MARTINEAU Emmanuelle

Maîtrise F.L.E

UFR de NANTES

Les stéréotypes 

franco-allemands

dans 

la caricature

 

 

 

 

 

 

 

Monsieur Patrick . Y. CHEVREL 1er semestre

Année 1999 - 2000

U.V Préjugés, stéréotypes et représentations

interculturelles dans la gestion des 

apprentissages des langues vivantes

SOMMAIRE

 

INTRODUCTION

I)Stéréotypes français et allemands dans la caricature française

a)Le Français vu par lui-même

b)L' Allemand vu par le Français

II)Stéréotypes français et allemands dans la caricature allemande

a)L' Allemand vu par lui-même

b)Le Français vu par le Français

III) Approche pédagogique

a)La préparation didactique

b)La préparation méthodologique

 

 

CONCLUSION

BIBLIOGRAPHIE

SITOGRAPHIE

DOCUMENTS ANNEXES

INTRODUCTION

Attirée par l’Allemagne depuis l’enfance, j’ai donc fait avec beaucoup de plaisir des études d’allemand. Grâce au programme d’échange ERASMUS, j’ai obtenu ma licence l’année dernière à Rostock en Allemagne. Suite à cette expérience, j' ai décidé d' arrêter mes études d' allemand pour finalement mieux y " retourner ", voire m' y installer. C’est pourquoi , j’ai choisi de faire une maîtrise Français Langue étrangère. Alors un cours sur " les préjugés, les stéréotypes et les représentations interculturelles " validé par un dossier dont on choisit les sujets étaitpour moi l’occasion de travailler sur une de mes passions. Ce dossier m' a donc permis de lire en allemand, de parler de l' Allemagne et des Allemands, bref de prendre du plaisir. Le thème des stéréotypes franco-allemands est vaste et le synthétiser semblait compliqué. La caricature me permettait de restreindre mon sujet et ce support est souvent apprécié par les apprenants.

Ennemis pendant longtemps, le couple franco-allemand apparaît aujourd'hui solide et épanoui. Il est une véritable source d' inspiration pour les caricaturistes de presse lors de rencontres officielles, d' évènements importants comme la chute du mur de Berlin, les essais nucléaires français, la construction de l' Europe... A partir de cinq caricatures ( trois françaises et deux allemandes ), et quelques lectures, certains stéréotypes seront ici développés afin de voir quel regard porte l' autre. Quels sont les stéréotypes que l' on trouve dans la caricature ?

Dans une première partie, nous nous attacherons à la caricature française, puis àla caricature allemande et enfin nous verrons un exemple d' application pédagogique pour une classe de langue F.L.E.

I)Les stéréotypes français et allemands dans la caricature

française

Tout d' abord en s' appuyant sur la caricature française, nous essayerons de différencier le stéréotype français et allemand et de voir comment ils apparaissent, comment ils sont représentés dans la caricature française.

a)Le Français vu par lui-même

 
 Peut-on parler d'auto stéréotype dans la caricature française?
L' auto stéréotype se définit comme l'image que les membres des différents groupes sociaux ont des membres de leur propre groupe sur le plan individuel, c' est l' image de soi. Il semble difficile de parler d' auto stéréotype dans la caricature française car elle utilise la plupart du temps les personnalités de l' histoire contemporaine comme les hommes politiques pour représenter la France et les Français. Les Français adoreraient donc la politique et auraient tendance à tout politiser. ( Questionnaire de Charles TROMPETTE )

La caricature n°1, intitulée Coopération franco-allemande de Moisan, a deux phases et couvre la période allant du traité de coopération à son 20èmeanniversaire en Janvier 1983. Ce dessin montre le renversement des rapports de force dans les relations franco-allemandes de 1963 à 1983. Le sous-titre le changement dans la continuité est une formule lancée par Valéry Giscard d' Estaing. La France est ici associée à deux de ses emblèmes:

-le drapeau tricolore, emblème officiel qui joue un rôle secondaire dans la caricature, permet d' identifier la France comme unité nationale.

