Eléna Ivanova-Glédel                                                          Mr P. Chevrel

Etudiante en Maîtrise F.L.E.                                              Directeur du dossier

Evolution des représentations et des images,

France - Ukraine

Université de Nantes

Janvier 2000

Présentation

Introduction...........................................................................................................3

1ère partieReprésentations de l’Ukraine dans le contexte franco-ukrainien.....4-11

A. Le « déficit d’image » de l’Ukraine..........................................................................4

B. Le début des relations franco-ukrainiennes (Anne de Kiev)....................................4-5

C. L’Ukraine d’hier et d’aujourd’hui..............................................................................5

D. Les Ukrainiens vus par les Français et par les Ukrainiens......................................6-11

2èmepartie :    Représentations et images de la France et des Français à travers deux

expériences vécues à deux moments différents : époque « soviétique » et époqueaprès l’indépendance..............................................................................................12-19

A.  Epoque soviétique :

Construction de l’image à travers les sources culturelles et les voyages...................12-14

B. Après l’indépendance : «Ce qui « saute » aux yeux et « accroche » l’âme »........14-19

3èmepartie :    Des modifications de la société aux nouvelles représentations de la
France et des Français en Ukraine après l’indépendance : le cas de la
ville de Dniépropetrovsk.........................................................................................20-23

A.  La diffusion et la promotion de la langue et de la culture française par
l’Ambassade de France à Kiev..............................................................................20

B. Les programmes de la F.N.E.G.E. à Dniépropetrovsk...........................................20

C. L’Alliance Française à Dniépropetrovsk. Le Centre Culturel..................................21-23

D. Le jumelage entre l’Ecole de Commerce de Saint-Nazaire et l’Université de Dniépropetrovsk....................................................................................................23

4èmepartie :    Modification des attitudes des Ukrainiens vis-à-vis de la France et des Français suite aux voyages et stages effectués : questionnaire.........................24-32

A. Démarches, choix de questions et objets...............................................................24

B. Public.....................................................................................................................24

C. Traitement de l’ensemble des corpus obtenus.......................................................24-32

Conclusion........................................................................................................33

Bibliographie.....................................................................................................34-35

Annexes............................................................................................................36-49

Annexe n° 1 : FNEGE..................................................................................................................36-43

Annexe n° 2 : Jumelage (St Nazaire - Dniépropetrovsk)..............................................................44-45

Annexe n° 3 : Questionnaire.........................................................................................................46-49

Introduction

L’énoncé du sujet de ce dossier contient deux mots clés : «représentations» et «images». Nous adopterons les définitions proposées par Michel Denis désignant par représentations « cette forme de l’activité humaine qui consiste à produire des symboles ayant pour caractéristique de tenir lieu d’autres entités » [1, P. 9] et également les représentations sont « elles-mêmes une réalité qui à la fois témoigne de ce que sont comportements et les influences » [2, P. 24]. L’image, forme singulière de représentation, « est une modalité de représentation mentale qui a pour caractéristique de conserver l’information perceptive sous une forme qui possède un degré élevé de similitude structurale avec la perception » [1, P. 9]. Nous visons dans la civilisation de l’image, nous avons appris à parler, à écrire mais nous n’avons pas l’éducation du regard. Qu’est-ce que nous voyons en regardant ? Comment ces images se transforment dans les hypothèses ?…

Ces deux mots clés de l’énoncé sont liés de façon indivisible. La manière d’interpréter le monde concerne aussi la perception sensorielle, la connaissance de nous-mêmes et des autres qui ont tendance à se stéréotyper dans le passage d’un concept (représentation) à l’autre (stéréotype), voilà pourquoi ces proximités théoriques des éléments d’une représentation sociale peuvent être interprétés, selon Mohamed Doraï, « totalement ou en partie, en termes de stéréotypie » [3, P.100] qui masque une part de notre vérité. Egalement, on peut noter que « l’existence de représentations n’implique pas nécessairement la formation de stéréotypes » [4, P. 12].

Le problème posé est celui de « l’évolution » de l’ensemble des représentations et des images, à savoir : « Quelles étaient les images de la France et des Français aux yeux des Soviétiques avant d’être Ukrainiens ? » et aussi « Quelle est l’image moderne de la France et des Français ? ». Le sujet dans un tel contexte est très peu étudié parce que l’intérêt scientifique se porte souvent sur des pays déjà connus. Nous allons donc essayer d’éviter les pièges pour ne pas faire de simples parentés ou différenciations de surface, étendues sur le continuum temporaire des représentations et des images dont le noyau est resté intact mais plutôt sur les changements d’opinions et des attitudes par rapport à elles, en s’appuyant sur les données du questionnaire.

Afin d’élaborer ce dossier ou plutôt faire une toute première approche, il fallait faire un recours aux travaux de la psychologie cognitive, sociale, aux articles de presse franco-ukrainiens, aux rares remarques se trouvant dans les travaux portés sur l’économie, la politique et le patrimoine culturel de la Russie et de l’Ukraine, aux œuvres littéraires, aux auto-expériences, aux documents fournis par la filiale de l’Alliance Française à Dniépropetrovsk et ceux de la FNEGE à Paris, et, bien sûr, aux questionnaires courtoisement remplis par mes compatriotes et mes amis français ayant séjourné en Ukraine. Notre profonde gratitude va envers tous ceux qui m’ont apporté leur précieuse contribution personnelle permettant non seulement d’élaborer ce dossier mais aussi les rapports interculturels entre nos deux pays.

L’importance de ce sujet est évident dans les perspectives du nouveau millénbaire qui apportera de nouveaux horizons dans un dialogue interculturel.

1èrepartie :      Représentations de l’Ukraine dans le contexte franco-ukrainien

A. Le « déficit d’image » de l’Ukraine

L’Ukraine, berceau de la culture slave, est vue souvent en filigrane comme une partie de la Russie. Georges Nivat dit que, dans l’héritage commun à partager entre Kiev et Moscou, se trouve entre autres le mythe fondateur : Kiev, mère des villes russes. Le fondateur de Moscou était le grand prince de Kiev, Juri Dolgorouki. L’image moderne de l’Ukraine est plus connue et malheureusement associée à la catastrophe de Tchernobyl. Heureusement, l’Ukraine ne se limite pas à cette image : c’est une vieille nation dont l’âme slave est difficile à pénétrer pour un esprit européen. J. Benoist-Méchin remarque aussi cette particularité compliquée d’une énigme, « Le fantôme de l’Ukraine » [5, P. 12]. Malgré ce « déficit d’image », l’Ukraine est étroitement liée avec le processus de développement mondial et, selon Mme Elisabeth Puissant, Conseiller Economique et Commercial à Kiev en 1997, l’Ukraine est un pays « à vocation à surmonter ses gigantesques problèmes et à prendre sa place parmi les nations de l’Europe » [6, P. 1], à quoi s’ajoute bien la pensée de Georges Nivat : « L’Ukraine est à nouveau dans l’Europe, mais encore faut-il que l’Europe le sache » [7, P. 393].

C’est uniquement pour habituer les Français à l’Ukraine qui est souvent une véritable terra incognita pour eux et pour, peut-être, faire surgir leur intérêt vers une autre civilisation, que nous adopterons le plus souvent possible une démarche illustrative.

Le terme d’Ukraine apparaît dès 1187 dans la Chronique hypatienne [cité, cf. 8, P. 473]. Plus tard, trois branches apparaissent, ce sont la Grande Russie, la Petite Russie et la Blanche Russie. Le mot « Ukraine » désigne jusqu’au XVIIe siècle une bande étroite de 100-300 kilomètres qui servit de grenier au monde méditerranéen. Le chef des Varègues, Ruric, s’installa en 862 à Novgorod. Son fils Oleg, avec ses hommes d’armes, s’empara de Kiev. Sur les rivières, ils voient tant de rameurs, il les appelèrent Rus (du mot scandinave Rhos, Ruodesn, signifiant ramer), et ce nom s’étendit à tous les habitants de la région. Le terme Rus’ désignait à l’époque de la Rus’ de l’antique Klévie et le territoire où s’exerçait le pouvoir des princes de Kiev.

B. Début des relations franco-ukrainiennes. Anne de Kiev

Les liens entre l’Ukraine et la France sont très anciens et remontent à l’époque de l’an 1051 quand Anne, fille de Jaroslav le Sage, grand-prince de Kiev, épousa le roi français Henri 1er. L’Ambassadeur de la France en Ukraine, Mr Ug Pernet, a dit lors de la conférence de presse à l’occasion des jours de la culture française en Ukraine, que le début des rapports culturels entre l’Ukraine et la France a été établi par Anne, fille de Jaroslav le Sage [9].

Les premières années de la vie française d’Anne n’étaient pas « joyeuses » dans la France médiévale aux mœurs sévères. Dans les termes modernes d’aujourd’hui, on peut dire que son acculturation fût longue et pénible. Pleine de nostalgie et de déception, elle écrit à son père à Kiev : « Dans quel pays barbare tu m’as envoyé. Ici les maisons sont sombres, les églises sont laides et les usages sont horribles… » [cité cf. 10]. La distance historique entre nous et le Moyen-Age ne peut remplacer la distance dans la compréhension des choses : peut-on considérer cet extrait comme une des premières représentations individuelles ukrainiennes sur la France ?… Il faut bien sûr le voir dans le contexte du moment, en opposition à la brillante civilisation kiévaine. Avant l’invasion mongole, il y avait dix mille églises, monastères ainsi que les psautiers enluminés, une énorme production de livres, l’accès à l’enseignement était ouvert pour les femmes des couches privilégiées de la société. Les cours comprenaient l’apprentissage de la langue maternelle, les langues étrangères, le grec, les mathématiques, l’astronomie, la philosophie, la rhétorique, l’histoire, le dessin, le chant, les règles d’étiquette… Donc, l’enfance et l’adolescence de la princesse se passèrent dans l’atmosphère d’un progrès commun culturel. Anne était une femme très cultivée et les princesses et duchesses d’autres pays ne pouvaient rivaliser avec elle. L’esprit développé par la connaissance devient libre et indépendant et, mis dans une situation de déséquilibre, il essaie de trouver sa place afin de s’intégrer et de s’adapter.

C. L’Ukraine d’hier et d’aujourd’hui

En 1939, J. Benoist-Méchin [6] pose la question sur l’identité de l’Ukraine et des Ukrainiens. Les frontières actuelles de l’Ukraine n’étaient pas tracées sur les cartes d’Europe. On peut distinguer :

1)   l’Ukraine « soviétique » conquise par les armées rouges en 1919-1921 ;

2)   la Galice, Ukraine occidentale (polonaise) rattachée à la RSS d’Ukraine en 1939-1941 ;

3)   la Ruthénie (Ukraine tchécoslovaque). Le 29 juin 1945, la Tchécoslovaquie « cède » à l’URSS l’Ukraine subcarpatique ;

4)   le Sud de la Bessarabie jusqu’au delta du Danube et la Bukovine, (Ukraine roumaine) qui sont annexées par l'URSS le 28 juin 1940. Le 10 février 1947, la Roumanie reconnaît l’appartenance de la Bessarabie et de la Bukovine septentrionale à l’URSS ;

5)   le 19 février 1954, la région de Crimée est rattachée à l’Ukraine.

Durant la table ronde du colloque, « L’Ukraine ancienne et nouvelle, Réflexion sur le passé culturel et le présent politique de l’Ukraine », B. Osadozuk rappelle que c’est Staline qui a été le réunificateur des terres ukrainiennes en se disant que si une parcelle de la terre ukrainienne restait hors d’Ukraine, cette parcelle de l’Ukraine sauvegarderait sa mémoire historique [11, P. 488] de la liberté.

La « carte d’identité » de l’Ukraine moderne :

Capitale de l’Ukraine : Kiev (appellation ukrainienne contemporaine Kyiv)

Date de l’indépendance : 24 août 1991

Superficie : 603 700 km² (la France : 543 965 km²)

Population (au 1er janvier 1995) : 51 728 400 habitants

Langue d’Etat : ukrainien

Composition administrative de l’Ukraine :

24 régions et la République Autonome de la Crimée

Position géostratégique :

L’Ukraine se trouve située entre l’Europe et la Russie et devient chaque jour « un peu plus un enjeu important pour les investisseurs comme pour les politiques » [12, P. 19].

