album Astérix chez les Bretons que les auteurs s’amusent le plus avec les pratiques langagières des étrangers. Dans cet album, Goscinny s’est amusé à traduire littéralement les tournures spécifiques de la langue anglaise. Le langage alambiqué et inversé des Anglais est donc adapté au français ce qui produit un résultat plutôt réjouissant. Les “Il n’est, n’est-il pas?” se succèdent ainsi que plusieurs expressions britanniques comme le fameux “shocking”, interjection très utilisée qui est traduit littéralement à la page 6 de l’album: “Aoh! Choquant.” Mais on trouve également des proverbes ou expressions typiquement françaises détournés et adaptés au langage des britanniques. C’est le cas à la page 21 où la célèbre excuse: “j’avais quelque chose en train de cuire sur le feu” est adaptée au cadre culinaire anglais, cuire se transforme alors en bouillir: “Excusez-moi, j’avais quelque chose en train de bouillir sur le feu.” De même à la page 29 le proverbe français: “chercher une aiguille dans une botte de foin”, s’inverse pour ainsi correspondre à la tournure de phrase des Anglais qui “parlent à l’envers”: “C’est comme chercher une aiguille dans du foin en botte!”

                Tout comme l’image, le texte véhicule lui aussi des stéréotypes. Les étrangers se retrouvent affublés d’un prénom ou d’un langage restrictif et simplifié qui a pour première conséquence de faire rire le lecteur.

 

 

 

 

                On trouve aussi dans les albums d’Astérix des stéréotypes d’ordre ethnique qui renvoient aux  “us et coutumes” de différents peuples. Cette fois il s’agit de représenter des rites, de mettre en scène des traditions culturelles qui font la différence d’un pays et qui constituent en dehors de ses frontières une image représentative. Ici encore les coutumes décrites sont sélectionnées  par les auteurs et cadrent bien avec l’imaginaire collectif.

                Premièrement, dans l’album Astérix en Hispanie, l’Espagne est réduite à un pays de tradition touristique d’où toutes les remarques qui y sont liées. Par exemple à la page 27 on nous montre un bouchon de ce qui préfigure des caravanes et les phrases qui suivent expliquent l’engouement qu’ont les vacanciers pour ce pays:

                                                -”Que faites-vous ici ?

                                                -Mais vous débarquez, mon vieux, par Toutatis!

                                                  Nous allons en Hispanie!

                                                -Pourquoi faire ?

                                                -Pour y passer les vacances, tiens! Le cours du

                                                  sesterce est avantageux et on est sûr de trouver du soleil...”

                Autre tradition espagnole qui se devait d’apparaître dans l’album: la corrida. Le taureau remplace alors le traditionnel fauve des jeux du cirque et à la page 46 on voit même Astérix en train d’inventer la tauromachie.

                 Le soleil, les vacances, la corrida... autant de mots emblématiques qui rappellent tout de suite l’Espagne et qui sont utilisés par les auteurs qui font également allusion aux processions présentes dans les fêtes espagnols ou encore à la cuisine à l’huile et au flamenco. Ils puisent donc dans un stock préexistant de représentations collectives qu’ils reprennent à leur compte.

 

                 Les Suisses à leur tour ne sont pas épargnés par la représentation que les auteurs font de leur pays, qui se résume d’une manière générale à celui de la propreté, des banques, des montres, des coucous et de la fondue. D’ailleurs, cette remarque d’Uderzo démontre que les auteurs ne se sont pas privés d’utiliser à plusieurs reprises ce cliché qui fait de la Suisse le pays des banques: “Certains Suisses nous ont amicalement signalé qu’il n’y avaient pas que des coffres-forts en Helvétie actuelle. “Il y a aussi le chocolat” nous ont-ils rétorqué. Certes, certes, mais nous n’avons pas trouvé d’idée marrante sur le chocolat. Alors...”. Les stéréotypes sont donc bien le prétexte à “l’idée marrante” et c’est dans ce sens qu’ils sont utilisés par les auteurs. Un exemple de stéréotype destiné à faire rire les lecteurs, celui de la précision horaire qui nous montre Petisuix, l’aubergiste Helvète, crier “Coucou!” (p.28) à ses clients à chaque fois qu’il est nécessaire de retourner la clepsydre.       