-Le coq gaulois ( en haut à gauche ) n' est pas un symbole officiel de l' état, mais le symbole de la prédilection pour représenter la France et les Français. Il souligne même un trait typiquement français, à savoir la fierté nationale, pour ne pas dire l' arrogance. ( Goethe Institut ). Les Français sont un peuple fier. Ils 

s' enorgueillissent des nombreux succès que comporte leur

histoire et de leurs contributions au monde de la culture. Leurs

dirigeants les plus importants ont toujours compris l' importance

que revêtait la fierté et l' estime de soi pour le Français moyen.

De Gaulle, en particulier, a très bien su jouer de cette fibre. Il a su 

les flatter, les cajoler, les motiver, et partant obtenir qu’ils

coopèrent et obéissent.( E.T HALL, p. 197 ) 

Le personnage de De Gaulle dans la caricature joue un rôle paradigmatique. Il apparaît comme comédien d' Etat au maintien souverain, comme orgueilleux et solitaire qui incarne le besoin de grandeur de la France. Cette fierté nationale est surtout à remarquer dans la caricature allemande.

b)L' Allemand vu par le Français

Dans cette même caricature n°1, le peuple allemand est représenté par deux hommes politiques qui ont marqué l' histoire des relations franco-allemandes: Konrad ADENAUER et Helmut KOHL. Les emblèmes nationaux allemands sont eux aussi dessinés: - le drapeau, symbole de l' unité nationale allemande

- l' aigle allemand qui donne souvent la réplique au coq gaulois. Même si cela ne se voit pas sur cette caricature, il est souvent dessiné dans la caricature française, les ailes écartées, conformément à la représentation officielle de l' aigle du Reich, ou de celui de la République fédérale, ce qui illustre ses désirs de domination et de puissance. ( Goethe Institut ) En arrière plan de la caricature, on peut reconnaître la région de la Ruhr, caractérisée par ses usines, symbole de la (sur)puissance économique allemande en général.( Goethe Institut ) Les deux anciens chefs d' état allemand ont à la main une mallette, objet que les chefs d’Etat français n' ont pas. Le caricaturiste français montre la rigueur, l' ordre dont les Allemands sont si célèbres, si réputés. Selon E.T Hall, l' ordre est en Allemagne une vertu universelle, l' ordre domine la vie allemande, le goût de l' ordre qui sous-tend la culture allemande se reflète dans l'expression: " une place pour chaque chose et chaque chose à la fois. ( p. 80 ) Ou encore Bernard Nuss évoque cette même idée à travers ces mots: Es muss alles seine Ordnung haben. Ordnung regiert die Welt. Ordnung ist das halbe Leben. Ordnung ist die Seele aller Dinge. Wo keine Ordnung ist, ist auch kein Sieg ( Il faut de l' ordre en tout. L' ordre gouverne le monde. L' ordre est la moitié de la vie. L' ordre est l' âme de toute chose. Sans ordre il n' y a pas de réussite ). Cette notion semble encrée dans l' âme allemande. Est-il donc justifié de parler de stéréotype ici ?

Dans la caricature n°2, intitulée Ballade Berlinoise, l’ Allemagne est représentée par un personnage allégorique : Germania-Gretchen. Ce personnage est quasiment inconnu dans la caricature allemande et en Allemagne. Cette 

«  Fraulein » ( demoiselle ), aux nattes blondes ( coiffure sur laquelle on reviendra ) était pour les romains la personnification des barbares transalpins. Gretchen est coiffée à l’ allemande. Les nattes symbolisent la coiffure féminine allemande. Une telle chevelure ordonnée en tresses, en nattes et autres nœuds montre nettement que sa propriétaire est satisfaite de soi, qu’ elle déteste la négligence, qu’ elle aime 