D. Les Ukrainiens vus par les français


 

 

« Plus nombreux que les Polonais, plus virils et plus cultivés que les Roumains, plus loyaux envers leurs aspirations nationales que les Tchèques eux-mêmes, ils forment la nation la plus romantique de l’Europe - la nation que personne ne connaît. »

Hessell Tiltman, 1934

 

« Pendant toute histoire, nous avons été au second plan, et personne dans le monde n’a su remarquer qu’ily avait des Ukrainiens. »

M. Popovitch, 1995

Aujourd’hui, l’Ukraine, c’est un pays de plus de 50 millions d’habitants : 2/3 habitent en ville, en général de grandes villes industrielles. 70% de l’industrie avait un lien avec l’armée. 40% des habitants travaillent dans le domaine informatique et la construction d’appareils de précision. Les Ukrainiens représentent une nation techniquement prête à la solution des problèmes technologiques modernes.

La ville de Dniépropetrovsk (fondée en 1776) est une belle ville aux grandes avenues larges et avec le fleuve Dniepr qui partage la ville en deux parties. Aujourd’hui, Dniépropetrovsk est un des centres scientifiques avec de nombreux instituts de recherche, dix écoles supérieures, la ville est riche de musée, salles d’exposition, théâtres, elle a un cirque couvert, une salle de la musique d’orgue, etc. Jusqu'au début des années quatre-vingt-dix, elle était une ville « interdite » pour les étrangers, du fait de son activité militaro-industrielle.

Nous proposons les items fournis par les Français ayant séjourné quelques temps en Ukraine. Le panel (cinq personnes) interrogé est très hétérogène au point de vue de professions, ce sont des professeurs, commerçants, techniciens, touristes. La durée de séjour était différente dans chaque cas, le plus court - dixjours, le plus long étalé sur cinq ans de voyages permanents et réguliers. Personne ne parlait et ne comprenait le russe, et faisait appel aux interprètes ou aux francophones. Ils avaient toujours une double perception des choses : leurs propres interprétations basées sur ce qu’ils avaient vu et pu repérer de leurs propres yeux et la perception à travers l’interprète. 


 

A.  Avant votre arrivée en Ukraine, quelle image aviez-vous sur ce pays et sur les Ukrainiens ( ou peut-être sur les Slaves) ?et

B.  S’il fallait décrire l’Ukraine avec des mots clés avant votre première arrivée, comment le feriez-vous ?

A. Quelle est votre première impression reçue sur la terre ukrainienne ?

B. Et après avoir vécu en Ukraine (mots clés ?

A.  « berceau » du monde slave, image de Kiev, Odessa, Yalta, partie importante de l’URSS, collaboration avec les Allemands, St Sophia de Kiev, 1er royaume slave, duché de Kiev, place à part dans l’URSS.

B.  Terre, tchernoziom, peuple rural, grand pays industriel, pays d’églises et de monastères

A.  Première impression positive, l’idée profonde que l’on se fait des Slaves s’est révélée exacte.

B. grandeur du territoire, Ukraine-plaine, « autres dimensions » (France-jardin), beauté des églises et des monastères.

A.  Pays riche en agriculture et armement.Odessa, station balnéaire et Kiev pour son football.

B.  Inconnu, appréhension, soif de connaître

A.  Vu ma décente de l’avion, une recherche de l’argent, par n’importe quel moyen (valise, taxi, etc.), mais sans aucune agressivité.

B. L’Ukraine restera toujours dans une partie de ma mémoire. Prêt a y retourner.

1.   Mon image était de trouver un pays plusmoderne. 

2.   Pays riche en tous niveaux, agricole, minier, maritime.

A.  J’étais surpris de revenir quelques trente ans en arrière, notamment aux niveau des campagnes.

B.  Mal exploité uniquement par le système politique de l’histoire.

A.  Image d’un pays encore « secret », partie de l’ex-URSS avec une forte présence et puissance policière / militaire.

B.  Secret, soviétique, immense, communiste, athée, en retard sur notre monde occidental.

1.   Première impression reçue était positive car ne correspondait pas aux clichés qui prévalent en Europe de l’Ouest.

2.   Mélange des années 50 et 90, attachante, fataliste, résignée.

1.   Je n’avait pas vraiment idée très déterminée. Mais sûrement les stéréotypes appris à l’école : « L’Ukraine : le grenier à blé de la Russie », etc. Je pensais que l’Ukraine avait certainement les mêmes difficultés, notamment économiques que la Russie, voire plus encore du fait de son indépendance. J’avais toujours entendu dire par mon grand-père et des gens qui avaient fait la seconde guerre mondiale aux côtés d’Ukrainiens, que c’était un peuple généreux, gai, solidaire, plus que ne l’étaient les Russes. Mais mon image de l’Ukraine est restée quand même floue. C’est la raison pour laquelle j’ai eu envie de faire cette aventure.

2.   Ex-republique de l’URSS, communisme, Matriouchka (poupées russes), artisanat, folklore, église orthodoxe (toits des coupoles arrondis et dorés), froid, Tchernobyl.

A.  Une impression très forte qui prenait et serrait le cœur. Dans le train, j’ai été très impressionnée de voir les lettres CCCP sur des usines désaffectées, des immeubles délabrés. Une impression de désarroi, de désolation (il faut dire que c’était l’hiver et que le temps maussade accentuait mon impression), de laissé à l’abandon. Une impression d’isolement que je n’avais jamais ressentie dans aucun autre pays, du fait que pour la première fois je ne parlais pas la langue du pays dans lequel j’étais, et que les gens, de manière générale, ne parlait que leur propre langue (pas l’anglais ou autre). Une impression d’arriver dans un monde qui m’étais totalement inconnu. L’impression d’arriver dans un pays juste après-guerre (certaines rues en terre, vieux véhicules, établissements publics délabrés, peu de lumières le soir dans les rues, tramway d’avant guerre...Impression d’une très grande disparité entre les populations constituées de « riches » ou « nouveaux riches » plutôt de culture voyante et provocatrice (belles voitures, vitres tentées, bijoux en or pour les hommes, femmes blondes à la limite du mauvais goût). Impression dominante de la mafia et de « la débrouille ». Un accueil désagréable qui m’a beaucoup choqué [...]. Logement correct mais dans une arrière cour insalubre. Ma première impression a donc été plutôt mauvaise et le fait de voir ce pays dans le besoin et en manque de presque tout m’a beaucoup affectée.

Ma première impression est celle décrite plus haut. Cependant, dès qu’il y a eu un contact avec des étudiants, l'accueil a été beaucoup plus chaleureux, des invitations plusieurs fois dans des familles, au restaurant, promenades dans la ville (Dniépropetrovsk), les musées, les villes alentours, l’opéra et le ballet... Tout cela fait ressentir les choses attendues de l’Ukraine et de ses habitants ; l’accueil à bras ouverts, le dévouement, l’entraide, la bonne humeur malgré les difficultés de tous les jours. Après avoir séjourné en Ukraine, les mots clés qui me restent sont les suivants : accueil, gentillesse, solidarité, « débrouille», mafia, difficultés économiques, pays à l’abandon, contraste riches / pauvres, opéra (cocon, rêve, lieu de bien-être), très bel artisanat, sentiment de malaise, barrière de la langue.

Le corpus fourni montre les représentations du pays souvent stéréotypées par les connaissances acquises à l’école, par les modèles ancestraux transmis, représentations véhiculées par les médias (football, reportages sur l’ex-régime politique), par les films, la littérature. L’évocation omniprésente de l’URSS, les images de l’immensité des plaines, les remarques sur le climat.On constate une attitude négative concernant de la gestion du pays et le passé proche. L’affectivité envers les gens a une large part dans ces représentations et seule équilibre une double image du pays, image à deux dimensions temporaires : présent et passé mélangés. Les attitudes sont plutôt positives. Dans les interprétations il y a parfois des suppositions peu justes par manque de vécu en Ukraine, on peut noter par exemple que le théâtre (opéra et ballet) occupe une place considérable dans la vie du pays, on y va par plaisir etdésir de l’âme, en connaissant souvent le spectacle par cœur, c’est culturel, on préfère plutôt sortir au théâtre qu’au restaurant.

Résumez le portrait physique et moral des Ukrainiens avec des mots qui vous viennent à l’esprit :


 

1.

Avant d’arriver en Ukraine, mon image sur l’ukrainienne type était fondée sur l’image d’une slave. Coté positif : grande intelligence, grande sensibilité (musique, chant, danse), très charmeuse (charme slave). Coté négatif : manque d’organisation, monde « fou ».

Portrait physique : très belle femme (belle race), plus de blondes et de châtains que de brunes. Finalement : image très bizarre : une femme belle comme celle de « 007 », « Natacha, mon guide » et « Où passent les cigognes ? » [film, grand classique soviétique] et, à côté, une autre femme costaude dans les villages.

Portrait moral : le niveau moyen de culture est étonnant, culture d’un haut niveau, grande finesse. Fêtard.

2.

Métamorphose complète entre le travail et les loisirs ! Une certaine indépendance par obligation.

3.

Le peuple est travailleur, honnête dans son ensemble, il est exploité par les restes du communisme qui se transforme en mafia. Sans le système « D », le peuple a du mal à survivre. Cette situation rappelle l’après guerre de la France (1944-1950).

4.

Physique : très varié, similaire à la France.

Moral :nationalistes, sincères, passionnés, ouverts, curieux, fatalistes, accueillants, chaleureux.

5.

Portrait physique : Les Ukrainiens dans leur ensemble et les jeunes filles surtout attachent beaucoup d’importance à leur tenue vestimentaire malgré le peu de moyens qu’elles ont. Toujours bien habillées et bien maquillées (exceptées les femmes de « nouveaux riches »). Peu de gens corpulents (comme en Europe ou aux Etats-Unis). Des gens à la dentition souvent abîmée faute de moyens pour se faire soigner correctement.

Portrait moral : gens gais dans leur contacts avec autrui, malgré toutes les difficultés dont on vous fait part au fil des jours et qui nous paraissent, à nous français, difficilement surmontables. Gens accueillants cherchant toujours à trouver « la petite chose » qui va vous faire plaisir. Gens tellement dans la difficulté qu’il saisissent au vol toutes les opportunités qui se présentent. Gens ayant une soif d’apprendre et de s’en sortir.

Le corpus fournit est toujours bivalent, l’envie de comprendre un monde contradictoire dont l’âme difficile à pénétrer si que l’on essayede comparer avec soi. On constate beaucoup d’affectivité, une critique implicite.

Comment se fait la diffusion de la culture française et de la langue française en Ukraine ?


 

1.

Je ne sais pas. Les chansons françaises sont partout. Centres culturels. Le plus grand étonnement de la place de la France dans l’éducation. L’éducation.

2.

Par l’apprentissage de la langue en priorité, le tourisme en évolution, les traductions littéraires et les échanges entre les lycées.

3.

Hélas, trop peu à ce jour. La France doit faire des efforts. Les Ukrainiens sont demandeurs.

4.

Littérature, journaux, voyages, films.

5.

Je ne sait pas, par des échanges entre pays, des cours, et surtout par un féroce appétit et la faculté des Ukrainiens (qui ont la possibilité de faire les études) d’apprendre vite et bien la langue et la culture françaises. Faculté que n’ont pas les Français pour l’apprentissage des langues slaves et des langues en général.

Le corpus fournit est difficile à examiner car les représentations se basent sur les suppositions et les interprétations de l’inconnu avec beaucoup d’observations et remarques très justes.


 

Quelles similitudes trouvez-vous entre votre culture et la culture ukrainienne ?

Quelles sont les différences entre la culture de votre pays et celle de l’Ukraine ?

1.  Finesse et respect de certain nombre de traditions. L’art est très classique.

1.   Il y a peut-être dans l’expression artistique slave plus de vécu. Les ballerines « vivent ». Plus de liberté et de discipline, plus vécu et plus d’attention. En France plus de retenue, plus de classisismeet de discipline.

2.   Lecture et études poussées, soif de diplômes et de connaissances.

2.   Peut-être plus d’auto-discipline en Ukraine, par obligation de réussir vis-à-vis de l’avenir professionnel et financier.

