INTRODUCTION

 

Le marquis de Sade, bien qu’il ait occupé une place litigieuse au XVIIIème siècle, n’en est pas moins un auteur des Lumières, à l’écoute des idées nouvelles. Aline et Valcour en est une illustration indéniable : à la lecture de ce roman, nous rencontrons un large éventail de références à l’Europe de cette époque, à ses explorateurs, ses auteurs, ses modes de vie, ses idées. Cet ouvrage est un roman épistolaire et donc polyphonique mais dans lequel les deux lettres principales, occupant la moitié du roman, concernent l’histoire d’Eléonore et de Sainville. Ces deux lettres fonctionnent en parallèle puisque chacune est en fait le récit du voyage de chacun d’eux. Eléonore a été enlevée et Sainville la recherche de par le monde, croise son chemin, parfois, mais toujours sans le savoir. Au cours de ce périple, les deux amants côtoient une grande variété de gens, de sociétés, de philosophies. C’est un véritable foisonnement d’échanges de toutes sortes que nous propose Sade en faisant se mêler, se mélanger, se rencontrer des êtres différents. Il présente sur le même plan des modes de vie qui se font face : à l’analogie des structures, s’oppose la divergence des philosophies. Tout dans ce roman fonctionne en parallèle, chaque personnage, chaque idée, chaque acte fait écho à un autre, répond à un questionnement préalable ou en appelle un autre. Sade en a fait un roman de la profusion avec de nombreux personnages, miroirs les uns des autres ; avec de nombreux types de textes, qui vont du dialogue à la dissertation philosophique ; avec une exploitation de tant de possibles narratifs que Jean M. Goulemot