l’ ordre, le regard franc et droit, et qu’ aucun cheveu rebelle ne s’ échappera de la raie tirée au cordeau pour venir la gêner sur son front. ( Goethe Institut ) Cette façon de se coiffer était typique de la femme allemande à l’ époque nazie. Cette époque est d’ ailleurs ici symbolisée par la croix gammée. Ce passé lourd à porter pour les Allemands est toujours présent. On a tendance à considérer tous les allemands comme nazis. Bernard Nuss écrit à ce propos: Si les Allemands ont souvent été attaqués et vilipendés, parfois avec raison, souvent à tort, aucun juge n’ a jamais été cependant aussi sévère avec eux qu’ eux-même. Ils ont donc droit, autant que les autres peuples à leur identité. Etre allemand n’ est pas facile mais ce ne doit être ni une raison d’ orgueil, ni un sujet de honte. ( p. 167 )Toute cette période d’après guerre et de guerre froide a inspiré les caricaturistes. Notamment la division de l’ Allemagne et la construction du mur de Berlin et du Rideau de Fer. Le mur a souvent été caricaturé montrant ainsi les problèmes que cela pouvait entraîner. La caricature n°4 montre un mur construit avec des billets allemands. Dans la caricature, la monnaie symbolise au mieux l’ unité politique de l’ Etat ou celle de la nation. Elle concrétise le concept abstrait du pouvoir d’ achat et la force de l’ économie du pays en question. ( Goethe Institut ) Ici , ce mur en Marks dévoile la différence économique qu’ il y a entre les deux Allemagnes depuis la chute du mur. 

Le mur a été plus qu’ une inspiration pour les caricaturistes, il était surtout une dure réalité, d’ où l’ expression « le mur de la honte » . Il faut aussi remarquer que les caricaturistes français ont plus souvent osé caricaturer le mur de Berlin que les Allemands eux-même. Toute une génération d’ Allemands a été sacrifié de part et d’ autre du mur, ils ont évolué différemment : les racines des différences sont sûrement plus profondes que nous l’ avons cru. Après la guerre, deux cultures ont émergé ( … )Ils existe un seul Etat allemand, mais deux peuples. ( Le Monde, 9 Novembre 1999 )

La caricature n°4, elle aussi paru dans Le Monde du 9 Novembre 1999 montre que l ‘ existence du mur est toujours aussi présente. Certes, il «s’élevait un mur de béton », mais aujourd’hui persiste « un mur dans les têtes ». Une génération a été éduquée de façon différente : ils sont à présent différents. Le peuple de l’Est se sent particulièrement méprisé. Quant à moi, j’ai d’abord connu l’Allemagne de l’Ouest, plus précisément la région de la Ruhr, Cologne à Düsseldorf. Lorsque j’ai annoncé fièrement que je voulais étudier à Rostock en ex-Allemagne de l’Est, la réaction des « Wessis » ( surnom donné aux Allemands de l’Ouest ) m’a surprise. A l’époque je n’avais pas conscience des différences entre les « Wessis » et les « Ossis » ( surnom donné aux Allemands de l’Est ). Rostock avait connu des actes xénophobes meurtriers peu avant ma décision de partir là-bas, j’avais donc associé cette réaction à ce malheureux événement. Mais plus j’en discutais, plus je voyais qu’ils avaient leurs propres idées sur les Allemands de l’Est. En questionnant quelques amis d’ Allemagne de l’ Ouest, ils m’ont répondue que les « Ossis » étaient entre autre démodés et xénophobes. Dans ce même article du Monde « les Allemands de l’Est ne veulent pas s’adapter à tous les comportements de l’Ouest »donne une explication à ce préjugé qu’ ont les « Wessis » : la xénophobie de la population est en partie liée au peu d’occasions que nous avions de rencontrer des étrangers et de faire tomber les préjugés. Lors de mes séjours en RFA, j’aipersonnellement vécu combien la présence de noirs m’était personnellement inhabituelle . ( Interview de Reinhard Höppner, ministre-président de Saxe-Anhalt ). Il me paraît évident que les Allemands ne se connaissent pas et ne cherchent pas à se connaître. Chacun continue à parler comme s’il y avait encore les deux Allemagnes. Dans les discussions, on retrouve cette idée. En France, quand on demande à quelqu’un d’où il vient, il évoque sa région d’origine. En Allemagne, on précise toujours Est ou Ouest, entendant par ces termes ex-RDA et ex-RFA. Pour les Allemands de l’Ouest, tout était négatif à l’Est : vie économique, politique, sociale et les gens étaient malheureux. Les Allemands de l’Ouest ont du mal à comprendre, mais nous avons mené ici une vie normale et heureuse ( article du Monde ). Alors pourquoi les «Ossis »ont-ils la nostalgie de la RDA ? J’avais moi même ces préjugés avant d’y aller. Pour y avoir vécu une année, je peux dire que la plupart de mes idées se sont avérées fausses. On ne peut espérer un accueil aussi chaleureux lorsqu’on est étudiant étranger. Le stéréotype de l’Allemand de l’Est xénophobe a tout de suite été démystifié. L’Est est à vue d’œil différent de l’Ouest : les habitations, les rues, les gens, les mentalités sont différentes. Les Allemands de l’Est ont le sentiment d’avoir été victimes d’ une annexion par la RFA. C’est tout de même dommage qu’il y ait une connotation négative lorsqu’un Allemand avoue qu’il vient de l’Est. Mais revenons à notre sujet.