3.   La même culture indo-européenne, valeurs égales.

3. Peu de choses à part la difficulté économique actuelle.

4. Proche par la forme.

4.   Eloignée sur le fond.

5.   Je ne trouve pas à priori de grandes similitudes entre les deux cultures. Elles sont plus complémentaires que similaires. J’aurais tendance à dire que nous avons aussi le sens de l’hospitalité, mais je crois qu’il ne s’agit pas toujours d’une caractéristique propre à un pays, mais plutôt propre à des individus. Certaines personnes sont accueillantes, d’autres le sont moins, qu’elle que soit leur culture et leur nationalité. C’est peut-être plus une question d’éducation.

5. Je vois globalement l’Ukraine comme un pays beaucoup plus « strict » que la France, qui peut elle-même être taxée de trop « laxiste ».

Nous constatons dans ce corpus l’émergence parallèle du domaine des perceptions intergroupe est celle des relations intergroupes : de la cognition sociale aux relations intergroupes et vice versa.

Y a-t-il des comportements ukrainiens que vous essayez d’adopter ? Lesquels ?


 

1.

Non.

2.

Peut-être en étant en Ukraine. Mais en France, mes racines reprennent le dessus, et j’ai la chance d’être dans le pays relativement développé.

 

 

3. 

Hélas, non, mes contacts d’affaires m’ont laissés des souvenirs plus que négatifs. Seules les personnes appartenant au peuple me laissent des souvenirs agréables.

4.

Fidélité à ses racines, ouverture d’esprit, esprit de famille, soif de connaissance, débrouillardise 

5.

Je n’ai pas assez séjourné en Ukraine pour avoir l’occasion d’adopter des comportements spécifiquement ukrainiens. Je pense juste que les comportements qui m’ont plu en Ukraine existent ailleurs (accueil, générosité, entraide,...) de même que ceux qui m’ont déplu existent aussi ailleurs (mafia, opportunisme...).

L’analyse du corpus fait apparaître trois types d’items :

·      des items négatifs liés aux problèmes vécus ;

·      des items qui renvoient à des comportements d’un certain compromis temporaire ;

·      une items qui marque non seulementune ouverture d’esprit mais aussi l’acceptation de l’autrui. 

Afin d’accepter l’autre, il faut accepter soi.

Est-ce que vous êtes d’accord que « c’est au contact des autres que se font des cultures ?  [13, P. 20] » Justifiez svp votre réponse :


 

1.

Oui.

2.

Bien sûr : personne ne peut se développer sans échanges que ce soit dans son propre pays, que dans la recherche de la Culture mondiale. On ne peut apprendre sans comprendre les autres.

3.

Seul homme qui n’a pas voyagé ne peu comprendre les autres peuples.

4.

Oui et non, car il y a la culture française, la culture française et le mélange des cultures...

5.

Oui, tout à fait. Les cultures évoluent au fil des décennies, des siècles, de l’histoire, des invasions, des colonisations, des guerres, des indépendances, des révolutions, de la conjoncture économique, des cultures pré-existantes, et du brassage et des échanges entre populations.

Ce corpus est difficile à analyser car il s’agit de la question très dialectique supposant les « grands classiques » de la compositions de la dissertation à la française : oui, non, mais bien relevé par un des items.

Qu’est-ce que vous aimez le plus dans la culture et la civilisation ukrainiennes ?


 

1.

On ne connait pas la littérature ukrainienne moderne. Par contre, les ballets, peintures, chant, chant folklorique [concert donné à La Baule par le groupe du chant ukrainien de « Dniepriany », il y a deux ans], sont toujours des moments merveilleux. L’idée profonde slave et l’ambiance du pays.

2.

La possibilité par rapport à la France de profiter à moindre coût de spectacles, de jardins élaborés, et une discussion facilitée par la grande connaissance du français des Ukrainiens.

3.

Bonne érudition générale, son goût de la grande musique, des auteurs classiques et son folklore, ses coutumes.

4.

Richesse du patrimoine et de la culture personnelle. L’Ukraine est le joyau de la Grande Russie. Concentration des richesses culturelles.

5.

L’architecture des Eglises (Kiev, les coupoles), les couleurs gaies dans les tissus et dans l’artisanat, le sens de l’hospitalité (qui malheureusement n’a pas été présent en tout début de séjour) mais qu’il était très bien senti après la première semaine.

Ce corpus porte les marques de l’affectivité à condition qu’on prenne le microscope. On remarque cette prédominance des connotations neutres. Peut-être, le pays difficile à pénétrer est-il aussi difficile à d’être aimé ?...

Le bilan pour la plupart des items concernant l’Ukraine visent par des réminiscences l’histoire proche et plus précisémentles préoccupations d’ordre politique. L’image du pays s’équilibre par l’image de ses habitants. Les attitudes sont quasi-positives. On relève des hétérostéréotypes qui prévalent avant le séjour et s’effacent partiellement à force de communications interculturelles. Une grande place du contenu des items fourni est occupé par la constatation d’un champs culturel en Ukraine qui fait partie de la personnalité des habitants et du pays. L’image décrite est souvent contradictoire, on adu mal à la présenter logiquement. Pour cela il faut passer vivre dans les familles, vivre une vie de chaque jour, être libre afin d’accepter l’autre.

Et pour finir cette partie, nous proposons des autostéréotypes :

Résumez le portrait physique et moral des Ukrainiens avec des mots qui vous viennent à l’esprit :


 

1.

--

2.

--

3.

Suffisamment forts, relativement tranquilles, calculateur mais capables au sacrifice de soi, pas toujours compréhensibles et logiques, cordiaux, en règle générale, sincères. 

4.

Physiquement il n’y a pas un seul indice visiblement prononcé. Sont ouvert en communication, hospitaliers, parfois ruses, parfois confiants.

5.

Plus tranquilles que les Français, extérieurement sont plus forts que les Français, bienveillants.

6.

Amical, pas raisonnable, grand, curieux.

7.

Moral : gais, avec une âme ouverte, toujours prêts à aider, simples, disent tout ce qu’ils pensent et font tout ce qu’ils disent.

Physique : visage rond avec des moustaches.

8.

Spontanés, aiment et savent faire la fête, caractère changeant (on rit, on pleure), agissent sur des coups de tête.

9.

Sont tous différents.

Dans le corpus fourni, on remarque deux refus du « principe de la coopération ». On constate quelques recours à la comparaison avec des Français dans une critique implicite, on commence à mieux se comprendre en relation avec l’autre. L’accent est souvent porté sur les traits moraux, on relève toujours la présence d’une image complexe dessinée sans explicitations inutiles. Il y a quelques traits inconscients et prononcés caractérisant le monde slave, devenus des labels à l’étranger et restés tout à fait naturels dans la culture native.

2ème partie :

Représentations et images de la France et des Français à travers deux expériences vécues à deux moments différents : époque « soviétique » et époque après l’indépendance

Les situations personnelles reflètent comme dans le miroir les évolutions et les changements propres à notre siècle. Nous proposons les expériences vécues, par deux personnes.

A. Epoque soviétiqueConstruction de l’image à travers les sources culturelles et les voyages.

Au 20ème siècle, malgré les changements apportés par la révolution d’octobre, la culture française était toujours très présente en Ukraine. L’héritage culturel français faisait partie intégrante de la culture russe-ukrainienne, comme d’ailleurs l’anglais, l’allemand, etc. La culture française (et autres) n’intéressaient pas exclusivement les apprenants du français ou une élite de lecteurs spécialisés en lettres modernes. Tout ce qui était lié avec la France entrait de façon naturelle dans la culture générale de chaque individu. Personnellement, j’ai du mal à imaginer qu’il y avait des gens qui ne savaient rien sur la France et sa capitale.

A l’époque soviétique, les images et les représentations de la France et des Français étaient soigneusement construites et souvent puisées à la source de la littérature française. Bien évidemment, le puzzle n’était pas complet, l’image était souvent idéalisée, nous avons vu ce que nous « voulions » voir [14, 15] : les grands chevaliers, les rois, les savants et un riche patrimoine culturel, les grandes bibliothèques, le cinéma, l’industrie de luxe, la voix d’Edith Piaf, tout cela surgissait de l’inconscient d’un(e) Slave désirant se rendre exclusivement à Paris, « capitale du monde » et y retourner, s’il y était déjà allé. Nous avions souvent l’image d’une carte postale de plusieurs curiosités de Paris, à travers des illustrations dans les livres, manuels, dans les peintures des peintres français. J’avais une centaine de cartes postales françaises et connaissais par cœur tous ce que je désirais voir si « par hasard » la chance m’était donnée d’aller un jour à Paris

Les habitants de la France étaient bien évidemment idéalisés comme porteurs d’une grande tradition culturelle. Donc, selon moi, tous connaissaient leur littérature, l’histoire, tous fréquentaient les musées et les théâtres. Je « voyais » de belles femmes pleines de charme français, merveilleusement bien habillées et parfumées, des hommes français offrant à leurs femmes des fleurs et des places au théâtre, et tout un tas d’autres images de ce genre.

La langue française avait une sonorité insolite, une mélodie, le « r » grasseyé. C’était un plaisir de l’entendre parler et elle donnait envie de l’apprendre. On savait également que le français était la langue d’échanges et de culture des aristocrates russes du temps de Tolstoï, comme par exemple l’original du roman « Guerre etpaix »,où tous les dialogues mondains sont exclusivement en français.

Il y avait toujours cette « soif d’idéal », toutes les générations d’enfants ukrainiens ont passé leur enfance entre autres au travers des aventures des héros de Jules Vernes et d’Alexandre Dumas-père. Pour ensuite, prendre goût aux grands auteurs français classiques et modernes. Les tirages des livres étaient faibles : cent deux mille exemplaires pour le territoire immense de l’URSS. Alors, on s’échangeait des livres, parfois les livres les plus rares étaient prêtés « pour une nuit ». En s’inscrivant à la bibliothèque, il fallait se mettre sur la liste des personnes qui désiraient lire les auteurs français, toujours très demandés.

La connaissance des peintres français s’effectuait grâce aux livres d’art et aux ouvrages de la série « La vie dans l’art », grâce aux collections de peintures du musée de Pouchkine à Moscou et de l’Ermitage à Léningrad. Et également, grâce aux très rares expositions organisées entre nos deux pays (par exemple le voyage de la Joconde à Moscou dans les années soixante-dix.)

Au cinéma les films français qui faisaient référence étaient « Le comte de Monte Cristo ,  Bel Ami ,  Fantomas », ceux avec Louis De Funès, Belmondo, Alain Delon (l’acteur qui « incarnait » les canons de la beauté masculine), Pierre Richard, Depardieu, Deneuve, Adjani, etc... A la TV il on pouvait voir des films français sous-titrés,des émissions sur la culture, l’histoire de la France, à la radio écouter des extraits d’oeuvres et de poésie française.

Dans le répertoire de l’opéra et du ballet, il faut citer « Carmen » de Bizet ainsi que le ballet français en deux actes très prisé « Gisèle » d’Adam.

La presse en langue française était représentée dans la ville de Dniépropetrovsk où je vivais, par le journal « l’Humanité ». Certains dossiers universitaires pouvait se baser sur les travaux scientifiques de la langue française, par exemple : « Les suffixes abstraits du français, dans le journal l’Humanité ». Les études de la littérature étrangères obligatoire pour les facultés de Lettres Modernes montraient une répartition égale entre les littératures allemande, anglaise et française. Une des différences entre notre enseignement et celui de la France consiste en deux approches différentes. En Ukraine, on apprenons le processus littéraire historique, c’est-à-dire tous les étapes, à partir de la littérature antique. En France, c’est l’enseignement « mosaïque », apprentissage de certaines oeuvres en profondeur prises en dehors du processus historique.

Les voyages touristiques étaient rares, ils se basaient avant tout sur les visites des musées de Paris, des châteaux de la Loire, des cathédrales gothiques, etc.

Ceux qui avaient une mission d’affaire en France avaient la chance incroyable de pouvoir visiter plusieurs fois de suite le Musée du Louvre, le Musée des impressionnistes (Musée d’Orsay actuellement), le Musée de Rodin, etc.

En 1979, mon père fut désigné pour aller travailler en France pendant deux ans. J’avait quatorze ans. La première femme française que j’ai vue à l’aéroport CDG était belle, libre, habillée de façon classique et moderne à la fois, elle portait une grande mouette jaune sur sa veste, je me souviens de cette mouette insolite comme si je l’avais vue hier.