               

                Enfin, nous citerons l’exemple des Anglais dont les usages sont également repris et exploités. Outre le gazon et le “home sweet home” des britanniques c’est leur tradition culinaire qui est le plus mis en avant et tourné en dérision. Ainsi, nous voyons souvent nos deux héros Gaulois faire la grimace devant les plats qu’on leur propose et Goscinny en rajoute quand il fait dire au héros anglais  Jolitorax: “ En Bretagne, la nourriture est délicieuse; Elle vous plaira j’en suis sur.”La viande bouillie et la sauce à la menthe sont bien-sûr repris ainsi que la curieuse tradition qu’ont les anglais de boire tous les jours à cinq heures de “l’eau chaude”. Pour montrer à quel point les auteurs usent et abusent de ce stéréotype, nous avons relevé les numéros des pages qui font allusion à la gastronomie britannique, on nous parle donc cuisine aux pages 6, 9, 11, 15, 16, 20, 33, 47 et 48.

 

 

 

 

                Mais si l’apparence physique, le langage et les traditions des personnages étrangers les déterminent, ils sont aussi dotés d’un profil-type qui s’appuie sur la réputation qu’ils ont hors de leurs frontières. Nous touchons alors à des stéréotypes d’ordre psychologique qui attribuent aux personnages un certain type de caractère.

                   En ce qui concerne les Espagnols c’est leur fierté et leur orgueil qui sont le plus mis en avant, d’ailleurs Uderzo s’exprime à ce sujet: “Les Espagnols m’ont un peu reproché, avec raison, d’avoir représenté leur peuple sous la seule forme du guerrier basané, fier et brun, bref plutôt de type gitan, alors que ce pays est beaucoup plus riche en types de personnages [...] Mais je suis parti à fond sur ce cliché de l’Espagnol qui ne fiche pas grand-chose avec la femme derrière qui travaille aux champs.” Le mot est lâché, l’auteur emploie lui-même le terme de “cliché” ce qui bien-sûr se vérifie dans les autres albums. Ce qui est amusant, c’est de voir à la page 41 des Allemands reprendre eux-aussi ce profil espagnol: “C’est un peuple fier et orgueilleux! Susceptible!”

                   Pour les Helvètes c’est leur obsession de la propreté qui ressort ainsi  que leur côté consciencieux et leur légendaire lenteur. En ce qui concerne ce dernier point on peut se reporté à la page 40 de l’album: “Vous, les Gaulois, vous faites tout trop vite. Ca nous prend des heures pour faire ce que votre copain a fait en quelques secondes.”

                Enfin pour les Anglais il faut évidemment citer le fameux “flegme britannique” qui est souvent à l’oeuvre dans Astérix chez les Bretons. Évitant autant que possible toute effusion, ils donnent même des leçons de courage à Astérix: “Courage Astérix! Gardez votre lèvre supérieure rigide” (p.29).   

                Les traits de caractères sont donc soigneusement choisis par les auteurs, prétexte au rire ils correspondent également tout à fait aux images logées dans l’esprit de tout lecteur.

               

 

 

 

                 En dernier lieu de cette présentation des différents types de stéréotypes que l’on peut trouver dans les albums d’Astérix, il nous paraît intéressant d’évoquer le rôle de l’extra texte qui peut également renvoyer à des stéréotypes. En effet, celui-ci fait référence à des histoires connues appartenant à la culture de tel ou tel pays mais qui sont également célèbres hors de leurs frontières. Ces histoires sont souvent évoquées très rapidement dans les albums d’Astérix mais elles ne passent pas inaperçues pour qui connaît tant soit peu le pays en question.

                Par exemple, dans l’album Astérix chez les Bretons à la page 7, nous trouvons une allusion aux deux universités anglaises, Cambridge et Oxford, symboles de l’excellence universitaire qui s’affrontent chaque année lors d’une compétition d’aviron: “Jolitorax été élevé dans la tribu des Cambridges qui sont avant tout, d’excellents rameurs.” Autre allusion glissée dans l’album, celle faite à la méthode d’enseignement des langues Assimil, à travers la phrase de Jolitorax à la page 9: “Mon tailleur est riche”, phrase qui depuis est devenue mythique. Enfin, pour cet album, nous citerons un dernier exemple situé à la page 18 qui  évoque cette fois le soin tout particulier que les anglais paraît-il prennent pour leur pelouse: “Avec 2000 ans de soins, je pense que mon gazon sera fort acceptable.” Ici encore les auteurs en rajoutent, ils reprennent un stéréotype tout en l’exagérant (2000 ans) pour ainsi faire rire les lecteurs.

                Dans l’album Astérix chez les Belges on trouve également une allusion à une histoire bien connue, à savoir que les belges auraient inventé les frites: “Les pommes... les pommes...les pommes frites... Il faudra que j’en parle à Nicotineke.”