Pourquoi la caricature nous livre souvent une image stéréotypée de l’Allemand de l’Ouest ? Une raison : l’ex-RDA reste dans l’ombre de l’ex-RFA. On les imagine encore avec leurs « trabants » alors que c’est sur les routes de l’Est que roulent les derniers modèles de chez Volkswagen et Mercedes. Certes il reste beaucoup de bâtiments à reconstruire et à rénover, mais l’Allemagne de l’Est techniquement au point. Elle se développe de façon moderne. En résumé, on peut dire que les préjugés des Français sur les « Ossis » leurs ont été transmis par les Allemands de l’Ouest. L’ex-RDA est tellement dans l’ombre de l’ex-RFA qu’on a tendance à oublier qu’il existe un peuple de l’Est. La position de l’ex-RDA est ambigu. Si on évoque le bloc de l’Est, la RDA est mise à part à cause de sa réunification avec la RFA. Si on évoque le bloc de l’Ouest, la RDA est à nouveau mise à part à cause de son ancienne appartenance au bloc de l’Est. Sa situation est donc particulière et son ambiguïté fait naître des préjugés et des stéréotypes.

Après s’être appuyé sur certains stéréotypes allemands dans la caricature française, nous allons aller de l’autre côté du Rhin pour voir quel regard port le caricaturiste allemand sur l’hexagone. 

II)Stéréotypes français et allemands dans la caricature allemande

Tout d’abord il semble que les caricaturistes allemands acceptent de livrer des stéréotypes allemands alors que les Français restent un peu plus objectifs. Certes les caricatures sont peut-être mal choisies mais ces deux exemples donnent l’impression que les Allemands acceptent de se moquer d’eux -même.

a)L’Allemand vu par lui-même

La caricature n°3 nous présente Michel, personnage allégorique qui fait partie du vocabulaire graphique de base de la caricature. Il n’est ni robuste, ni sûr de lui. Avec ses pantalons froissés qui pendent sur les genoux et son bonnet de nuit enfoncé sur sa tête joufflue de chien fidèle, le Michel allemand a tout d’un nigaud. C’est pourquoi on ne le connaît ni en France ni dans les pays limitrophes de

l ‘Allemagne. ( Goethe Institut ) Il n’est pas digne de représenter l’Allemagne des penseurs et des poètes. Il représente souvent l’Allemagne en position de faiblesse, de sommeil alors qu’il fût le symbole de la vaillance et du courage teutons ( nom d’une peuplade de la Germanie du Nord ) pendant la guerre de trente ans. Mais au fil des siècles, il n’a jamais réussi à s’imposer comme ambassadeur de l’Allemagne, souvent trompé il apparaît aujourd’hui comme amant voire époux de Marianne dans la caricature. ( Goethe Institut )Cet aspect plutôt négatif que porte en lui le personnage de Michel, se trouve renforcé par le bonnet de nuit. En effet, le porteur de bonnet de nuit passe pour naïf, demeuré d’avant-hier, soumis à l’autorité. ( Goethe Institut )Le bonnet de nuit n’apparaît lui-aussi qu’en Allemagne qui n’est pourtant pas réputée pour sa faiblesse. Les Allemands reconnaîtraient alors eux-même leur faiblesse que les autres pays refuseraient ?