On se souvient toujours de la première chose : la première institutrice, le premier amour, le premier sourire de l’enfant, dans mon cas, ce fut le premier musée. Ce n’était pas le Louvre, c’était le Musée Rodin. La possibilité de voir de mes propres yeux les sculptures, message de l’artiste, de reconnaître les oeuvres connues et d’en découvrir de nouvelles, fut pour moi d’un plaisir inégalable. J’approchais enfin l’âme des oeuvres artistiques, l’âme de leur créateur. Vous avez remarqué comme les copies d’oeuvres célèbres sont parfaites dans la forme, mais sans âme.

Je me souviens d’une chose curieuse, lors de la visite du cimetière du Père Lachaise, le gardien en nous entendant parler russe, nous dit : « vous êtes soviétiques ? Attendez une seconde, je vais vous donner un plan de toutes les tombes célèbres, car je sais que tous les soviétiques sont réputés pour faire les choses à fond ! »

Autre anecdote : nous ne pouvions pas repartir de France sans avoir vu le plafond peint de l’Opéra, par notre compatriote Marc Chagall. Une autre fois, de passage à Villers-Cotterêts, nous voulions voir la maison où était né Alexandre Dumas, et nous avions questionné, sans résultat, une dizaine de personnes qui n’avaient jamais entendu parler de cet écrivain.

Les contacts avec les français s’effectuaient exclusivement dans le cadre du travail, et nous adoptions les images données par ceux qui travaillaient. Les français étaient vus comme des gens très cordiaux et bien éduqués. La fête de Noël organisée au sein de l’entreprise où travaillait mon père, a fait se renforcer cette image. Etant arrivés en France à la fin de l’année, nous n’avions pas été « prévus » sur la liste des cadeaux distribués aux enfants. Pendant la distribution, ma sœur et moi étions occupées à dévorer des yeux le buffet et ses mets inconnus en URSS, lorsque quelques français vinrent nous chercher en nous disant en français, sans que nous comprenions, que le Père Noël avait retrouvé des cadeaux pour nous. Plus que les cadeaux, ce fut l’attention que nous portaient ces français que nous gardons en souvenir. L’attention est une qualité très appréciée par les slaves.

Nous avons appris beaucoup de choses sur la France, nous avons beaucoup voyagé à travers le pays. Nous avions une image composite de la France : Paris, ville aux murs gris en parfaite harmonie avec les balcons peints en noir, les villes portant en filigrane leur dimension historique, les villes des rois de France, de Jeanne d’Arc, les villes marquées par les deux guerres mondiales, les villes musées, les villes qui ont inspiré les grands artistes, les petites villes de Provence, etc... L’image de la France était complexe, et englobait ses habitants. On peut modeler l’image sur l’autre en communication, tout ce qui est au dessus est de l’ordre de l’observation.

Avant notre départ définitif, en visite au Château de Versailles, quelqu’un nous a dit de jeter une pièce argentée dans la fontaine, pour retourner en France dans les quinze années. Nous l’avons fait sans trop d’illusions, nous avions déjà fait et vu tellement de choses pendant notre séjour. Quinze années plus tard, dans l’avion entre Kiev et Paris, en venant faire un stage en France, je me suis souvenue de cette petite pièce de monnaie jetée dans la fontaine, qui a mystérieusement lié le passé et le présent. J’ai retrouvé la France et Paris que j’aimais tant, pour redécouvrir ce pays sous l’angle des communications avec ses habitants.

B. Après l’indépendance de l’Ukraine

Une autre petite fille qui avait jeté une pièce dans les fontaines de Versailles, ma sœur, va revenir en France seize ans plus tard, pour y effectuer également un stage. Voici un récit publié sous son pseudonyme « K. Pronina » dans la presse ukrainienne.

Traduction du russe : Ndt : la traduction adaptée, afin de la rendre plus facile à percevoir.

« Ce qui saute aux yeux et accroche l’âme » [16, PP. 60-65]

Il y a quelque chose en cette France qui attire l’âme d’un slave et qui fait diriger ses pas vers là-bas et seulement là-bas.

« Le Capital », magazine économique français, a publié à la fin du vingtième siècle, une ode à la France, de cinquantepages. Parmi les principales qualités du pays, ce magazine a souligné que la France occupe la première place dans la fabrication des prothèses oculaires, qu’elle est considérée comme étant le pays au plus niveau d’exportation (caddies, saxophones, etc...) et la France est le pays le plus populaire auprès des touristes.

Il y a quelque chose en cette France qui attire l’âme d’un slave et fait diriger ses pas vers là-bas et seulement là-bas. Souvenez vous, il est urgent pour moi d’aller à Paris pour une affaire. C’est intéressant, les français en général sentent une certaine parenté des âmes avec notre nation, (bien sûr, ils se flattent).

Pays-rêve :

Bonjour !

Bonjour.
Dites, s’il vous plaît, comment aller à la gare Montparnasse ?

C’est dommage, je ne suis pas d’ici et je ne peux pas vous aider.
Merci beaucoup, au revoir, bonne journée...

Au revoir, bonne journée.

Et ce n’est pas une plaisanterie, c’est un dialogue réel des gens qui habitent pas très loin de chez nous, dans le pays qui existe bien sur la carte, mais dans lequel presque tout est « autrement ».

Le journaux ne sont pas comme chez nous......

Un journal moyen français se distingue de celui de Dniépropetrovsk par de nombreux paramètres : par la qualité des matériels édités, par la qualité du papier, par sa périodicité (six fois par semaine, comme pendant la « bonne époque soviétique », plus le supplément TV accompagnant le journal du samedi) et aussi par les moyens de livraison et de diffusion en général et en gros, c’est une tout autre réalité. Un trait distinctif de la presse française : elle n’attend pas « un événement », non, elle le fait personnellement. La livraison des journaux, typiquement européenne (par portage et par la Poste), la livraison par portage coûte moins cher que par la Poste, chez nous, c’est le contraire. La même affirmation « du contraire » s’applique aux supermarchés : par contre, chez eux, c’est moins cher, et chez nous c’est plus cher, le dernier contredit à la nature de ce phénomène économique. Ah !.. c’est un mystérieux galimatias slave !

........et les thèmes sont autres là -bas

Les événements, eux-mêmes, sont très différents : des problèmes d’un bateau russe bloqué dans le port de St Nazaire, à l’exposition de photos d’enfants à l’hôpital.

Connaissez vous les difficultés que rencontre un journaliste français, pour entrer à la Mairie, au commissariat de police ou à la Gendarmerie ? Absolument aucune : aucun document à fournir ( !), il entre en toute tranquillité, même accompagné par une stagiaire de nationalité étrangère ( ! !). Imaginez que l’on puisse entrer comme cela chez le Colonel, chef de la Gendarmerie, juste en frappant à la porte de son bureau, sans faire la queue, et sans justificatifs... pour apprendre des nouvelles de la première importance. A ce propos, ce colonel avait des racines ukrainiennes lointaines, ce qui nous rapproche de la théorie de Zola sur l’influence de l’environnement sur le développement des mêmes gènes !

Ou encore, imaginez-vous maintenant une rue défoncée à cause de travaux (si vous l’avez imaginée, dessinez maintenant dans votre esprit la rue la plus renommée de la ville) Les commerçants de cette rue subissent bien évidemment des pertes. Que vont-ils faire ?

Ils se réunissent ensemble dans le restaurant le plus chic (celui qui est classé monument historique du 19ème siècle, avec dorures et mosaïques murales), ils ont préparé une banderole et invité les journalistes, pour partager leurs malheurs avec eux. En mangeant des huîtres, ils parlent de leurs entreprises pour attirer les clients. Ensuite, ils prennent leur banderole et se font prendre en photo sur la pelouse.

Imaginez-vous maintenant, pour une petite minute, nos personnalités de l’avenue Karl Marx, réunies sur la même photo ? Vous pouvez l’imaginer ?

Malgré que ce problème de travaux soit communs à nos deux pays, en France, la boue mystérieusement ne reste pas sur les chaussures, et la poussière est presque inexistante.

A l’hôpital, dans les pavillons des malades mentaux, tout est très convenable, comme dans les maisons de retraite. C’est le calme « civilisé », on peut y prendre des photos sans choquer les lecteurs et sans avoir peur de la vieillesse à venir.

L’organisation publique « Les restaurants du cœur » est soucieuse de savoir ce que vont manger les marins russes bloqués pendant 10 mois dans le port de St Nazaire, pendant les vacances. Et l’Etat russe n’est pas soucieux de cela. On dirait que la question « vont-ils manger ou non » n’est même pas posée. Pourquoi les capitalistes s’interessent-ils à de telles choses et nous, slaves, « successeurs du travail de Lénine » ne nous intéressons pas à ces situations ? !

Les gens

Acceuillants, souriants, sans excès, « n’envoyant pas promener » quelqu’un quelque part...

Ils mangent beaucoup, boivent beaucoup et mélangent au cours du repas plusieurs sortes d’alcools (sans risque d’avoir mal à la tête le lendemain matin... car les produits sont de qualité !)

Ils mangent de tout (n’importe quel mollusque), ils savent parfaitement le nom de chaque intestin et vous expliqueront également avec une exactitude surprenante dans quel type de saucisson on le trouve, certains fromages, les plus piquants, sentent comme nos chaussettes « de cinq jour », mais tout va bien.

Il y a tout dans la maison, y compris le trépied pour l’appareil photo, le couteau électrique pour couper les ananas et le thermomètre pour mesurer la température du vin.

La caractéristique d’un français moyen : romantique - comptable.

Le chômeur-type : il n’a pas de maison, seulement un appartement de 4 pièces, (parce qu’il a deux enfants de sexe différent), et une seule voiture pour le ménage.

Les personnes âgées : quand on les regarde, on n’a pas peur de la vieillesse. Propres, soignés, riants, toujours en mouvement, ils vont soit à la conférence, soit se préparent au voyage, soit il y a une réception chez eux, soit une lecture à vive voix, il y a toujours quelque chose d’intéressant à faire.

Les freins

             

Les freins qui hurlent, la voiture s’arrête brusquement. C’est pourquoi, dites donc ? Ah, à 7 mètres du passage clouté, il y a une femme âgée qui a l’intention de traverser la rue. Voilà pourquoi le conducteur, en souriant, lui fait signe de traverser. Quand à moi, je ne comprends pas quelque chose : peut être connaît-il cette femme ? Non ? Alors, pourquoi faut-il freiner ainsi ? Est-il possible que cela soit par respect ? Respect humain ? On dirait que oui, du respect de l’homme en l’homme, et que la vie humaine est précieuse. Pour cela, on peut freiner, on peut user les pneus parce que la vie humaine n’a pas de prix. N’oubliez pas que tout cela se passe dans un pays où les feux tricolores marchent bien ( !) et même si le feu est rouge pour le piéton, et s’il traverse quand même la rue, les voitures ne se mettent pas à klaxonner sauvagement et les conducteurs à le couvrir de toutes sortes de mots. A Paris, aux carrefours, il y a des pancartes, peut-être pour les étrangers, « priorité aux piétons ». Chez nous, au dessus de chaque voiture« plane » une auréole bleuâtre expliquant : « diktat des voitures ».

[Ndt : comme vous le remarquez bien, rien n’a changé depuis l’époque décrite par Gerturde Stein dans son roman « Paris et France »].

Les dimensions

De Paris à Nantes, il y a 1200 kilomètres, la durée du voyage par le train est de 2 heures 10 minutes, de Kiev à Dniépropétrovsk, séparés de 480 kilomètres, la durée du voyage par le train est de 11 heures. Il y a quelque chose de bizarre avec les distances chez eux....

Paris 

La ville a été « lavée » et s’est métamorphosée d’une rose grise (*) en une merveilleuse fleur, couleur café au lait [Ndt : A la première moitié du 20ème siècle, l’écrivain Erenbourg fait une remarque devenue classique : Paris éclos pendant la pluie comme une rose grise]. Les musées, les galeries, les parcs vivent dans un rythme accéléré, on entend partout la langue russe, (ce qui était rare il y a quinze ou vingt ans), Paris attire par sa beauté et repousse par son animation, bref, il faut le visiter souvent et par courtes durées (par exemple, à l’occasion d’une mission d’affaire).