                En dernier lieu, nous prendrons un exemple tiré d’Astérix chez les Helvètes où il est question de la neutralité de ce pays. Certes il s’agit ici d’une allusion historique mais qui au fil du temps a dépassé le contexte politique pour s’inscrire parmi les représentations que l’on se fait de ce peuple. Nous trouvons donc cette allusion à la page 33 de l’album où le banquier Zurix mécontent de l’attitude des Gaulois rétorque: “Ce sont des choses comme ça qui vous poussent à la neutralité.”

                Ces différentes allusions à des histoires connues concernant tel ou tel pays, contribuent donc également à nous donner une certaine vision d’une nation et de ses habitants. Vision souvent réductrice dans la mesure où elle sélectionne certains faits qui lui paraissent caractéristiques pour les amplifier et les généraliser.

 

 

                A travers cette étude de l’image des étrangers dans les albums d’Astérix, on a donc vu comment ceux-ci étaient surchargés de signes qu’ils soient physiques, langagiers, psychologiques ou qui renvoient plus largement à la représentation de leur pays.

                Le lecteur se trouve par conséquent, en face de personnages-types, donc stéréotypés dans le sens où les auteurs les représentent en accord avec l’image simplifiée que l’imaginaire collectif se fait de tel ou tel pays et de ses habitants.

                Et même si les personnages conservent leur personnalité propre ils doivent néanmoins obéir à un certain modèle et n’avoir que très peu de particularités.

 

 

 

 

                               

                ~~Les auteurs d’Astérix utilisent donc largement les stéréotypes, ils en jouent et sans servent à des fins humoristiques. C’est pourquoi la caricature n’est jamais méchante ou raciste, Uderzo et Goscinny sont plutôt tendres avec leurs personnages étrangers d’autant plus que les Gaulois eux-même sont souvent épinglés.

                Ainsi, si l’on parcourt d’autres albums de la série, on constate que les peuples régionaux ne sont pas non plus épargnés comme par exemple les Corses ou les Auvergnats. Mais si on considère seulement les deux héros gaulois et leurs congénères, force est de constater qu’ils sont également souvent caricaturés. Dans La grande traversée on trouve même un portrait des Gaulois qui se présentent eux-même à des étrangers:      

                                                -”Nous aimons bien manger et bien boire...”

                                                -”Nous sommes râleurs...”

                                                -”Nous sommes indisciplinés et bagarreurs...”

                                                -”Mais nous aimons les copains!”

                                                -”Bref...Nous sommes des Gaulois!” (p.26)

 

            Le rôle est donc ici inversé, ce sont les Français qui se présentent à des étrangers. Cependant, les auteurs emploient le même procédé, ils utilisent également des clichés pour caractériser les Gaulois, tout comme ils l’avaient fait avec leurs personnages étrangers.

                Les Gaulois eux-même sont donc tournés en dérision, les auteurs ne leur réservent pas forcément le meilleur rôle. Ainsi nos deux héros reprennent souvent à leur compte les “mots” ou les attitudes des personnages qu’ils rencontrent lors de leurs voyages. De cette manière ils montrent qu’ils n’ont pas peur du ridicule. On trouve notamment cela dans l’album Astérix chez les Belges lorsque Astérix et Obélix parlent “à la manière” de ces étrangers:

                                                -”Bonne nuit Astérixeke!”

                                                -”Bonne nuit imbécileke!”

 

 

                L’hétérostéréotype bascule donc dans l’autostéréotype, Uderzo et Goscinny se caricaturent également eux-même. D’ailleurs cette réflexion de Giefem, dessinateur au journal L’Alsace, montre qu’Astérix et Obélix sont eux aussi des personnages types:

                                                “Si j’avais à choisir un bouquin pour monter qui est le

                                                  Français type, je prendrais un album d’Astérix. Son

                                                  grand copain Obélix représente la France profonde...”

 

                Mais surtout, on peut dire enfin qu’à travers cette façon de représenter d’autres cultures, Uderzo et Goscinny critique implicitement l’ethnocentrisme français. Derrière l’humour et la manière dont les stéréotypes sont utilisés par les auteurs, on peut peut-être voir une allusion à la façon dont les Français considèrent les autres peuples.                                        

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                ~~Application pédagogique: Exploitation du thème de l’image des étrangers dans les                                                                  albums d’Astérix.