La caricature n°5 présente les stéréotypes les plus connus et les plus superficiels qui ne s’éloignent pas forcément de la réalité mais ils ont tendance à mettre tous les Français et tous les Allemands « chacun dans leurs sacs ». Les Allemands seraient tous bavarois et les Français seraient tous basques ? Pour caractériser les Allemands, le casque à pointe ( 1ère figurine à gauche )attire l’attention sur la contribution prussienne au présumé caractère national allemand. La pointe phallique du casque signalise l’autorité et l’agressivité, voire la brutalité. Quant au casque germain ou viking, son utilisation marque clairement que la tendance au militarisme est interprétée comme un trait de caractère archaïque des Allemands. L’image du Bavarois est ambivalente. Tantôt il incarne la Bonne Allemagne, l’Allemagne folklorique des fêtes munichoises de la bière et des villes médiévales romantiques. C’est d’ailleurs dans ces occasions-là que l’on peut voir des Allemands dans de tels costumes. Pourtant, le Bavarois caractérise aussi la lourdeur ( il est souvent imposant ), la grossièreté, la lenteur d’esprit ou la docilité. De plus, le Bavarois est souvent représenté avec la chope de bière et sa saucisse. Est-ce un stéréotype ? Buveurs de bière, les Allemands le sont certainement plus que les Français. Ils boivent 145 litres par tête et par an. L’Allemagne est le pays

où il y a : - le plus de marques de bières par tête et par an : 6000

- le plus grand nombre de brasseries : 1260

L’Allemagne est aussi le pays de la charcuterie, exposée sur la table dès le petit déjeuner, avec ses 146 sortes de saucisses. Une multitude de traits attribués aux Allemands comme l’amour de l’ordre, la discipline, le besoin d’avoir toujours raison, l’agressivité, sont ici représentés à travers la moustache « à la Guillaume II, à la Hitler ». On retrouve également le stéréotype de l’Allemand blond. Cette images’avère avec le temps de plus en plus fausse par le brassage des populations qui n’ont pas facilité la préservation de « la race aryenne ». Mais quel regard porte nos « cousins germains » ?

b)le Français vu par l’Allemand

La caricature n°3 nous présente également le personnage allégorique français qu’est Marianne. La guerrière portant un drapeau, un casque ou un bonnet phrygien montre sans doute des traits de grandeur, elle est le symbole de la France républicaine et démocratique, mais aussi celui de la liberté, de l’égalité et de la fraternité. ( Goethe Institut ) Dans le questionnaire de Charles Trompette, le fait que la France soit toujours le pays de la liberté est évoqué. Ce qui est plus intéressant, est le commentaire : il semble que dans ce contexte le mot « liberté » a une définition partagée par toutes les cultures. L’image de la France, terre de liberté, est très répandue et fortement ancrée chez les peuples éloignés géographiquement et culturellement. Les Européens et les Nord-Américains vivant dans des démocraties de même modèle ne perçoivent pas en quoi la France serait plus que le leur, « le pays de la liberté ». Marianne fait aussi référence à la Révolution. De nombreux Allemands évoquent la Révolution quand ils parlent de la France. Karl Heinz Götze parle de Frankreich nobles Land der Révolution ( La France, pays noble de la révolution ), Frankreich Land das uns unsere Vergangenheit erinnert ( La France qui nous rappelle notre passé ). En effet, la caricature n°5 présente le bicorne napoléonien qui déclenche le souvenir d’évènements liés à la guerre et qui est souvent utilisé dans la caricature comme toile de fond historique. Il symbolise l’hégémonie française sur le continent européen, la grandeur et la gloire de la nation française, mais aussi le désir de puissance et la présomption. L’importance qu’attachent les Français à leur histoire de France ne doit pas être sous-estimée (…). Les héros des Français sont des hommes et des femmes qui ont conduit le pays vers la grandeur : Clovis, roi des Francs, Hugues Capet, Philippe Auguste, St Louis, Henri IV, Louis XIV, Jeanne d’Arc, Colbert, Napoléon et plus récemment Charles de Gaulle.( E .T Hall p.193 ). De leur vivant, ces personnages peuvent avoir provoqué colère ou révolte, mais avec le recul du temps, ils se sont révélés en raison de leur autorité et de leur capacité à unifier la France. Ce qui expliquerait ce côté « individualiste » français, illustré par exemple par ces dirigeants de Louis XIV à Charles de Gaulle, on se souvient de l’expression : « l’Etat c’est moi ! » ( p.213 )