Les toilettes

Les sages de l’Antiquitédisaient que tout doit être beau chez l’homme, et toute action humaine doit lui apporter une satisfaction et une joie. Sous l’action, indiquaient les sages, on peut comprendre aussi la réalisation des besoins naturels. Voilà donc, si vous voulez le faire avec plaisir, venez s’il vous plaît dans les toilettes françaises. Premièrement, là, l’individu se trouve dans une position tout à fait naturelle, parce qu’il ne faut pas se pincer le nez d’une main, tenir d’un pied la porte s’ouvrant sans cesse, et ne pas crier à pleine voix que c’est occupé ici. Deuxièmement, dans cet endroit, il y a tout : papier toilette, savon pour se laver les mains, serviette jetable...

Les moustiques

Veuillez m’excuser, il n’y en a pas... Peut être un tout petit peu à coté des marécages, de six à sept heures du soir, (le repère temporel est très important), un zoologiste amateur peut quand même arriver à voir un petit moustique français torturé par la vie.

Les connaissances en géographie

Dans la même journée, deux personnes ont précisé : « Tbilissi est la capitale de l’Ukraine... ». C’est peut-être une coïncidence.

Les parterres de fleurs

Dans certaines villes de France, on les suspend dans des paniers entre les immeubles et les maisons, parce que le reste de la surface est occupée par d’autres fleurs. En France, les petites fleurs qui poussent sont les mêmes qu’en Ukraine : pensées, oeillets d’Inde, pétunias, etc..., mais tout cela est soigneusement mélangé en un ensemble harmonieux qui donne du plaisir pour l’œil comme pour l’âme.

Les fêtes

Il y a un tas de fêtes, par exemple, la fête de la Musique. Le peuple prend alors ses trombones et flûtes, guitares et tam-tam,... sort dans la rue et joue pour tout le monde. La jeunesse et non-jeunesse dansante sort dans les rues : les femmes habillées en foncé, les hommes aux cheveux de différentes couleurs, comme vert cacatoès, jaune canari, violet rouge et bien sûr brun-gris, il y a tout dans cette foule unique et vivace. C’est un tel spectacle !La fête dure jusqu'à 3 heures du matin, et on ne voit pas de gens saouls, malgré quetout le monde boive sans cesse en grignotant quelque chose. Personne ne joue des poings, tout le monde s’écoule lentement à travers les rues.

Une semaine à peine est passée, voilà la fête du Jazz. Dieu sait d’où viennent ces groupes, tous se réunissent dans un vieux château ou à coté, ensuite ils jouent pendant la nuit.

On dirait que tout est enfin fini avec les fêtes, mais non, la fête de la prise de la Bastille du 14 juillet. C’est alors un programme complet avec feux d’artifice, défilé militaire. Des files de voitures se déplacent d’un point du pays à un autre, cet « autre » point se trouve le plus souvent près de la côte.

A peine fini le 14 juillet que le peuple se trouve projeté dans les soucis de circulation causés par le Tour de France...

Et comme cela, jusqu'à l’éternité.

Les cafés, bars, restaurants

On ne discute pas la qualité, elle est tout simplement présente.

La qualité des produits est sous le contrôle des services spéciaux qui ont le droit d’examiner n’importe quel produit trouvé dans les cuisines. S’il y a quelque chose un tout petit peu non conforme, l’amende égale alors à peu près le coût d’une bonne voiture. S’il y a vraiment quelque chose de dangereux pour la santé, alors cela peut aller jusqu'à la fermeture de l’entreprise avec des limitations de travailler dans ce secteur pour le futur. La question du pot-de-vin ne se pose même pas...

P.S. : Quand on regarde les photos rapportées de ce voyage, on porte l’attention sur un trait de caractère de son propre visage qui est gai, content, non estampé par des « problèmes d’échelle oecuménique », cela n’est pas valable quand on observe le reflet dans le miroir. Il faut changer le reflet.....

3èmepartie :

Des modifications de la société aux nouvelles représentations de la France et des Français en Ukraine après l’indépendance : le cas de la ville de Dniépropetrovsk :

A.  La diffusion et la promotion de la langue et de la culture française par l’Ambassade de France à Kiev

Après soixante-dix ans de communisme « scientifique », puis la perostroïka avec son vacuum culturel etla chute de l’URSS, l’Ukraine devient indépendante en 1991.

La première Ambassade de France dans les pays de l’ex-Union soviétique ouvre à Kiev (39, Reitarska). Avec l’activité diplomatique, commence à mettre en place une politique de la diffusion et la promotion de la langue et de la culture Française par l’intermédiaire d’échanges d’étudiants entre écoles supérieures, ainsi que par des programmes et des stages proposés par le gouvernement français. La politique se bâtit rarement sur les pures sympathies et sentiments, avant tout c’est l’intérêt qui prévaut. L’intérêt de la France est d’avoir un partenaire qui comprend le français et qui est capable de réaliser une activité économique, à savoir : acheter et vendre, ce qui mènera vers un enrichissement mutuel. Plus le partenaire est riche, plus il est intéressant pour la France.

B. Les programmes de la FNEGE à Dniepropetrovsk

Un des aspects de ce programme culturel : les programmes proposés et assurés par la FNEGE (Fondation Nationale pour l’Enseignement de la Gestion des Entreprises , 2, avenue Hoche, 75008 Paris). Cet organisme intervient entre autres vers les pays de l’Est. A la demandedu Ministère des Affaires Etrangères, il participe à la propagation de la langue et culture française dans le cadre d’une formation « L’économie de marché » par des cours théoriques assurés par des intervenants français et par des professeurs ukrainiens. Cette formation se déroule en trois étapes : formation linguistique, formation théorique en marketing, en management et en finances, et, enfin, un stage en France, avec la possibilité pour les jeunes cadres et professeurs de suivre une expérience professionnelle au sein d’entreprises françaises et d’Ecoles de Commerce afin de se familiariser avec l’économie de marché.

Cette formation s’est effectuée sur cinq sessions. Une trentaine d’étudiants ont été formés les deux premières années. En 1997, vingt personnes, en 1998 - onze personnes et en 1999 - dix-huit personnes. La session de 1999, malheureusement, était dernière promotion dans le cadre de ce programme [cf. Annexe n° 1, liste des participants des trois dernières promotions de la FNEGE].

En 1997, l’Association des ex-boursiers ukrainiens du gouvernement français à été fondée à Dniepropetrovsk, avec le but de réunir tous les anciens stagiaires. L’Ambassade de France avait le projet de créer une association équivalente, pour toute l’Ukraine. Mais malgré une réunion à l’Ambassade et la création d’une équipe chargée d’enregistrer la future association, l’intérêt coté français est retombé et le projet est resté lettre morte. L’Association qui existe toujours à Dniepropetrovsk survivra-t-elle à l’An 2000 afin d’entrer dans le troisième millénaire ?... On l’espère mais on ne le sait pas.

C. L’Alliance française à Dniepropetrovsk [17, 18, 19, 20, 21]

Les documents administratifs relatifs à l’activité de l’Alliance française à Dniepropetrovsk, sont établis en russe et en ukrainien. Nous vous demandons de bien vouloir excuser les fautes éventuelles dans l’orthographe des noms français.

En 1992, l’Alliance française ouvre une antenne à Dniepropetrovsk, au sein de l’Université d’Etat, (72, avenue Gagarine), en tant qu’Association, avec Madame Loudmila Ponomarëva pour Directrice et grande enthousiaste de la propagation de la langue et de la culture française à Dniepropetrovsk. Cette filiale est coordonnée par la Délégation Générale de l’Alliance Française du Centre Français Culturel et Linguistique de Kiev, dirigé par Mr Marc Sanielle.

Nous exprimons notre reconnaissance à Madame Ponomarëva, qui a bien voulu nous faire parvenir les documents concernant la création, l’activité et les entreprises réalisées par l’Alliance française à Dniepropetrovsk.

La tâche principale de l’Association est de diffuser la langue française et les connaissances sur la culture et la civilisation françaises à Dniepropetrovsk et sa région.

Cette Association se développe grâce aux appuis considérables apportés par l’autorité locale et l’Ambassade de France à Kiev. L’Alliance française collabore aussi avec les Ecoles supérieures,les Lycées, l’Institut de formation des professeurs, les théâtres, Palais de la culture, Planétarium, Orchestre symphonique, Orchestre de Chambre, et organisations d’enfants, etc...En 1997, l’Alliance française et l’Université d’Etat de Dniepropetrovsk ont monté le projet d’un Centre des relations scientifiques et culturelles avec les pays francophones, qui a obtenu l’appui de la Fondation Renaissance (Soros). Grâce à ce projet et à l’aide de l’administration de la ville de Dniepropetrovsk, l’idée de faire les « Journées des sciences et de la culture de la France et de l’Ukraine » est devenue la tradition qui réunit chaque mois de mai, les invités français et ukrainiens et des pays de la C.E.I. On peut caractériser l’activité de l’Alliance française en trois axes : développement des liens avec la France, programme d’enseignement et programme scientifique et programme culturel franco-ukrainien.

Développement des liens avec la France :

·      contrat de collaboration entre la région de Dniepropetrovsk et le département du Rhône signé pendant les Journées de la France, en 1996.

·      L’Alliance française participe activement aux programmes de travail en présentant et en accompagnant les visiteurs français et en les familiarisant avec le patrimoine de la ville et avec le système d’enseignement supérieur et secondaire.

·      avec l’aide de l’Ambassade de France en Ukraine, l’Alliance française organise des stages linguistiques en France pour les étudiants et les professeurs des Ecoles supérieures ukrainiennes. Les étudiants au sein de l’Alliance française bénéficient d’un stage linguistique de quinze jours tous les ans, à Lyon.

·      en collaboration avec le Centre français culturel et linguistique de Kiev, l’Alliance française organise des concours parmi les jeunes gens , par ex. le concours européen annuel de dissertation de la langue française, pour les élèves des classes terminales des lycées, le concours européen « 100 ans de cinéma », etc..

·      échanges épistolaires avec des élèves de Dniepropetrovsk et de Corbasse (département du Rhône).

·      dans le cadre des Journées de la science et de la culture de la France et de l’Ukraine, sont organisés des séminaires et tables rondes avec la participation d’invités français et de l’Ambassade de France en Ukraine. La première conférence internationale était intitulée « Langue, culture, littérature et philosophie de la France : expérience de l’Ecole supérieure d’Ukraine et des pays de la C.E.I.

·      Séminaire « L’Homme et la société au seuil du 21ème siècle » sous la direction de Madame Isaac -Sibille, vice-présidente du département du Rhône et avec la participation de nombreux spécialistes de Lyon.

Programme d’enseignement et programme scientifique :

·      organisation de cours de français pour les étudiants écoliers et adultes.

·      conférence scientifique internationale « France et Ukraine, l’expérience scientifique et pratique dans le contexte des dialogues des cultures nationales », 5ème conférence en 1998.

·      édition des recueils des articles des conférences.

·      organisation de séminaires méthodiques pour les professeurs de français de tous niveaux d’enseignement, pour la ville et la région de Dniepropétrovsk, avec la participation de conférenciers français et attachés linguistiques.

·      recyclage des professeurs de l’Université et de l’Alliance française, à travers des stages au Centre français Culturel et Linguistique de Kiev.

·      réalisation de programmes mutuels entre le Centre français Culturel et Linguistique de Kiev, et l’Alliance française, afin d’établir une école bilingue à Dniepropetrovsk, et une formation pré-scolaire en français, etc...

Programme culturel franco-ukrainien

·      concerts d’artistes français (pianiste Laurent Cabasso, chanteuse Evelyne Celesse, violoniste Frédéric Pelasse avec l’Orchestre de Chambre et Symphonique de Dniepropetrovsk), « Bruel chante Brel » 1999.

·      spectacles : « Le Matino » de Labiche, théâtre de marionnettes « Bastille Bastringue », monospectacle des oeuvres de Perec.

·      opéras français et ukrainiens (en français et en ukrainien), par des artistes français et ukrainiens.

·      ballets : concours Serge Lifar, théâtre du Capitole de Toulouse.

·      festival de musique classique et de musique de chambre de France, avec les Orchestres de musique de chambre de Dniepropetrovsk et de France.

·      expositions des Musées Historiques de Dniepropetrovsk et de Lyon, culture ethnique des pays, découvertes scientifiques récentes, histoire des rapports entre la région de Dniepropetrovsk et la France.

·      exposition de photographies ; « Paris insolite », « 10 ans d’architecture à Toulouse », « Mode : le vent de l’Orient », « Un rêve de Cannes ».