 

 

                OBJECTIF: -Travailler sur les stéréotypes à propos des étrangers dans les albums

                                 d’Astérix et montrer qu’ils touchent à de nombreux domaines (physique,                    

                                          psychologique, langagier...).

 

                PUBLIC: -Adolescents d’un niveau intermédiaire qui connaissent les albums                                           d’Astérix notamment les cinq albums suivants: Astérix chez les                           

                                     Bretons; Astérix chez les Belges; Astérix chez les Helvètes;

                                      Astérix en Hispanie; Astérix et les Goths.

 

               

                DEROULEMENT DE LA TACHE:

                La séquence pourra se dérouler de la manière suivante:

                - Tout d’abord, on teste les connaissances des apprenants sur la série de façon ludique à travers les stéréotypes.

                               

                                Consigne: Redonnez à chaque nationalité ses caractéristiques en la reliant à la

                                                      bonne proposition.

 

                I. Caractéristiques psychologiques:

                1. Anglais                              a. fiers et susceptibles

                2. Belges                          b. barbares dans l’âme

                3. Suisses                         c. calmes et impassibles

                4. Allemands                   d. bons vivants

                5. Espagnols                    e. ponctuels et maniaques de la propreté

 

                II. Les expressions des étrangers:

                1. Espagnols                    a. -”Il n’est, n’est-il pas ?”

                2. Anglais                               b. -”Ca te faut pas faire le fou avec moi, hein ?!”

                3.Belges                           c. -parlent en “gothique”

                4.Suisses                          d. -”J’en ai ras la marmite à fondue des Gaulois!”

                5.Allemands                     e. -”Ay, homme!”

 

                III. Les coutumes des étrangers:

                1. Suisses                          a. Boire de “l’eau chaude” à cinq heures.

                2. Allemands                     b. Danser le flamenco.

                3. Belges                           c. Spécialistes en horlogerie.

                4. Anglais                          d. Inventeurs des pommes frites.

                5. Espagnols                      e. Spécialistes en défilé militaire.

 

               

                A partir de ce premier travail, et après sa correction en classe, il serait intéressant de demander aux apprenants d’effectuer une sorte de portrait d’un personnage étranger de leur choix, sous forme de fiche d’identité.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                Consigne: En vous aidant des tests précédents, faites une fiche d’identité sur                                                  un personnage étranger d’Astérix (Jolitorax, Petisuix...) qui

                                                      comportera les rubriques suivantes: -rôle du personnage

                                                                                                                                -ses grandes scènes

                                                                                                                        -signes particuliers

                                                                                                                            -traits de caractère

                                                                                                                            -traits physiques

                                                                                                                            -ses mots préférés

                                                                                                                                                                                                               

 

 

                Exemple de fiche d’identité avec le personnage espagnol: Pepe-(Astérix en Hispanie).

                                                                                               

 

                                PEPE

 

                Son rôle:

                Représentant du tempérament hispanique.

 

                Ses grandes scènes:

                Enlevé par les Romains, le fils de Soupalognon y crouton en fait voir de toutes les

                couleurs aux Romains mais également aux Gaulois dans Astérix en Hispanie.

 

                Signes particuliers:

                S’arrête de respirer à la moindre occasion.

 

                Traits de caractère:

                Forte tête et plutôt solitaire.

 

                Traits physiques:

                Ne pas se fier à sa petite taille.

 

                Ses mots préférés:

                “Mon papa est le plus fort du monde et cet imbécile de Jules César a peur de mon

                 papa du monde...” (Astérix en Hispanie- p.14).

 

 

                Ce travail permet une réutilisation des stéréotypes par les apprenants, il permet également de faire une synthèse d’un album et d’organiser le portrait d’un personnage sous différents thèmes.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                               

               

                BIBLIOGRAPHIE:

 

               

 

                UDERZO et GOSCINNY,   Astérix et les Goths, 1963, Dargaud éditeur.                                                                                              Astérix chez les Bretons, 1964, Dargaud éditeur.

                                                                         Astérix en Hispanie, 1969, Dargaud éditeur.

                                                                         Astérix chez les Helvètes, 1970, Dargaud éditeur.

                                                                         La grande traversée, 1975, Dargaud éditeur.

                                                                         Astérix chez les Belges, 1979, Dargaud éditeur.

 

 

               

                O. ANDRIEU,   Le livre d’Astérix le Gaulois,1999,Les éditions Albert René.                

               

 

 

 

                P. HAMON,  “Pour un statut sémiologique du personnage” in Littérature n°6,                                                  Larousse.