La caricature n°5 nous présente ensuite Mr Dupont, symbole du Français moyen, coiffé d’un béret basque, baguette et bouteille de vin rouge à la main. Il incarne le plus souvent une France contemplative et idyllique : la douce France. Le Français est enfin brun contrairement à l’Allemand qui est blond. Ce qu’il faut tout de même remarqué ce sont les similitudes. Finalement le Français et l’Allemand auraient le même esprit conquérant, agressif et traditionnel. Tout deux sont attachés aux traditions : l’un influencé par l’éthique protestante, l’autre par la religion catholique. L’idée de Distelbarth se justifierait donc par le fait que le peuple de France est un peuple de métis avec trois composantes essentielles :

-Les Gaulois ( Celtes) ont apporté les caractères essentiels de la mentalité paysanne.

-Les Romains ont apporté la faculté de penser abstraitement et logiquement, l’éloquence, l’idée juste, l’acuité et la rapidité du raisonnement.

-Les Francs ( Germains ) sont à l’origine du dynamisme français et incarnent le tempérament chevaleresque et guerrier.

Ce n’est peut-être pas un hasard que l’on parle de nos « cousins germains » ? Quelle application pédagogique pourrait-on faire de tout cela ?

III)Approche pédagogique

Pourquoi une approche pédagogique ? Tout d’abord, il me semble qu’un des premiers objectifs de la maîtrise FLE est que le futur enseignant apprenne à enseigner, ce qui inclût l’apprentissage de la préparation d’un cours. N’ayant aucune expérience d’enseignement, il faudra bien un jour « se jeter à l’eau » et je pense qu’un bon cours commence par une bonne préparation, en particulier pour moi débutante. Qui dit également « bonne préparation », dit  « moins de stress » pour la première fois. De plus, je serais certainement « condamnée » à exploiter, à utiliser cette fiche puisque j’ai postulé pour un poste d’assistanat en ex-Allemagne de l’Est l’année prochaine. Le fait d’avoir choisi cinq caricatures m’a permise :

-de voir quels étaient les stéréotypes les plus exploités à travers

les symboles,

-de restreindre mon sujet qui était très vaste

-d’avoir un support comme ici la caricature n°5.

a)La préparation didactique

·le public : Il s’agit d’un public adolescents allemands, âgés de 13 à 14 ans, ils apprennent le français depuis au moins deux ans

( Niveau 2 ). Le cadre institutionnel est un lycée publique deRostock ( ex-Allemagne de l’Allemagne ). J’ai entendu dire par d’ anciens assistantsfrançais en Allemagne que les élèves allemands sont indisciplinés et ne s’intéressent à rien. N’est pas un stéréotype ?

·Mon objectif général est de savoir s’ils se reconnaissent dans le

stéréotype de l’Allemand . De plus, on pourrait imaginer un séjour

linguistique en France. Ceci ne serait pas impossible vu

l’institution. Dans ce cas, le deuxième objectif serait de voir s’ils

reconnaissent le Français dans la caricature.