·      exposition écologique d’enfants « Terre-terre » au Planétarium.

·      création d’un théâtre d’étudiants francophones.

·      club francophone « Rendez-vous avec la France », films vidéo, rencontres avec des français.

·      la bibliothèque de l’Alliance française est mise à la disposition des professeurs de français et des étudiants. Dans ses fonds, on peut trouver les oeuvres classiques de la littérature française, des journaux français comme le Monde, des magazines comme Paris Match, Le Français dans le Monde, Les Beaux Arts, Le Nouvel Observateur, Connaissance des Arts, etc.. ainsi que la littérature de référence afin d’effectuer les mémoires, dossiers et devoirs individuels des étudiants. Le directeur du Centre culturel de Kiev a offert à la bibliothèque de l’Alliance française, les oeuvres choisies de G.Perec.

·      chaque mercredi, dans la salle vidéo de l’Alliance française, les étudiants peuvent voir des films français, comme « La rupture », « Camille Claudel », « Baldi et les petits riches », « Que la bête meure », etc...provenant du Centre Français culturel de Kiev, ainsi que des émissions de télévision enregistrées de la 5ème chaîne.

·      L’Alliance française a également organisé un séminaire méthodologiquepour les professeurs de français, sur le sujet : « Utilisation pédagogique des chansons et des Fables de La Fontaine », dans le cours de FLE, assuré par le conférencier français B.Sauvaget (1998) et un séminaire littéraire pour les professeurs et étudiants sur le sujet : « Le processus littéraire et la politique de la France au 17ème siècle », avec l’intervention de J-S. Desjonquères, scientifique strasbourgeois.

·      stages effectués à Kiev par les professeurs ukrainiens de l’Alliance française, pendant deux semaines, « Utilisation des programmes vidéo dans les classes de langue française » et « Méthodes communicatives de l’enseignement de la langue étrangère ».

·      stage linguistique de deux semaines pour un professeur et dix étudiants de l’Université de Dniepropetrovsk, dans un lycée de Lyon.

L’Alliance française collabore activement avec le Centre français de Dniepropetrovsk. Le Centre français de Dniepropetrovsk est apparu à la fin de l’année 1998, l’Université de Dniepropetrovsk lui a prêté gratuitement un local de 100 m² pour les cinq premières années. Au sein de ce Centre fonctionne le cours de français d’affaires, on peut y passer les examens du DELF, l’Ambassadeur est venu inaugurer ce Centre. Un des aspects de l’activité de ce centre est l’organisation de séminaires pour les professeurs de français et la diffusion de films français dans les cinémas de la ville.

D. Le jumelage entre l’Ecole de commerce de St Nazaire et l’Université de Dniepropetrovsk [22, 23]

En 1997, l’Ecole de commerce de St Nazaire a signé un accord de partenariat avec l’Université de Dniepropetrovsk. L’idée de ce jumelage consiste dans l’échange d’étudiants (5 français et 5 ukrainiens par an) pour connaître le pays, sa population, ses sensibilités, mode de vie, aspect humain, aspect linguistique = se parfaire dans la langue en situation d’immersion, aspect économique = connaître le tissu industriel et les règles de fonctionnement du pays (douanes, transport, gestion), dans la perspective de faire pénétrer les entreprises françaises sur le marché ukrainien. [cf. Annexe n° 2].

En guise de conclusion, nous pouvons noter qu’un effort important de pénétration et d’échanges s’est effectué ces dernières années, avec la volonté de développer ces relations sur plusieurs axes (culturel, linguistique, économique) et que de nombreux étudiants dont je fais partie, et professeurs ukrainiens en ont bénéficié. L’image moderne que se font les ukrainiens de la France passe maintenant par ces institutions. En sera-t-il de même pour les années à venir ?Tout dépend de la politique de l’Ambassade de France à cet égard et des moyens financiers et matériels qui seront mis en place car si l’enthousiasme des ukrainiens pour la France est sans équivoque, l’argent manque cruellement. Le risque court de voir les étudiants et francophones ukrainiens se tourner vers d’autres pays, d’autres cultures et d’autres langues (Allemagne, USA) où les moyens financiers et les intérêts économiques ne manquent pas.

4ème partie :

Modifications des attitudes des Ukrainiens vis-à-vis de la France et des Français suite aux voyages et stages effectués : questionnaire [Annexe n° 3]

A. Démarches, choix de questions et objets

La démarche effectuée était d’élaborer un questionnaire intéressant et agréable à remplir pour les Ukrainiens, d’une part, et de prévoir les questions répondant au mieux à ce type d’enquête [24]. Je me suis inspirée des idées développées par Charles Trompette qui a élaboré un questionnaire pour les étudiants étrangers [25, PP. 9-10] et du questionnaire élaboré par Chantal de Saint-Moulin [26, P.16] pour les étudiants chinois. Les questions ouvertes donnent en général des informations riches et diversifiées, elles sont recommandées [27, P. 69] en particulier pour étudier les représentations. J’ai égalementpréparé des questions fermées avec un choix binaire de réponse et d’autres à choix multiples. J’ai aussi prévu des questions spécifiques, questions d’opinion, classement ou préférences, questions de connaissances, questions directes et indirectes, question conceptuelles.

Les objets consistent :

·      à relever les représentations et images conduisant à la constitution des stéréotypes portés sur l’identité du pays et ses habitants,

·      à repérer les points linguistiques posant des difficultés dans la communication interculturelle

B. Public

9 personnes adultes (3 hommes et 6 femmes)

tranche d’âge : 23 - 28 ans = 6 personnes, 33 - 39 ans = 3 personnes

nationalité ukrainienne

langue maternelle ukrainien et russe

3 professeurs, 1 directeur de petite entreprise, 1 responsable de service industriel, 1 étudiante en français, 3 résidents dont une en attente de passeport français.

C. Traitement de l’ensemble des corpus obtenus

IFUG = Institut franco-ukrainien de gestion de Dniepropetrovsk

NSF = Nouveau sans frontière

AF = Alliance française

Dnp = Dniepropetrovsk

Univ = Université de Dniepropetrovsk, cours intensif.


 

Est ce que le français est votre première langue étrangère ?

Quelle autre langue étrangère parlez vous ?

Pourquoi avez vous appris le français ? Nécessité ou plaisir ?

Quand, où et comment avez vous commencé à apprendre le français ?

Avez vous appris le français d’une façon traditionnelle (locale) ou avec une méthode française (importée) ? Laquelle ?

1. seconde

anglais

plaisir

à 24 ans, Univ de Dnp.

NSF

2. seconde

anglais

plaisir et nécessité

à 36 ans, AF à Dnp

NSF

3. seconde

anglais

plaisir et nécessité

par hasard, IFUG

NSF

4. seconde

anglais

plaisir

à 25 ans, Univ. Dnp

NSF

5. oui

aucune

au début, sans désir, ensuite consciemment

à 9 ans, à l’école

traditionnelle et NSF

6. seconde

anglais

plaisir

à 21 ans, cours de français

traditionnelle

7. troisième

anglais-italien

nécessité-plaisir

AF à Kiev en 1992

méthode Cartes sur table

8. oui

aucune

nécessité-plaisir

à 10 ans, à l’école et AF Dnp.

méthode locale et NSF

9. seconde

anglais

nécessité

en France, en 1998

NSF

Le corpus concernant l’apprentissage du français : « plaisir ou nécessité » nous renvoie aux motivations. On constate que la motivation intrinsèque est liée à l’activité de l’apprentissage, à quelque chose d’intérieur. Les psychologues constatent que cette motivation est plus forte lorsque l’on apprend pour soi, et que l’on change ses attitudes facilement. Cette motivation introduit l’autre et la volonté à comprendre l’étranger, elle entraîne forcément l’auto-transformationet apprend la tolérance par rapport à l’autre. On relève également les motivations extrinsèques visant le but pour lequel on apprend une langue étrangère qui va servir dans une carrière professionnelle, la langue est l’instrument important des échanges.

Qu’est ce que le français représente pour vous par rapport à une autre langue étrangère :


 

1

sans réponse

2

langue harmonieuse et agréable en communication

3

mélodieuse et attirante

4

sans réponse

5

groupes rythmiques et intonations

6

belle langue parlée par les artistes, poètes

7

intonations, caractère seulement pour le français, le « r » grasseyé

8

la plus belle langue, langue musicale, langue parlée dans le monde entier par l’aristocratie, langue des grands écrivains 

9

la langue des poètes et des écrivains

Le corpus fourni montre que la majorité des sujets avait des motivations sociales plutôt stéréotypées, afin d’apprendre le français : « le français est la belle langue des écrivains, je veux l’apprendre ». On constate ici une part d’inconscient qui n’est pas explicité. Les autres mettent l’accent sur le rythme et l’intonation qui distinguent le français des autres langues étrangères.

Quelles difficultés rencontrez vous dans la compréhension de la langue française ?


 

1

argot, langage non littéraire 

2

une construction complexe des phrases, langage très rapide

3

souvent, articulation « inarticulée », un manque de poses entre les mots, les articles, les accents

4

grande quantité des homonymes

5

verbe et temps, je ne les ai pas appris et les français ne me comprennent pas

6

les français parlent très vite

7

les mots de l’ancien français, conditionnel, passé simple

8

sonorité assez proche de certains mots, j’ai eu du mal à les distinguer, il faut s’appuyer sur le contexte, ce qui n’était pas évident au début (ex : vin, vent, vain, vingt, etc...)

9

quand tout le monde parle en même temps

Le corpus fourni montre le problème de structurer le système cognitif de représentation de la langue étrangère et relève la liste de difficultés del’apprentissage du français posant des problèmes dans la communication interculturelle.

Quel message vous paraît difficile à faire passer aux français, et pourquoi ?


 

1

sans réponse

2

impressions personnelles, histoire drôles

3

n’importe quelle information contredisant leur avis, presque toujours accepté avec difficulté

4

sans réponse

5

je n’ai pas eu de pareils problèmes

6

« ce soir, je t’invite à dîner » = message difficile à faire passer

7

faire comprendre comment on vit ailleurs, « parce que ailleurs tout est bien comme en France et la France est meilleure »

8

je n’ai pas de difficultés particulières, sauf pour les blagues qui contiennent des jeux de mots en russe

9

pour moi, tous les messages sont faciles à faire passer aux français. 

Quelle est votre stratégie pour raconter une histoire drôle et faire rire les français ?


 

1

sans réponse

2

sans réponse

3

aucune, je n’ai pas essayé de le faire spécialement

4

sans réponse

5

je n’ai pas réussi dans cette question, la seule chose qui aide, c’est le choix des thèmes justes pour les français

6

pas de stratégie, rester moi-même

7

différemment, préparation à travers des associations connues

8

éviter de raconter des histoires avec des jeux de mots incompréhensibles pour eux

9

si c’est une histoire ukrainienne, je donne les explications avant de la raconter

On constate des problèmes dans la communication en voyant les items fournis par l’ensemble des deux corpus. Les différences culturelles diminuent le champs conversationnel pour certaines personnes ne voulant prendre en compte la non- connaissance des français sur les réalités ukrainiennes et partager les histoires drôles.

Représentations de la France, avant et après.


 

 

A quel âge avez vous entendu parler de la France en Ukraine ? Précisez svp.

Votre première rencontre avec la France s’est effectuée (soyez précis) dans le pré-scolaire / école / littérature / théâtre / TV / radio / voyages / autres

Connaissez vous l’histoire de la France et où l’avez vous apprise ? Ecole, école supérieure, hobby, autres

1

à 5 ans

voyages

école

2

à 7 ans

école, littérature, TV

école

3

à 5 ans

contes, littérature

oui, école, hobby

4

pré-scolaire, avant 7 ans

TV

école

5

pré-scolaire

école, en apprenant le français

école, un peu, et visite des musées français avec des connaisseurs

6

à 13 ans

école, théâtres, musées

école

7

images de la Tour Eiffel dans un manuel

littérature, autres

école, cours de français

8

à 5 ou 6 ans, contes

pré-scolaire

un peu à l’école supérieure, autodidacte, avec l’aide de ma mère

9

à 5 ou 6 ans

littérature, TV

école

Ce corpus montre que depuis la première enfance, les jeunes ukrainiens entrent dans le système culturel de la France à travers les contes, les livres, la TV, ce qui prouve que c’est une partie intégrante de l’éducation familiale.