·Mes objectifs spécifiques sont qu’à la fin de l’étude de la caricature, les apprenants soient capables :

- d’utiliser le vocabulaire de la description

- de comparer en introduisant les notions de comparatifs

et de superlatifs, et les conjonctions d’opposition ( alors

que, tandis que )

on peut s’attendre à des erreurs avec la place du verbe dans les propositions subordonnées. Le verbe se plaçant en allemand à la fin des propositions.

Ex : J’habite en France alors que Jean habite en Allemagne

VV

Ich wohne in Frankreich, während Joannes in Deutschland wohnt.

VV

·Les connaissances pré-requises de l’apprenant : l’apprenant doit

être déjà capable de construire des phrases simples et

complexes qui introduisent les conjonctions de subordinations

exprimant au moins la cause. Il est aussi censé savoir conjuguer

les verbes au passé composé car il sera certainement amené à

approfondir cette compétence avec cet exercice.

·Le type de la tâche est de décrire cette caricature n°5 et de

comparer les deux axes de lecture de la caricature, l’axe français

et l’axe allemand.

c)La préparation méthodologique

L’exercice est à faire en classe. Les consignes seront dans tous les cas en français, quelles soient verbales ou écrites.

Chaque élève a sa caricature sur support papier, et l’exercice sera dans un premier temps oral. Les apprenants devront lire la caricature selon deux axes : l’un horizontal, l’autre vertical.

· Première étape

La première question sera :  « qui est l’Allemand ? qui est le Français ? » A partir de là, la caricature pourra être lue selon l’axe horizontal.

· Deuxième étape

Après avoir obtenu la réponse, les tableaux ci-dessous seront proposés. Ils seront également retransmis au tableau. Les apprenants n’ auront pas le droit de prendre des notes pendant la séance afin d’avoir toute leur attention. Ils pourront copier tout ce qui sera inscrit au tableau en fin de séance .

La première lecture qui est horizontale permet de montrer ce qui se réfère à l’Allemand et le Français.

L’Allemand :


 

Dans la caricature

Dans la réalité

Ex : il est blond

il boit de la bière

Þ Tous les Allemands ne sont

pas blonds

Þ C’ est plutôt vrai

!Les adolescents rostockois ne peuvent évidemment pas se reconnaître dans la caricature du Bavarois mais ils peuvent se reconnaître sous d’autres aspects : buveurs de bière, mangeurs de saucisses …

Avec la colonne « dans la réalité », les apprenants vérifieront si les stéréotypes sont vrais ou faux. On doit s’attendre àdes réactions car les réponses ne peuvent pas être automatiques.

Le Français :


 

Dans la caricature

Dans la réalité

Ex : Il a l’esprit révolutionnaire

Il boit du vin rouge

Þ Difficile à observer

Þ C’est plutôt vrai

!Il serait préférable pour ce tableau qu’ interviennent des élèves ayant une expérience de la France. Si personnene connaît la France , alors il faut s’attendre à obtenir des préjugés. C’est pourquoi il serait bien de le reprendre après un séjour linguistique en France. 

· Troisième étape

Il s’agit de la lecture verticale de la caricature où l’apprenant devra comparer les figurines représentants l’Allemand et les figurines représentants le Français. Un nouveau tableau sera alors proposé pour que l’apprenant puisse mieux percevoir les similitudes et les différences qui apparaissent. Le tableau sera une nouvelle fois inscrit au tableau.


 

Différences

Similitudes

Ex : la différence de couleur

de cheveux

Ex : Ils sourient tous les deux sur

la dernière figurine

Après cet exercice, l’apprenant devrait comprendre que l’Allemand et le Français ont certes des différences mais qu’ils ont aussi des points communs, qu’ils ne sont pas aussi différents l’un de l’autre.

Ce genre d’exercice devrait bien d’adapter à une classe allemande. En Allemagne, la participation orale en classe est plus naturelle et plus systématique qu’en France. Mais n’est-ce pas là aussi un stéréotype ?