 

Avant d’arriver en France, quelle image aviez vous sur ce pays et sur les français ?

Quelle était votre première impression reçue sur la terre française ?

1

une image romantique

je ne me souviens pas

2

le pays et les gens d’une haute culture avec de riches traditions

les rapports bienveillants entre les gens, propreté et ordre

3

pays d’une histoire très intéressante, et de la culture, mais des gens pas toujours intéressants.

la joie de reconnaître tout ce que j’ai vu à la TV, lu dans les livres, tout était comme je l’avais imaginé

4

France, pays des vins et du fromage, de la haute couture, avec une histoire condensée

je ne me souviens pas de ma première impression

5

pays de la haute couture, des femmes charmantes et sexy, des moeurs libertines

Paris est une belle ville, mais où sont les jolies femmes ?

6

c’est le pays de la mode, des parfums, de la bonne cuisine, je pensais que toutes les femmes sont très élégantes, et les hommes aussi

les gens s’habillent confortablement mais pas élégamment, et la cuisine est bonne

7

j’ai pensé que tout le monde souriait dans les rues, était bien habillé, dynamique, que les français savaient se présenter et donner leur image, que la France était belle et propre

le périphérique autour de Paris, un tas de publicité, une autre architecture spécifique

8

le pays avec beaucoup d’histoire, un des pays le plus riche au monde d’un point de vue culturel, architectural, etc.., le pays d’une technologie innovante avec les plus belles femmes au monde

une grande déception, j’ai trouvé que les femmes françaises, censées être belles, ne l’étaient pas en réalité. De plus, elles sont négligées.

9

pour moi, c’était le pays de la mode, de l’élégance

je ne me souviens plus

Le corpus des items est marqué ne s’écarte pasdes stéréotypes du pays les plus communs, à savoir : les représentations véhiculées par les médias. Certains items témoignent des connaissances précises concernant l’histoire du pays. L’affectivité a une large part dans ces représentations. Les attitudes sont plutôt favorables.


 

 

Comment percevez vous la France et les français après avoir vécu ici ?

S’il fallait décrire la France avec des mots clé avant votre première arrivée, comment allez vous le faire ?Et maintenant ?

1

sans réponse

Avant : chansonniers, amour, beauté. Après : amour, vin, fromage

2

les impressions sont restées les mêmes

Avant : printemps, fleurs. Après : printemps, fleurs

3

en ce qui concerne l’histoire, la culture, c’est la même chose

Avant : histoire, vin, cognac, parfumerie, charme, courtoisie. Après : idem plus l’urine sur les trottoirs..

4

les français sont très actifs, agréables en communication, non ponctuels

Avant : vin, fromages, haute couture, Paris. Après : un haut niveau de développement des infrastructures

5

les français disent beaucoup de choses inutiles (c.a.d. choses utiles selon leurs règles) avec un air important

Avant : cher, beau , incompréhensible. Après : cher mais souvent mérité, un peu ennuyeux, peu de vie mais beau

6

la vie est confortable ici, tranquille, un peu pompeuse, mais c’est bien

Avant : la mode, l’élégance, la liberté. Après : le confort, les cafés, la famille

7

je les tolère et je les prend comme ils sont

Avant : élégance, gentillesse, beauté du pays et des gens. Après : toujours la beauté, élégance, gentillesse pas toujours, capitalisme.

8

le beau pays mais avec une administration lourde qui pourrit la vie. Les gens par contre sont gentils, polis, ils essayent de m’aider de tout leur possible

Je ne sais pas le décrire en un seul mot ( ?)

9

froids, réservés, économes

Avant et après : le pays de la mode, de l’élégance, des parfums

Les Français

Résumez le portrait physique et moral des français, avec les mots qui vous viennent à l’esprit.


 

1

libres, indépendants, non ponctuels, courtois

2

bienveillants, souriants, parlant de manière émotionnelle

3

sveltes, soucieux en règle générale, sur l’avis qu’ils donnent sur leur entourage, un peu égoïstes, très bavards, souriants, fermés le plus souvent

4

Physique : sveltes, de taille moyenne, vifs, soignés, cheveux châtain foncé. Moral : ouverts plus que les autres européens, pas toujours ponctuels

5

de taille moyenne, maigres, même secs, d’un air indifférent mais en réalité très curieux, très observateurs, dans la conversation ils sont émotionnels

6

féminin, rapide, pas fidèle, gourmet, petit

7

Physique : d’une taille petite ou moyenne, bronzés, aux yeux noirs, pas toujours beaux

Moral : sûrs d’eux, gentlemen, dans la conversation se tiennent dans le cadre des convenances

8

esprit étroit, mais ils sont bons spécialistes dans leur domaine (étroit lui aussi), ils sont polis, ils ont le sens de l’organisation, ils aiment bien manger, ils sont très rigoureux, ne supportant pas les compromis.

9

tous les français sont différents. 

Ce corpus de représentations présente les connaissances partagées, pas stéréotypées, en ce qui concerne le portrait physique, il y a un certain portrait type généralisé et le portrait moral offre des observations justes et diversifiées. Les attitudes sont globalement favorables et dans certains cas, neutres.

Quelle impression gardez vous après votre toute première rencontre avec un ou une française ?


 

1

je ne me souviens pas

2

pas de réponse

3

cela dépend exclusivement de la personne que j’ai rencontrée et de la nationalité

4

je ne me souviens pas. Il n’y avait rien d’insolite.

5

quelle rapidité !

6

que nous ne sommes pas trop différents

7

parlent très vite et sont très vifs

8

j’ai trouvé que les femmes françaises, censées être belles, ne l’étaient pas. De plus, elles sont négligées.

9

très agréable

Ce corpus montre une des difficultés que l’on peut rencontrer avec des questions ouvertes, recommandées en particulier pour étudier les représentations. Les personnes interrogées avaient du mal à répondre, cela a produit une certaine zone de confusion : des réponses vagues (3), ou hors sujet (8), des non-réponses (2) et aussi l’oubli (1, 4). Le non respect du principe de coopération peut être expliqué par le non désir d’avouer quelque chose de désagréable. On constate quand même un item affectif (9). Nous voyons les difficultés du départ dans la question d’accepter l’autre.

Est-ce que vous comprenez facilement la manière dont s’expriment les Français dans la vie courante : langage des gestes, mimiques et autres façons de s’exprimer ?


 

1

oui, facilement.

2

différemment, cela dépend de circonstances.

3

cela dépend de l’interlocuteur, mais en général, oui.

4

suffisamment facile

5

je ne les écoute pas très attentivement, parce qu’ils s’expriment de façon très individuelle, inutile pour moi, mais s’il y a quelque chose qui m’intéresse je comprend

6

pas toujours

7

oui

8

oui, maintenant je les comprends assez facilement, j’ai mis quand même quatre ans

9

oui

Dans ce corpus fourni, on voit que la dimension cachée de l’expression corporelle (langage silencieux stéréotypé) peut servir d’accès dans la culture des autres et peut aider dans la communication interculturelle où les gestes et les mimiques peuvent fonctionner comme le schéma du discours afin de transmettre le message. Le gestuel est effectivement une des entrées dans la culture étrangère.


 

 

Lorsque vous n’êtes pas d’accord avec un Français, vous hésitez à le lui dire ?

Avez-vous des ennuis ou des conflits avec des Français parce que vous êtes étranger ?

En cas de difficultés avec des Français, essayez-vous de comprendre les différences culturelles qui vous opposent ?

Demandez-vous conseil à des amis français lorsque vous ne savez pas comment vous comporter ou réagir dans certaines situations ?

1

ça dépend

non

oui

oui

2

oui

non

oui

oui

3

d’habitude, oui

non

oui

oui

4

non

non

bien sûr

oui

5

oui

oui

oui

je demanderai mais plutôt pour un développement général afin de comprendre comment eux saisissent ce problème

6

non, mais cela dépend, est-ce que je voudrais discuter ou non

non

oui, mais, je pense qu’en cas de difficultés, ça sera la différence personnelle

oui

7

non

oui : à l’Université on m’a dit que je n’aurai pas le diplôme français parce que je suis étrangère.

non : si on ne compte pas l’administration

oui

oui

8

non, jamais

oui

rarement

oui

9

oui

oui

oui

oui

L’ensemble des items s’oriente autour de deux pôles essentiels : oui ou non (oui et/ou non), parfois avec les digressions hors du sujet. Les attitudes sont quasi positives et inversement quasi négatives. On ressent un blocage dans la communication chez certains.

Est-ce que les Français vous paraissent se comporter de manière similaire ou différente par rapport à vous ? Sont-ils un exemple à imiter, et si oui, en quoi ?


 

1

différente

2

c’est différent dans différentes situations

3

les principes du comportement, les représentations par rapport à ce qui est admissible ou non, sont les mêmes. Comme en Ukraine, cela se manifeste de façon différente.

4

si je parle russe avec les français qui apprennent le russe, je mets d’accent sur le fait qu’ils parlent une langue étrangère. Les français ne le font jamais. Ils considèrent que les étrangers doivent parler et comprendre correctement le français.

5

c’est différent. Nos compatriotes ne font pas autant de formalités. Cela vaut d’être emprunté.

6

les français font beaucoup de gestes, ils sont très souriants, très agréables et cela, je pense, mérite d’être imité. 

7

différemment. Rien à imiter.

8

j’aime beaucoup leur sens de l’organisation. Réfléchir cent fois avant d’agir. Préparer tout à l’avance. J’essaye de faire ainsi. A imiter leur politesse.

9

ils sont très différents. Je n’ai pas envie de les imiter.

Ce corpus est bâti sur les représentations qui subissent le poids des éléments négatifs. L’actualité et la fraîcheur des perceptions des autres durant leur séjour en France, marque les réponses. Un certain ethnocentrisme se met en place. Imiter les comportements, c’est détruire son comportement, et en adopter un autre est un choix difficile à faire. Ce problème à déjà été posé dans la Grèce ancienne quand la cité était incapable d’établir le lien entre les gens du pays et l’étranger. Dionysos représente la figure de l’autre, de ce qui est déroutant, déconcertant, anomique, le dieu à part dans le Panthéon grec [28, P.171].

Comment voyez vous un vrai français, une vraie française ?


 

1

français : courtois. Française : charmante

2

courtois, charmant, soigné

3

sans réponse

4

actif, agréable en communication, non ponctuel

5

Sophie Marceau, Pierre Richard

6

sans réponse

7

sûr en soi, gentlemen, bien habillé, taille moyenne, bronzé, les yeux noirs

8

pour moi, cela n’a pas de sens, c’est comme la température moyenne des malades dans un hôpital

9

Je ne peux pas répondre

Ce corpus est très varié dans les réponses, les attitudes sont plutôt favorables, certains items sont marqués par une certaine stéréotypie.

Est ce que les français arrivent toujours à l’heure ?


 

1

non, jamais

2

non

3

non

4

pas toujours

5

je ne sais pas, c’est moi qui suis toujours en retard

6

non

7

non

8

je ne sais pas, je ne suis jamais arrivée la première

9

non

Les attitudes sont presque en totalité constatatives, sauf quelques exceptions, ceux qui ont les mêmes habitudes. On constate aussi des attitudes négatives.

S’il fallait porter un toast pour l’an 2000, que voudriez vous souhaiter aux femmes et aux hommes français ?


 

1

sans réponse

2

sans réponse

3

Mesdames, restez femmes, c’est beau. Messieurs, ne vous trompez pas, malgré l’émancipation, elles sont femmes.

4

comme pour tous les autres : du bonheur, de la chance, et la réalisation de tous les voeux

5

pour les femmes : que leurs hommes soient plus attentifs à leur égard (ainsi qu’envers des femmes peu connues)

6

sans réponse

7

soyez plus simples, portez votre attention envers les gens vivant à coté

8

la même chose qu’aux femmes et hommes d’Ukraine : la santé, la prospérité, etc..

9

de la chance et de la santé

L’ensemble des corpus fournis par rapport aux habitants de la France, est plein d’observations, remarques, rejets et acceptations. L’opinion est quasi favorable vis à vis des français, malgré une part de déception que l’on peut ressentir. Il y a également la neutralité qui cache une vérité, la prise de distance dans certains cas. L’affectivité est souvent présente dans les items. Le contact avec autrui n’est pas toujours facile à faire, il y a une certaine fermeture sur soi.

Dans le bloc des « questions détentes » :

·      quel premier livre de la littérature française avez vous lu, et à quel âge ?

·      quels chanteurs(ses) français(ses) aimez vous ?

·      quel peintre français aimez vous ou connaissez vous ?

·      etc...

le corpus fourni manifeste les connaissances précises dans les domaines de la littérature et de la peinture. Tout le monde sans exception remplit toutes les cases et on constate la présence de la culture française dans l’éducation de chaque personne à partir du pré-scolaire.


 

 

Quelles similitudes trouvez vous entre votre culture et la culture française ?

Quelles sont les différences entre la culture de votre pays, et celle de la France ?

1

les racines communes européennes

dans le reste

2

les racines communes européennes, tendance vers une communication

sans réponse

3

les racines communes (Grèce ancienne, les influences des mêmes artistes - littérature, musique, peinture)

sans réponse

4

similitude consiste dans le fait que les deux cultures ont la même genèse 

il n’y a pas d’autre points de contact

5

un peu la cuisine

chez nous, il n’y a pas d’habitude à mettre autant d’amabilité, même avec les gens peu connus

6

similitudes dans l’art, la littérature, grâce aux hommes illustres

les différences proviennent de régimes politiques différents

7

foi, catholiques en Ukraine de l’ouest

un autre mode de vie, autres traditions dans la compréhension des choses

8

beaucoup de choses puisque nous sommes européens et avons la mentalité proche d’autant plus que pendant longtemps, nos cultures étaient très proches, avant 1917

la manière de traiter les gens

9

sans réponse

sans réponse

Le corpus fournit plein d’attitudes neutres et étonnantes. Dans certains cas, on ressent la déception de la communication interculturelle qui se projette à tout ce qui est culturel.

Est ce que vous êtes d’accord que « c’est au contact des autres que se font les cultures ? » Justifiez votre réponse.


 

1

oui

2

oui

3

oui

4

oui

5

50 / 50

6

oui, la culture se développe toujours, elle a besoin d’impressions pour se développer

7

oui, les mariages mixtesapportent beaucoup de choses pour la culture

8

question fermée et vaste. Bon sujet de thèse, impossible de développer dans cette case

9

dans chaque culture, on peut trouver des choses intéressantes et utiles

On constate dans ce corpus les items neutres, parfois un peu hors sujet, et le principe de coopération n’est pas toujours respecté. Effectivement, c’est une question très philosophique difficile à analyser.

On constate que dans la majorité des items fournis par les Ukrainiens, il y avait une image favorable de la France et des Français avant leur séjour. L’image du pays et de ses habitants est souvent stéréotypée et témoigne d’un fort niveau des connaissances sous-jacentes. Le séjour et les communications interculturelles bouleversent cette image romantique en apportant des changements d’attitudes plutôt envers les habitants. La déception est ressentie dans les certains items. Les représentations évoluent au plan cognitif des effets produits. Certains sujets ont changés ou sont prêts à changer certains comportements par suite des événements vécus. S’ils finissent par les changer, nous pourrions parler d’évolution des représentations sociales. Aussi faut-il un certain temps afin d’apprendre à être tolérants, la tolérance doit être découverte consciemment par chaque individu, elle n’est pas la suite d’une évolution sur le plan des idées, c’est une liberté d’accepter l’autre. L’ensemble des corpus concernantla langue française démontre que la langue est, elle aussi, un système qui construit des représentations diversifiées avec des marques prononcées de stéréotypes. Tout est lié, le fait cognitif, « enraciné dans la matérialité cérébraleira vers les formes linguistiques en transitant par les représentations mentales » [29, P. 280]. Certains mettent en question le lien établi entre la chose énoncée et son référent, à partir de morceaux de réalité (expérience vécue récemment).

 

Annexe :(reçue le 31/1/2000)

Avant votre arrivée en Ukraine, quelle image aviez vous sur ce pays et sur les ukrainiens (ou peut être sur les slaves) ?

 

Une image d’un pays lointain, intégré au bloc communiste, à des dizaines d’années de la réalité moderne, une représentation dans le sud au delà de l’Europe, illustré par le roman « Novgorod », où est relaté la vie de Anne de Kiev, devenue reine de France.

 

Quelle était votre première impression  reçue sur la terre ukrainienne ?

 

Le tout premier contact à été à Kiev, en décembre 1992, une première impression de froid, de grisaille, de tristesse, et une odeur caractéristique d’essence. A cette époque, l’Ukraine suite à sa déclaration d’indépendance se trouvait dans une situation de pénurie (énergie, carburant, biens de consommation courante...) [Note : le gens stockaient de l’essence chez eux, n’importe ou...]

 

S’il fallait décrire  l’Ukraine avant votre première arrivée avec des mots-clé, comment le feriez-vous ?

 

Par les symboles du communisme (églises, monuments historiques), une monotonie et une qualité très médiocre dans la construction des grands ensembles, la passion du gigantisme, un pays en voie de délabrement au niveau infrastructures, la religion orthodoxe, le folklore, la musique et les chants, l’omniprésence des souvenirs de la révolution bolchevique et la dernière guerre, hissés au rang d’une culture, le jeu d’échecs, une œuvre littéraire très fournie, et la danse classique toujours à l’honneur et très appréciée.

 

Résumez le portrait physique et moral des ukrainiens avec les mots qui vous viennent à l’esprit.

 

L’ukrainien en règle générale est physiquement assez trapu, massif, il déambule avec une démarche un peu balancée se rapprochant de l’ours, symbole de leurs voisins les russes, grand buveur devant l’éternel, il adore chanter dans une ambiance très conviviale. Sa toute première apparence donne l’image d’une personne très dure, héritage d’années de pression psychologiques d’un système totalitaire, mais l’ukrainien type est un être généreux, très sentimental, spontanément prêt à vous donner son amitié pour peu qu’il se sente en confiance, mais se rétracte à la première alerte dès qu’il risque de se trouver confronté à une hiérarchie toujours basée sur les rapports de force, vieux fantômes d’un système briseur d’hommes, qui bien qu’en décroissance, est toujours omniprésent. Il me paraît indispensable de se référer plutôt de la femme ukrainienne, courageuse, symbole du type slave par excellence, la plupart du temps belle comme un rayon de soleil au printemps, au charme fou, d’une gentillesse sans limite, mais encore trop au service de l’homme, car celui-ci en règle générale ne mérite pas l’attention et le dévouement qu’elle lui porte.

 

Qu’est ce que vous aimez le plus dans la culture et la civilisation ukrainienne ?

 

Le sens de la fête, des relations chaleureuses et sincères, un sens de l’accueil sans arrière pensée, comme un atavisme, un héritage social induit au niveau cellulaire.

 

Quelles similitudes trouvez-vous entre votre culture et la culture ukrainienne ?

 

La même approche et la même sensibilité en ce qui concerne les arts, la peinture, la musique, les chants, et la danse classique, sachant que les peuples slaves ont plus particulièrement un don pour les exercer.

 

Quelles sont les différences entre la culture de votre pays et celle de l’Ukraine ?

 

Il me semble que la culture traditionnelle en Ukraine est plus à la portée de tous, sans distinctions de classes sociales, elle me paraît basée beaucoup plus sur le passé culturel du temps de la magnificence de l’empire russe, (en excluant volontairement toute la propagande au travers des musées consacrés à la révolution  bolchevique et à la dernière guerre 39-45) que contemporaine, n’ayant que peu rencontré d’art moderne. La différence se situe au niveau des moyens matériels d’expression, car les capacités artistique du peuple ukrainien sont très importantes.

 

Comment se fait la diffusion de la culture française et de la langue française en Ukraine ?

 

Il y a bien sûr la diffusion au travers des quelques rares écoles françaises ou enseignements universitaires, et les échanges à caractère commercial, mais la langue française et à travers elle sa culture n’est diffusée que par la volonté d’une minorité de personnes qui sont très attachées à la culture française, et ont un excellent nouveau culturel nous surprenant.

 

Est ce que vous êtes d’accord sur le fait que c’est au contact des autres que se font les cultures ?

 

Je pense qu’effectivement c’est au contact des autres que se font les cultures. L’esprit de tout être humain est curieux par essence. La culture est un tout, chaque pays, chaque peuple détient une partie de ce tout, héritage d’une longue évolution, et chacun cherche à recréer ce tout, par un mode d’échange, parfois même inconsciemment. Ce n’est qu’au contact des autres cultures que l’on peut approcher ce tout. Il va de soi que l’on s’approche plus facilement d’une autre culture pour laquelle l’on ressent  une résonance. Ce n’est que par la sensibilité que l’on peut accéder à cette relation véritable.

 

Y-a-t-il des comportements ukrainiens que vous essayez d’adopter ? Lesquels ?

 

Nous aurions beaucoup à réapprendre de nos amis ukrainiens : le sens du désintéressement, cette amitié spontanée, et ce sens de l’accueil que nous avons partiellement oubliés dans notre monde trop confortable de surconsommation, priorité qui nous a absorbé au détriment  de nos valeurs humaines fondamentales. Vouloir adopter ces valeurs, en premier lieu il faudrait en prendre conscience, et je réponds par l’affirmative quand les circonstances se présentent, mais toujours avec une recherche de discernement pour un engagement établi sur la vérité et la sincérité.

 

 

CONCLUSION

L’élaboration du sujet est entraînée par l’utilisation d’un ensemble de différentes approches afin d’analyser et de présenter le corpus étudié sous les différents éclairages : historique, récit de vie, expérience, analyse. L’instrument d’analyse a été mis en place (questionnaire), son traitement a fixé l’organisation et la structuration des représentations et des images.

Le contenu des représentations offre une image composite et incomplète du pays et de ses habitants avec des observations valides, rarement erronées. Une forte concentration des occurrences permettent de repérer la constitution des stéréotypes dont la nature sensorielle et affective. La culture native joue un rôle exclusif dans la formation des stéréotypes lors l’apprentissage de la langue étrangère qui seule laisse véritablement pénétrer dans une autre civilisation et « apparaît comme un découpage du réel, les contours des concepts découpés en mots épousent une vision d’un monde différent d’un pays à l’autre » [30, P. 125]. La prise de conscience que nous faisons partie d’un même système culturel mondial permettra de s’approcher de l’autre. La tolérance de l’autre aide toujours à comprendre nos propres problèmes et faiblesses.

Les recherches effectuées montrent que l’état des représentations ressemble étrangement à un présent donné, c’est-à-dire à une « époque » qui se trouve entre le passé et le futur, donc, c’est une échelle temporelle. Ce ne sont pas les mêmes phénomènes ou les successions de certains moments qui apparaissent sur le plan de la longue et de la courte durée. Ce ne sont pas non plus les phénomènes toujours facilement « repérables » étant d’ordre inconscient.

La pensée sociale est construite et distribuée selon plusieurs niveaux hiérarchisés : opinions, attitudes, représentations sociales (« modèle non seulement la connaissance que l’individu prend du monde, mais aussi les interactions sociales » [31, P. 50]), idéologie..., c’est une échelle de la distribution hiérarchique. Ces deux échelles se correspondent et se transforment l’une dans l’autre. Les changements rapides sont, en règle générale, peu profonds et moins vitaux, ce sont souvent des fluctuations temporaires. Les modifications importantes se préparent longuement par l’évolution de l’environnement et des pratiques, elles débouchent sur des transformations fondamentales. On constate aussi « l’émergence parallèle du domaine des perceptions intergroupes et celle des relations intergroupes » [32 , P. 353-361].

Il est trop tôt encore pour parler d’une évolution des représentations et des images France - Ukraine, malgré qu’il y ait des indices de futures modifications de base. Le noyau propre des représentations est resté sans changements visibles. Par contre, certaines opinions et certaines attitudes se trouvent sous le poids de l’expérience vécue. Elles commencent à bouger et déclencheront certainement le processus social d’une profonde évolution future....

En attendant cette évolution, on peut reporter notre intérêt scientifique à celui de l’humain, à l’étranger de n’importe quelle nationalité. L’étranger peut être intéressant non seulement par des stéréotypes, marques affectives, qu’il porte à votre pays mais aussi peut être est-il également porteur d’autres valeurs à découvrir et à partager. Si cet étranger mythique cache diplomatiquement sa vérité derrière des « non réponses », « de l’oubli » et un ton neutre, peut-être est-ce pour nous un signe pour changer nos comportements et ouvrir notre esprit ?...

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