· Quatrième étape

Les apprenants devront reprendre le tableau c’est-à-dire répéter ce qui a été dit en formulant des phrases complètes. C’est à ce moment là que l’enseignant pourra introduire les notions linguistiques et grammaticales qu’il veut transmettre à l’apprenant en l’aidant à formuler des phrases du type :

Ex : L’Allemand est blond alors que le Français est brun.

L’Allemand boit de la bière tandis que le Français boit du vin 

rouge.

L’enseignant devra alors se tenir prêt à faire une leçon de grammaire.

· Cinquième étape

Suite à cet exercice oral, un travail écrit sera demandé afin que les apprenants reprennent tout ce qui a été dit en cours. De plus ils devront réemployer les formules grammaticales et linguistiques vues avec l’enseignant : des superlatifs, des comparatifs, des conjonctions d’opposition …

·Remarques

-Ce type d ‘exercice devrait se faire en deux heures, soit deux séances. Mais tout ceci dépendra du dynamisme de la classe.

-A la fin de chaque séance un temps d’environ 7 minutes devra être laissé aux apprenants pour qu’ils puissent recopier ce qu’il y a au tableau.

-Cette fiche n’a pas été expérimentée mais le sera , je l’espère, l’année prochaine. Selon la réaction des apprenants allemands, je pourrai alors l’améliorer.

CONCLUSION

Pour conclure on peut dire que les stéréotypes présents dans la caricature sont les plus typiques, les plus anciens et les plus connus. Ce sont les plus exploités, c’est d’ailleurs pour ça qu’ils survivent. On les retrouve dans la publicité, les brochures d’agence de voyage …Utiliser les stéréotypes en cours de langue est un moteur de motivation, les apprenants aiment travailler sur ce thème comme l’a souligné Fabienne Bailly dans son mémoire de maîtrise sur la communication interculturelle. Elle avait, en effet, expérimenté le jeu des préjugés qui avait remporté un vif succès. Le but était d’apporter aux jeunes une palette d’opinions différentes à partir de laquelle chacun d ‘eux puisse se forger une opinion personnelle sur l’autre pays.

En élaborant ce dossier, je me suis posée la question suivante : Qu’est-ce qu’un stéréotype ? Suis-je partie d’une réalité ou d’un stéréotype quand j’ai commencé ma fiche pédagogique ? Toutes les notions de clichés, d’idées reçues, de préjugés, de stéréotypes sont mélangées. On ne fait plus de différences. Ne vaut-il pas mieux surmonter les stéréotypes, ne plus s’en occuper et tout découvrir par soi-même ? Nous savons la plupart du temps qu’ils sont faux, alors pourquoi s’y attarder ?

BIBLIOGRAPHIE

-Karl Heinz Götze, 1995, Französische Affairen: Ansichten von Frankreich, Fischer

-Edward T. Hall et Milfred Reed Hall, 1990, Guide ducomportement dans les affaires internationales: Allemagne, Etats-Unis, France, Seuil

-Edmond Marc Lipiansky, 1991, L’identité française: représentations, mythes, idéologies, Editions de l’espace européen

-Bernard Nuss, 1995, Les enfants de Faust : les Allemands entre ciel et enfer, Edition autrement, série Monde HS n°73

-Arnaud Leparmentier, 9 Novembre 1999, « L’Allemagne fête dans la retenue les 10 ans de la chute du mur » , dans le journal Le Monde

-Arnaud Leparmentier, 9 Novembre 1999, « Les Allemands de l’Est ne veulent pas s’adapter à tous les comportements de l’Ouest »

-1988, Komische Nachbarn / Drôles de voisins : Les rapports franco-allemands à travers la caricature ( 1945-1987 ), Goethe Institut

SITOGRAPHIE 

-site de l’OFAJ : http://www.dfjw.org

-site de l’émission Passe-partout diffusée sur la cinquième :

http://www.passe-partout.de

-le projet Bielefeld de Fabienne Bailly :

http//www.dfjw.org/paed/exemples/projetbielefeld/

-Questionnaire de Charles Trompette :

http://home.worldnet.fr/patrocle/trompette.html